Inde: Modi joue son va-tout avec l'arme du covid -Jacques Chastaing

N'arrivant pas à mettre fin au soulèvement paysan qui s'élargit à toutes les classes populaires, perdant chaque jour plus d'autorité, menacé par la marche sur le parlement annoncée début mai, et par l'alliance paysans-ouvriers qui pourrait passer un nouveau palieri, le gouvernement semble vouloir jouer son va-tout dans les jours qui viennent.

Profitant de la période des récoltes qui renvoie un certain nombre de paysans dans les champs malgré l'aide inestimable des ouvriers, étudiants et enseignants qui les aident pour les récoltes, le gouvernement a lancé une immense campagne de peur autour de la montée soudaine du covid -réelle ou supposée - et a exigé en que les paysans ferment leurs camps et cessent leurs rassemblements accusés de propager le covid. Ce qui est particulièrement provoquant puisque le gouvernement ne fait strictement rien contre le covid sinon du cinéma dans les médias qui lui sont dévoués, et laisse faire par exemple des pèlerinages hindous de centaines de milliers de personnes sans aucune protection sanitaire, mais où il trouve ses partisans, tandis que lui-même continue des meetings électoraux de masse sans également aucune protection sanitaire.

Pour semer l'angoisse, outre une intense campagne de peur de ses médias relayée jusqu'en Europe par les médias français (qui ne disent pas contre pas un mot du soulèvement paysan qui dure pourtant depuis 150 jours) , le gouvernement fait licencier des millions de travailleurs au prétexte du covid obligeant ceux-ci à ne pas rester en ville mais à retourner dans leurs villages d'origine provoquant ainsi le chaos de gigantesques migrations, et ferme en même temps un certain nombre d'écoles ce qui rajoute au chaos, parce que bien sûr, on attrape le covid dans des classes de dizaines de personnes en étudiant la science à l'école, mais on ne l'attrape pas en priant Dieu dans les foules religieuses amassées près du Gange.

Par ailleurs, en même temps, il multiplie les provocations physiques et verbales en menaçant de "nettoyer" d'ici peu les campements paysans des portes de Delhi, en tentant d'y faire mettre le feu par ses miliciens fascistes et en tentant de multiplier les activités de ses ministres en particulier dans l'Haryana où ils sont bannis socialement par les paysans. Cela est l'occasion d'affrontements violents entre policiers et paysans, ce qui fait de belles photos à donner en pâture à ses médias afin de dénoncer la violence paysanne et justifier l'évacuation de ces hordes barbares aux portes de Delhi.

Ainsi ces derniers jours, cela a été chaud en particulier dans l'Haryana, où les paysans se sont opposés à toutes les activités du 1er ministre et de ses sous-ministres de l'Etat. Ainsi le 1er ministre a du annuler son passage à Barauli. À Kaithal, il n'a du son salut qu'à une violente charge des policiers et pareil pour Dhankar un des ses anciens ministres à Kurukshetra quelque peu secoué toutefois par les paysans.

Globalement, la réponse du soulèvement paysan a été simple : d'une part, ils ne céderaient pas au chantage au covid du gouvernement puisque si celui-ci voulait vraiment lutter contre le covid, il commencerait par renoncer à ses lois anti-paysannes, ce qui fait que tous les rassemblements paysans seraient immédiatement arrêtés : d'autre part, le soulèvement paysan a annoncé une énorme marche de paysans sur Delhi pour renforcer les campements de la capitale qui partirait du Pendjab le 21 avril.

Il reste donc au gouvernement de tenter un coup de force avant le 21 avril, faute de quoi à partir de mai, la pente douce vers l'été pourrait bien marquer la fin de son pouvoir.

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Les paysans continuent à occuper jour et nuit depuis des mois les péages autoroutiers et dorment sur place ; tentative d'incendie du campement paysan à la porte Singhu de Delhi par les hommes de main du pouvoir ; le campement paysan à la porte Ghazipur de Delhi en partie détruit par une tempête. Après le froid de l'hiver, les paysans doivent affronter aujourd'hui des températures de près de 40° et des tempêtes comme celle à Ghazipur cette huit. Immense courage de ces femmes et de ces hommes qui campent sur l'autoroute depuis le 26 novembre 2020 ; aujourd'hui, le gouvernement a dit qu'il allait "nettoyer" les campements paysans de Delhi, comme déjà le 28 janvier les gangsters fascistes au service du pouvoir appuyés par les policiers avaient tenté de le faire mais ce qui avait donné naissance par cette action à une seconde vague encore plus puissante du mouvement paysan et à la révolution des Mahapanchayats, le pouvoir de la démocratie directe.

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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