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Billet de blog 16 janv. 2022

La grève des enseignants ouvre une nouvelle étape dans la crise du régime

Elle montre un tournant important dans l'opinion publique et dans la construction du mouvement vers la grève générale.

Jean-Marc B
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Source: Jacques Chastaing

Avec le nouveau succès des manifestations anti-pass vaccinal du 15 janvier après déjà celles du 8 janvier et la journée de grève du 11 janvier dans la santé, le travail social et le médico-social, c'est l'ampleur historique de la grève des enseignants du 13 janvier contre la politique sanitaire de Blanquer, Macron, Véran suivie par les appels des coordinations enseignantes à donner une suite, qui a surtout marqué la semaine. En effet, avec cette grève, le mouvement vers la grève générale qui s'est inscrit depuis déjà un moment dans le paysage social et politique et qui avec la vague de grèves pour les salaires se faisait entendre plus fortement depuis décembre 2021, a pris encore plus de réalité voire même a peut-être connu une certaine accélération.

LA GREVE DES ENSEIGNANTS REVELE DES CHANGEMENTS IMPORTANTS DANS L'OPINION

La grève des enseignants, même si beaucoup va dépendre de la suite, n'est en effet pas une grève comme une autre.

L'ensemble des coordinations enseignantes qui ont surgi à l'issue du 13 janvier ont appelé à maintenir la pression de diverses manières, par la continuation ici ou là de la grève le 14 janvier, la participation dans certaines villes aux manifestations des samedis 15 et 22 janvier, mais surtout à ce jour par deux nouvelles journées de grève et d'action le 18 (avec la grève de la Sécurité Sociale et certains secteurs hospitaliers et de santé) mais surtout le 20 janvier (avec la grève des Assistants d’Éducation). Cependant l'ensemble des directions syndicales, à l'exception de Solidaires qui appelle à la grève au 20 janvier, n'ont dans un premier temps appelé à aucune suite, puis à soutenir les mobilisations annoncées par la base, puis enfin ont appelé à "la mobilisation y compris par la grève" le 20 janvier . Elles n'avaient guère l'envie de se saisir du succès inédit de cette grève pour pousser l'avantage plus loin, mais se sont accommodées des quelques vagues excuses et concessions de Blanquer pour se ruer à nouveau dans l'espoir impossible d'un « dialogue social » avec le gouvernement. Elles justifiaient ainsi leur complicité de fait avec le pouvoir dans sa politique du tout vaccinal autoritaire et de désignation des non vaccinés comme bouc-émissaires et montraient combien elles ne veulent surtout pas gêner le pouvoir avec une grève qui si elle continuait pourrait le mettre en grande difficulté, surtout à quelques mois des présidentielles. Les directions syndicales ont certes fini par suivre leurs bases et ont appelé à la mobilisation le 20 janvier comme elles avaient appelé à la grève du 13 janvier, mais elles ne l'ont fait que parce que les droits de retrait des enseignants et les grèves partaient sans elles et qu'elles risquaient de se trouver rapidement débordées avec des coordinations d'enseignants prenant directement en main le mouvement.

Il faut bien mesurer dans le contexte actuel, que cette grève, si elle s'arrête là, est déjà un grave avertissement pour le régime et, que si elle continue, elle pourrait saper les bases de ce qui reste d'autorité au gouvernement, parce qu'elle remet en cause le seul procédé qui reste au pouvoir pour continuer de régner face à une colère qui se généralise, sa politique de division de la population entre vaccinés et non vaccinés afin de cacher ses propres responsabilités. 

Cette grève montre en effet largement que ce ne sont plus seulement les citoyens non vaccinés ou opposés au pass vaccinal – actuellement quasi en procès de sorcellerie - qui luttent contre la politique sanitaire de Macron, mais bien aussi les vaccinés. Les enseignants sont un des secteurs professionnels parmi les plus vaccinés. Leur lutte contre la politique sanitaire du pouvoir, fait porter les accusations non plus sur les non-vaccinés mais sur le gouvernement. Leur grève accélère ce faisant le déplacement de l'opinion de l'acceptation de la politique sanitaire du « tout vaccinal » autoritaire vers son rejet et son besoin d'une réelle politique sanitaire globale.

Elle montre le cheminement souterrain dans les esprits de ce que certains secteurs de la population et des militants disaient depuis un moment, à savoir qu'au lieu d'un tout vaccinal autoritaire, il vaudrait mieux une politique globale de santé qui commencerait par faire confiance à la population, augmenterait les salaires, ouvrirait lits et structures de santé, embaucherait massivement dans les écoles et les hôpitaux au lieu de fermer des lits, licencier des soignants et baisser les budgets hospitaliers. Ce sont maintenant les enseignants qui le disent largement, publiquement et avec force, et avec eux bien des parents d'élèves entraînés dans la lutte, des lycéens aussi, des Assistants d’Éducation, des ATSEM aides maternelles, des AESH aides aux handicapés, des salariés de la restauration scolaire, des ouvriers d'entretien, etc. 

Ainsi, cette grève, même si elle n'a pas de suite immédiate, en révélant publiquement à tout un chacun le cheminement souterrain des esprits, montre déjà largement à tout un chacun que la politique vaccinale autoritaire et de division de Macron a touché à ses limites. 

Elle sonne comme un avertissement sérieux au pouvoir. Elle témoigne aux yeux de tous que la politique du tout vaccinal policier de Macron a perdu de l'emprise sur les esprits au fur et à mesure qu'une partie de plus en plus importante de la population s’est aperçue avec le variant Omicron que le vaccin n'empêchait ni la contamination ni la contagion, très loin des promesses mensongères du gouvernement promettant avec le vaccin une vie comme avant. Les réticences à la troisième dose faisaient sentir cela. La grève des enseignants est le point d'aboutissement visible de cette évolution souterraine des esprits, une photo en quelque sorte de cette prise de conscience générale. 

Cela change tout.

LA GREVE DES ENSEIGNANTS ACCELERE LA CRISE DU REGIME

Car cela signifie par exemple que le vote du « pass vaccinal » par le Parlement et le Sénat ces jours-ci n'est pas que la mise au ban de 5 à 6 millions de non-vaccinés plus ou moins acceptée par la majorité de la population, mais qu'elle est aussi la mise au ban des exigences d'investissements massifs dans la santé et l'école des enseignants et avec eux d'une grande partie de l'opinion publique et de la population. Un sondage auprès des lecteurs du Figaro, montrait que ceux-ci soutiennent la grève des enseignants, ce qui n'a jamais du arriver à ce journal et est hautement significatif dans ce qui a changé dans l'ambiance générale. Avec la grève des enseignants, la politique du gouvernement apparaît dans toute sa nudité, un simple détournement de l'attention générale vers des bouc-émissaires pour cacher ses propres responsabilités dans la gestion catastrophique de la crise sanitaire et son refus acharné de ne pas investir réellement pour la santé des citoyens dans les structures de santé et d'éducation publiques.

A partir de là, si la grève a une suite, c'est un tournant social et politique important qui s'amorce dans la situation générale, parce qu'elle est une porte ouverte et entraînera en avalanche d'autres secteurs et leurs revendications. Bien des militants jusque là n'osaient pas se lancer de peur d'être accusés – y compris par leur propre camp des directions syndicales et de beaucoup de partis politiques de gauche et d'extrême gauche - d'être des anti-vax d'extrême droite. 

Si la grève ne continue pas, en tous cas pour l'instant et au même niveau car il est sûr qu'elle reprendra demain, son existence même et ses prolongements même amoindries sont une énorme épine dans le pied du pouvoir en témoignent que nous ne sommes pas loin de ce tournant, qu'il ne tardera pas à s'exprimer d'ici peu d'une manière ou d'une autre dans un secteur ou un autre.

Les soignants et agents hospitaliers -qui font partie aussi des plus vaccinés et qui sont dans la rue depuis des mois et des mois – ou les agents de bibliothèques, médiathèques et piscines en lutte, les grèves générales des Antilles, Guyane, Polynésie... disent tout ou partie de ce que viennent d'exprimer les enseignants depuis déjà un certain temps. Mais ces multiples grèves et luttes parce qu'elles sont dispersées ou marginalisées par les média et les directions syndicales nationales n'étaient malheureusement guère ou peu audibles. Mais elles étaient peu audibles aussi et surtout parce qu'elles étaient encore inscrites dans la polémique vaccinés/pas vaccinés et que Macron avait réussi a enchaîné derrière son char du « tout vaccinal » autoritaire, les directions syndicales et certaines des directions politiques de gauche ou d'extrême gauche, et à travers elles bien des militants. La grève des enseignants nous dit que cette période est en train de prendre fin. Les partisans vaccinés d'une politique sanitaire globale peuvent manifester aux côtés des anti-pass. Déjà le samedi 22, des enseignants appellent à manifester. Ça ne se fera peut-être pas tout de suite aux mêmes heures et dans les mêmes lieux mais ça finira par se faire.

C'est le haut niveau de mobilisation des enseignants qui a permis de briser le mur du silence médiatique et d'entraîner les directions syndicales, mais c'est aussi parce que la population dans son ensemble est arrivée à un point où elle peut et veut entendre ce que la grève des enseignants a à dire. Alors que les grèves de enseignants ne sont pas toujours populaires parce que les parents doivent trouver des solutions pour garder les enfants - et c'est là-dessus que le gouvernement jouait en envoyant les parents s'entasser au travail avec des écoles ouvertes -, cette fois-ci, on a vu de nombreux parents et leurs fédérations soutenir la grève des enseignants. Tout le monde avait envie de cette grève et de ce qu'elle disait. La situation devenait trop étouffante. Les enseignants ont ouvert les fenêtres... 

C'est bien sûr, une ultime vexation du ministre Blanquer qui a été le prétexte à l'éruption de la grève. Mais mépris et vexations, Blanquer n'a fait que ça depuis qu'il est ministre. La riposte massive à son ultime provocation traduit que la politique de division de Macron a perdu de son efficacité ; elle touche à la fin, le pass vaccinal n'est que son dernier avatar. Or Macron n'a pas d'autre politique possible. Alors il continue en espérant que cela tiendra au moins jusqu'aux présidentielles. Mais rien n'est moins sûr. Avec la fin de l'efficacité de cette politique, c'est peut-être non seulement la fin de Blanquer à cours terme comme l'évoque la presse, mais c'est peut-être bien aussi la fin de Macron lui-même, avec la possibilité d'un effondrement soudain. 

Si Macron est renversé, dans les élections ou avant - les élections présidentielles pouvant en effet n'être qu'une des péripéties plus ou moins secondaires au sein d'un vaste mouvement de mobilisation vers la grève générale - c'est la mobilisation dans la rue du 13 janvier qui en sera à son origine. Et pas seulement parce que du point de vue électoral, les enseignants avaient été un des secteurs qui avait le plus voté pour lui, 38% des enseignants votants, mais surtout parce que cette date du 13 janvier aura été une étape déterminante dans la mobilisation plus générale qui se profile devant nous en levant l'obstacle de la question vaccinale.

L'ENSEMBLE DES LUTTES SOCIALES AVAIT BESOIN DE CETTE GREVE DES ENSEIGNANTS POUR CONTINUER SA MARCHE EN AVANT

Ce qui est frappant dans les luttes sociales de ces derniers temps et dans celles qui sont annoncées devant nous, c'est que toutes cherchent à durer et qu'en même temps de plus en plus de militants cherchent à les généraliser. 

La durée ressemble ainsi à une sorte de test de la capacité de résistance du pouvoir et du patronat mais aussi du sérieux de la politique de généralisation des militants. 

Il y a non seulement les manifestations tous les samedis des Gilets Jaunes depuis plus de trois ans et des anti pass depuis six mois mais il y a aussi maintenant des manifestations tous les vendredis dans la santé, des grèves à peu près tous les mardis ou mercredis à la Sécurité Sociale, des grèves tous les vendredis et plusieurs fois par jour depuis décembre chez Dassault, des grèves intermittentes des transports urbains mais qui ont touché près de quatre vingt villes sur les quatre derniers mois, des grèves chez les agents territoriaux qui sont émiettées mais permanentes depuis plus d'un an, des grèves dans la santé qui ne cessent pas depuis des années mais secteur par secteur ou hôpital par hôpital, avec en leur sein les grèves qui durent des sages-femmes, des infirmiers anesthésistes, des ambulanciers ; il y a encore des grèves des agents des bibliothèques, médiathèques et piscines qui ont duré des mois et durent encore par endroit, parfois un jour par semaine, des grèves des secteurs du travail social et du médico-social qui durent aussi depuis un ou deux ans avec une intensification et une centralisation à partir du 7 décembre 2021, puis les 11 janvier et 1er février, des grèves dans l’Énergie qui ont touché plusieurs unités importantes à Paris ou Marseille en décembre et qui vont reprendre de manière reconductible à l'échelle du pays à partir du 25 janvier et bien sûr au moins jusqu'au 27 janvier, des grèves à Pôle Emploi et le travail social qui commencent le 27 janvier mais sont appelées à durer jusqu'au 1er février.

C'est aussi la même chose avec les grèves pour les salaires dans l'industrie ou le privé. On a déjà parlé de Dassault, mais les grèves qui avaient commencé en décembre reprennent en janvier, à Naval Group, Total, Air Liquide, Michelin, CEA, Constellium, Thales, General Electric, Fnac, Guerbet, Newrest... et bien d'autres nouvelles grèves. Ces grèves pour les salaires épousent principalement les calendriers des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires) mais ne le font pas que de manière symboliques comme d'habitude. Il y a beaucoup de monde à ces journées de grève, qui durent souvent un jour ou deux, s'arrêtent puis reprennent peu de temps après... Et puis avec les enseignants, les coordinations appellent elles-aussi à une nouvelle journée de grève les 18 et/ou 20 janvier afin d'inscrire, disent-elles, le mouvement dans la durée.

C'est un peu comme si tout le monde « essayait » la grève dans la durée afin de vérifier où en sont les autres secteurs et de tester le « tous ensemble », jusqu'à ce que le pays tout entier ou presque connaisse une quasi grève générale mais rampante, désorganisée, avant de se lancer totalement dans une grève générale plus active, plus consciente. En attendant, on n'arrête pas vraiment les mouvements, mais on se met dans une sorte de « grève stand by », montrant sa disponibilité à quelque chose de plus grand en attendant l'opportunité sérieuse pour un mouvement d'ensemble organisé.

C'est-à-dire encore que les luttes, qu'elles soient pour les salaires, l'emploi, la défense des services publics, l'environnement, les femmes, contre la politique sanitaire, la répression policière... montrent qu'elles tendent toutes vers LA grève, la grève de tous contre le système et le gouvernement, qu'elles l'attendent, s'y préparent. Cela se traduit concrètement par l'apparition de coordinations hors des structures syndicales traditionnelles. Ces dernières ne sont en effet pas faites pour s'opposer à tout le système et encore moins pour le renverser. C'est pourquoi, ceux qui cherchent à s'inscrire dans ce sens général, construisent d'autres structures de luttes, avec d'autres directions plus radicales et sous contrôle permanent de la base. Il apparaît donc des coordinations chez les soignants, les enseignants, les assistants d'éducation, les travailleurs du social et du médico-social et il en apparaîtra d'autres demain dés que les conflits s'élargiront à d'autres secteurs.

C'est un processus lent qui peut en décevoir certains, mais il est lent parce qu'il est sérieux. Il ne s'agit pas d'émeutes insurrectionnelles sans lendemain. On ne se lance pas dans une grève générale comme ça. Tous les grands mouvements ont eu de longues périodes de préparation. Le mouvement vers la grève générale de mai 68 a commencé en 1963, celui de mai-juin 1936 a commencé en 1934, celui de 1947/48 en 1944.

Avec les Gilets Jaunes et les anti-pass, on peut vérifier que la durée ne fait pas peur et plus particulièrement avec les Gilets Jaunes que le courage et la détermination sont là. Avec les grèves sur les salaires, les travailleurs ont pu vérifier qu'il y avait du monde pour entrer en lutte et avec de nombreuses grèves victorieuses depuis décembre sur ce terrain, ils ont pu vérifier que les patrons étaient inquiets et cédaient relativement facilement. Avec la grève des enseignants, l'obstacle de la question vaccinale a été levé et tout le monde a pu vérifier grâce à cela combien Blanquer et le gouvernement paniquaient et a pu toucher du doigt en même temps combien le gouvernement était probablement prêt à céder pour peu qu'on pousse un peu plus.

UNE NOUVELLE PERIODE DE LUTTE ET LA DIFFICULTE DES PRESIDENTIELLES

La période qui s'ouvre à partir du 15 janvier et jusqu'à début mars est la période qui connaît le plus de NAO. A partir de là et des succès déjà dans ce domaine, il est clair qu'on va assister à une multiplication de grèves pour des augmentations de salaires et peut-être une vague qui prendra forme de mouvement général. La semaine prochaine nous en dira aussi plus sur le mouvement des enseignants avec les journées des 18, 20 et 22 janvier. Enfin, la période du 25 janvier au 1er février avec au milieu la journée syndicale de mobilisation interprofessionnelle nationale du 27 janvier, verra un mouvement continu important dans l’Énergie, le travail social, le médico-social et Pôle Emploi amorçant peut-être les premiers tâtonnements vers un mouvement général, tandis que les intermittents du spectacle qui avaient occupé les théâtres au printemps dernier ont annoncé qu'ils allaient reprendre la lutte.

Dans ce contexte, si la grève des enseignants s'amplifie la semaine prochaine, ce peut être le signal de départ d'une généralisation. Si elle ne s'amplifie pas mais qu'elle dure, elle s'inscrira elle aussi dans cette situation de durée et d'attente du déclencheur généralisant.

Mais ce qui va peser de plus en plus dans les hésitations des salariés à s'engager plus loin au fur et à mesure qu'on avance, y compris dans cette période du 25 janvier au 1er février, va être le manque de perspectives, dans quelle direction on va à court, moyen mais aussi long terme, l'absence de plan de bataille et d’État major pour cette bataille générale mais aussi, lié à cela, l'absence de perspective du « communisme » ou de tout autre mot pour illustrer l'idée et la rupture radicale avec le capitalisme qu'il suppose et d'une autre société meilleure. Tout cela pour dire que la bataille sera sérieuse, personne n'en doute. Et qu'il n'y a pas de bataille sérieuse, de grève générale sans la perspective de révolution. C'est pourquoi le mouvement en cours cherche à s'assurer de la fiabilité et l'engagement des troupes comme il le fait déjà aujourd'hui, mais aussi de celle de porte paroles, qui peuvent donner une voix au mouvement et porter leur orientation, leur but. Or s'il y a des personnalités, chez les Gilets Jaunes ou les militants syndicalistes de base, s'il y a des embryons de coordinations, ils n'ont pas cette perspective générale car ils butent déjà sur l'absence de politique pour franchir l'obstacle présidentiel, ses pièges et ses illusions.

En effet, les acteurs de la grève, unis pour le moment dans le but de la rendre plus efficace, se divisent pour demain entre électeurs de la FI, PCF, NPA, LO ou abstentionnistes ou encore fabricants de rêves autour de législatives constituantes, chacun ayant sa solution propre, mais une solutions contre celle des autres, avant de voir l'intérêt de l'ensemble, c'est-à-dire à l'heure actuelle l'intérêt du mouvement social. Cela signifie que ces militants ne se conçoivent pas encore eux-mêmes avant tout comme des porte-paroles réels ou potentiels du mouvement social. Ils n'ont pas suffisamment confiance dans sa dynamique, dans ce qu'il porte en lui, dans les aspirations populaires profondes à une autre vie, et en conséquence ne perçoivent pas encore le mouvement comme devant enjamber ou, mieux encore, intégrer à lui-même la période électorale, faisant de la mobilisation sociale le débouché de la mobilisation politique et pas l'inverse comme cela se faisait jusque là dans les périodes électorales. Il faut inverser la logique et ne pas se contenter de la formule propagandiste générale du candidat porte parole des luttes - contre les autres - ou de celle de l'abstention qui délégitime - contre tous les candidats-, mais comprendre la période électorale comme un encouragement politique au mouvement social, à sa politisation, lui qui cherche a monter sur la scène politique, à faire du succès du mouvement le centre des préoccupations de cette période, à faire du mouvement en quelque sorte le candidat principal, avec lui et pas à sa place, avec ses propres méthodes qui ne sont pas nécessairement toutes institutionnelles.

Cependant, des premiers signes de cette maturation se font voir et notamment l'initiative de Gilets Jaunes pour une rencontre nationale les 5 et 6 février dans l'Hérault, ouverte à tous, afin d'initier une discussion entre ceux qui rejettent les institutions électorales et ceux qui veulent s'en servir, dans le but commun d'arriver à trouver le moyen d'utiliser tous ensemble la période électorale pour « mettre en échec Macron, sa politique et son système » en suggérant par exemple comme possibilité une action nationale commune et coordonnée le soir du second tour des présidentielles, un peu dans la lignée de ce qu'avait fait le Front Social lors des présidentielles de 2017.

En complément tous les jours la rubrique Politique de la Revue de Presse Emancipation!

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