Quelle devrait être la position des socialistes sur Cuba aujourd’hui ? -Dan La Botz

Article publié le 12 juillet sur le site de la revue New Politics, rédigé par Dan La Botz, un militant américain, vétéran de la gauche socialiste révolutionnaire, au sujet des événements du 11 juillet 2021 à Cuba. Nota : le terme socialiste doit s’entendre dans son acception anglo-saxone de « vrais, authentiques partisans du socialisme ».

 Source New Politics - traduction aplutsoc

Hier, 11 juillet 2021, des Cubains sont descendus dans les rues de plusieurs villes, pour protester contre le manque de soins médicaux, le manque de nourriture et pour réclamer la liberté. Quelle devrait être la position des socialistes sur ces manifestations et sur le gouvernement cubain ?

Premièrement, les socialistes internationalistes comme moi, qu’ils appartiennent à diverses organisations ou qu’ils soient indépendants, ont toujours soutenu le droit du peuple cubain à l’autodétermination. Nous pensons que le vieux mot d’ordre bas les pattes devant Cubas’impose toujours aux États-Unis.

Nous avons combattu l’embargo américain et son extension par la loi Helms-Burton parce que, même si les produits alimentaires et les médicaments n’ont généralement pas été inclus dans l’embargo, nous constatons que la réduction du commerce frappe sévèrement le peuple cubain.

Deuxièmement, nous nous opposons à toute intervention militaire américaine à Cuba ou à toute opération subventionnée par les États-Unis et menée par d’autres États ou intervenants.

Troisièmement, nous avons soutenu le droit des Américains et des Cubains de voyager librement dans leurs pays respectifs et avons combattu les restrictions sur les voyages à Cuba.

Tout cela constitue une position anti-impérialiste.

Dans le même temps, en tant que socialistes internationalistes, nous soutenons le droit du peuple cubain à s’exprimer librement, à se rassembler pour protester et à manifester sur n’importe quelle question de son choix. Évidemment, lorsque le système de santé est en échec et lorsque la nourriture manque, nous soutenons le droit de demander au gouvernement de résoudre ces problèmes, comme nous le ferions dans n’importe quel autre pays.

Nous soutenons également le droit des Cubains d’exiger des changements dans leur gouvernement. Les Cubains, nous l’avons toujours pensé, devraient avoir le droit s’ils le souhaitent, de contester le gouvernement du Parti communiste qui détient le pouvoir depuis plus de soixante ans et d’organiser de nouveaux partis politiques. Nous soutenons également leur droit d’organiser des syndicats indépendants de leur choix, des syndicats non contrôlés par le Parti communiste et le gouvernement.

Nous nous opposons donc aujourd’hui à la répression des manifestations par le gouvernement cubain. Nous demandons la libération de ceux qui ont été emprisonnés. Nous condamnons également la déclaration du président cubain Díaz-Canel : « L’ordre de bataille est donné : révolutionnaires, descendez dans la rue », ce qui est un appel à la violence des milices et à des attaques politiques organisées contre les manifestants.

Les socialistes internationalistes devraient soutenir le droit du peuple cubain de manifester et de s’opposer à la répression du gouvernement cubain. Nous devons essayer de reconnaître au sein de tout nouveau mouvement les courants véritablement démocratiques et socialistes qui souhaitent construire une société socialiste démocratique, un gouvernement démocratique supervisant une économie détenue et gérée collectivement.

Si nous reconnaissons véritablement des socialistes démocratiques à Cuba, nous devons les soutenir et collaborer avec eux. Mais dans tous les cas, même si nous ne pouvons identifier aucun socialiste démocratique au sein du mouvement à ce stade, nous soutenons le droit du peuple à faire entendre sa voix.

DAN LA BOTZ est un enseignant, écrivain et activiste basé à Brooklyn. Il est co-éditeur de New Politics.

En complément tous les jours la rubrique Amérique Latine et Caraïbe de la Revue de Presse Emancipation!

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