Inde: malgré la crainte du covid et ses ravages, la colère se fait entendre

Malgré la peur de l'épidémie qui paralyse beaucoup d'indiens ou qui les occupe aussi en priorité dans des actions de solidarité, le 26 mai pourrait marquer un nouveau tournant dans la situation où la colère contre Modi l'emporterait clairement sur la peur du covid et les préoccupations de solidarité immédiate.

par Jacques Chastaing

Le covid continue à faire des ravages en Inde et bien que le gouvernement ne prenne même plus la peine de compter réellement les victimes et fournisse des chiffres totalement bidons, tous les témoignages qui remontent des villages où les habitants sont abandonnés à eux-mêmes, montrent qu'il s'agit d'une catastrophe considérable. 

Ainsi, pour ne prendre que cet exemple, selon des témoignages locaux, dans la seule ville de Jawnpur, dans l'Uttar Pradesh, 120 000 habitants, 300 personnes meurent chaque jour du covid. Et tous les témoignages relevés par le journaliste de The Caravan qui a enquêté dans les villages de l'Uttar Pradesh vont dans ce sens. Ces chiffres rapportés à la taille de l'Inde donnent une idée de ce qui est en train de se passer, peut-être une catastrophe plus importante encore que celle de la grippe espagnole qui après la première guerre mondiale avait fait plus de 18 millions de morts en Inde. https://caravanmagazine.in/.../covid-second-wave-uttar...

Cependant, malgré les peurs et la démolition des liens sociaux que cela engendre (voir l'article de The Caravan), et le coup de massue pris par la population, la colère contre Modi est peu à peu en train de l'emporter sur la sidération causée par l'épidémie.

Ainsi, après quelques jours de doute et d'hésitation, la conscience grandit que pour se débarrasser de l'épidémie, il faut se débarrasser de Modi.

En effet, l'essentiel de ce qui est fait pour lutter contre l'épidémie, vient de la solidarité des gens eux-mêmes alors que l'Etat du BJP, ne fait rien et met par contre surtout ses ressources à réprimer ceux qui osent dire que le gouvernement ne fait rien où à parader devant les journalistes.

Les violences qui se sont passées hier à Hisar entre policiers et paysans dans l'Haryana sont significatives de ce changement d'état d'esprit de la population.

La dénonciation de l'hypocrisie du gouvernement local qui inaugurait un hôpital pour se faire de la publicité alors qu'il ne fait rien en réalité a provoqué la colère des paysans qui ont bloqué et encerclé un moment le 1er ministre de l'Haryana, qui, pour se libérer a fait donner la plus grande violence à la police.

Cela a immédiatement provoqué une riposte des paysans qui ont bloqué des routes dans cet Etat d'Haryana et qui étaient appelés à bloquer les postes de police aujourd'hui lundi si les paysans arrêtés hier n'étaient pas libérés. Les paysans des campements de Delhi ont dans le même mouvement bloqué le périphérique de la capitale.

Mais, peut-être le plus significatif du climat actuel, c'est que la colère s'est étendue aujourd'hui lundi à l'Uttar Pradesh (200 millions d'habitants). Les paysans y ont bloqué des routes, des postes de police, et libéreront les péages autoroutiers à partir de demain. Ils se sont également engagés dans diverses réunions à monter aux portes de Delhi rapidement et à ne plus les quitter.

Aussi, malgré la peur de l'épidémie qui paralyse beaucoup d'indiens ou qui les occupe aussi en priorité dans des actions de solidarité, le 26 mai pourrait marquer un nouveau tournant dans la situation où la colère contre Modi l'emporterait clairement sur la peur du covid et les préoccupations de solidarité immédiate. En effet, ce jour là, pour que toute la population puisse manifester sa colère et son rejet du gouvernement, le soulèvement paysan l'appelle à installer des drapeaux noirs partout sur les maisons, les voitures, les commerces, les balcons, les camions, tous les véhicules... à en faire un jour noir de colère, pour que tout un chacun puisse mesurer ce que pensent les indiens, comme premier pas vers d'autres mobilisations.

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Marche des paysans pour rejoindre le campement Singhu à Delhi : les campements de Singhu, Tikri, Shahjahanpur, Gazipur, Palwal... sont à nouveau bondés après la période des récoltes et le choc du covid. Beaucoup d'autres vont encore arriver dans les jours qui viennent après la fin de la récolte de la canne à sucre et après les violences de la police à Hisar ; manifestation pour dénoncer les violences de la police à Hisar ; réunion au campement Singhu de Delhi ; réunion au campement Tikri de Delhi ; mannequin du 1er ministre de l'Haryana pendu par les pieds avant d'être brûlé comme lors de la libération de l'Italie, Mussolini, le modèle du RSS, la milice fasciste de Modi

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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