Après les déclarations de Macron du 12 juillet, quelles réactions syndicales ?

Suite aux attaques de Macron contre les libertés publiques et les droits sociaux lancées ce 12 juillet, jetons un rapide coup d’œil sur les réactions des organisations syndicales. En fait, c’est vite vu. Leurs directions préfèrent leurs vacnces et se couchent?

par Aplutsoc

Suite aux attaques de Macron contre les libertés publiques et les droits sociaux lancées ce 12 juillet, jetons un rapide coup d’œil sur les réactions des organisations syndicales.

En fait, c’est vite vu. Les sites de la CFDT, de l’UNSA, de la CFTC et de la CGC ne comportent pas de réactions (y compris la Fédération CFDT Santé Sociaux n’a pas réagi, mais elle a mis en ligne une vidéo de mise en œuvre des mesures gouvernementales titrée « Pass sanitaire obligatoire : suis-je concerné ? »)

La FSU tenait un conseil national juste avant les déclarations de Macron, mais ensuite elle est partie en vacances. Ce conseil national appelle à « construire une rentrée sociale forte marquée par l’intervention massive du monde du travail ».

CGT, FO et Solidaires ont officiellement réagi. La CGT qualifie l’intervention présidentielle de « hors sol », affirme qu’elle est contradictoire et regrette qu’elle n’ait pas abordée le changement climatique et les violences faites aux femmes. La Fédération CGT Santé et Action sociale proteste contre l’obligation vaccinale faite aux soignants qu’elle qualifie de « nouvelle diversion du gouvernement pour faire oublier sa responsabilité dans la gestion de la crise sanitaire », et précise qu’à ce jour, « les dispositions légales prévues par l’article L. 1111-4 du Code de la Santé publique prévoient que toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement. »

La Confédération FO, elle, reprend directement la position de la Fédération des Personnels publics et de Santé FO, laquelle « prend acte des décisions politiques concernant l’obligation qui est faite au personnel des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux de se faire vacciner », ainsi que d’instaurer le pass sanitaire, mais « regrette que le gouvernement ait choisi le mode punitif plutôt que l’aspect pédagogique ». Elle demande que soient remboursées les journées de carence prises aux personnels qui se sont fait vacciner, que le Covid soit reconnu maladie professionnelle ainsi que les éventuelles complications vaccinales, et que l’obligation soit levée en cas de contre-indication médicale.

Le communiqué de Solidaires est assez proche de celui de la CGT et se termine en appelant « dés à présent à construire une rentrée sociale à la hauteur des attaques en préparation contre le monde du travail. »

Aussi incroyable que cela soit, nous n’avons pour l’instant aucune analyse de l’attaque contre le statut des fonctionnaires et le droit des salariés portée par le menace de Véran au 15 septembre, et de la cohérence qui la relie aux attaques contre l’Assurance Chômage et le droit à la retraite. La Fédération CGT Santé et Actions sociale souligne bien que la menace est pour l’instant illégale au regard du Code de la santé publique, mais elle ne dit pas qu’elle l’est aussi au regard du Statut de la Fonction publique et du droit du travail. La Fédération FO des Personnels publics et de Santé semble accepter (elle « prend acte ») l’attaque gouvernementale tout en demandant des aménagements dans le cadre de celle-ci (et c’est vrai qu’il est particulièrement scandaleux que les absences causées par une vaccination soient prises en « journée de carence », comme est scandaleuse la « journée de carence » elle-même ; mais n’aurions-nous pas là un bel argument pour le rejet de tout le dispositif de Véran et Macron ?).

CGT, FO, FSU et Solidaires ont discuté, avant même le 12 juillet, d’une journée d’action interprofessionnelle pour le 5 octobre. Une journée d’action fonction publique/éducation nationale est aussi dans les tuyaux pour une date comprise entre le 15 septembre et le 5 octobre. Non seulement les directions de nos syndicats semblent tenir pour acquis que « les vacances, c’est les vacances » (et la grève générale d’août 1953, oui, d’août, rappelons-la !), mais elles n’envisagent rien avant le 15 septembre, jour fatidique fixé pour licencier les personnels soignants non vaccinés, et instaurer ainsi LE précédent contre tous les fonctionnaires et tous les travailleurs !

L’on comprend donc le cri de colère du camarade Laurent Degousée, responsable SUD-Commerce Paris :

Syndicats et organisations de gauche, en raison de la trêve estivale dont Macron, adepte de la stratégie du choc, se contrefout, déjà englués dans le dialogue social et la légitimité républicaine, vont encore rater le coche comme lors des Gilets jaunes sous peine de laisser le champ libre aux complotistes et autres réactionnaires.

A travers l’extension du passe sanitaire qui vise à exonérer le gouvernement en faisant peser la responsabilité de la probable quatrième vague sur la population et à masquer la reprise de la démolition de notre protection sociale, c’est la mise en place d’une société de contrôle, du berceau au tombeau, que le fondé de pouvoir des 1 % veut hâter.

Le mouvement ouvrier, celui qui peut bloquer le capital dans sa production même – et pas seulement sa circulation – ainsi qu’imposer son hégémonie culturelle, a une responsabilité qui ne peut attendre la sempiternelle rentrée sociale (et encore moins les élections de l’an prochain) : défaire Emmanuel Macron et son monde commence maintenant !

Des réactions spontanées, de certains groupes de Gilets jaunes, mais aussi des rassemblements pilotés par des groupes complotistes et autres Quanon, ont eu lieu et auront lieu à nouveau. Inutile de déplorer l’obscurantisme qui s’y manifeste souvent, quand on leur laisse ainsi le terrain.

L’éditorial d’Aplutsoc du 14 juillet se terminait par ce message de confiance en nous-mêmes et en notre classe :

Nous avons réalisé le 18 novembre 2018 et le 5 décembre 2019. C’est cela que Macron tente de neutraliser, d’une manière infâme. Le prolétariat, actifs, jeunes, chômeurs, retraités, peut relever le gant !

Oui, nous le ferons. Et dans ce combat, nous ferons jouer leur rôle à NOS syndicats. Leur rôle n’est pas d’accepter par avance et d’aller aux messes de « dialogue social ». Leur rôle est de combattre tout de suite pour des vaccins publics et des soins de qualité pour toutes et tous, contre tout licenciement au 15 septembre !

Ce sera un combat, puisque par elles-mêmes, quelle leçon, les directions de NOS syndicats sont en train d’accepter de fait l’attaque de Macron. Les travailleurs, les militants, auront à retourner ce dispositif en son contraire pour affronter Macron. Ils en ont la capacité.

En complément tous les jours la rubrique Social de la Revue de Presse Emancipation!

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