Inde: paysans sur le front de la bataille sociale pour le monde de demain

L'issue du combat des paysans indiens est déterminant pour la planète entière.

Par Jacques Chastaing

Les paysans indiens et leurs soutiens se battent contre les géants indiens mais surtout mondiaux de l'agrochimie, les multinationales de l'agro-alimentaire et de la distribution alimentaire qui cherchent à industrialiser le monde agricole sur la planète entière en détruisant les sols, l'eau, les forêts, la nature, le climat, les ressources d'alimentation et les réseaux de solidarité humaine.

Si les capitalistes aidés par le régime néo-fasciste de Modi, l'emportaient, non seulement des centaines de millions d'indiens retourneraient à un état de quasi servage, mais le monde entier aurait à en payer un prix climatique désastreux pour la planète, tout autant qu'en multiplication de famines et d'épidémies.

Le monde rural indien avec ses 600 millions de paysans, l'importance de ses productions agricoles, ses organisations syndicales nombreuses et combatives et ses traditions de lutte est le dernier grand foyer de résistance à l'industrialisation capitaliste de la nature, c'est-à-dire sa destruction.

Le combat que mènent les paysans et tous leurs soutiens est un combat à la vie à la mort pour eux mais aussi pour nous.

C'est pour ça que leur combat a dépassé largement les seules revendications paysannes pour déjà révolutionner l'Inde, en réduisant ou abattant les multiples frontières que le capitalisme utilise pour diviser les hommes, les frontières de castes, de religions et de sexes.

En menant son énorme combat depuis 6 mois qui a rassemblé plusieurs fois des centaines de millions de pauvres, ouvriers ou paysans, pour en faire le plus grand mouvement du monde, le soulèvement paysan a ouvert en Inde mais aussi dans d'autres pays, un immense débat en particulier dans ses campements de Delhi où vivent et échangent plusieurs centaines de milliers de personnes de tous bords, non seulement sur la manière de produire des aliments mais plus largement sur la société que nous voulons pour demain.

Plus encore, au delà de ces campements, on estime que 8 millions de groupes de paysans en Inde discutent aujourd'hui de quelles techniques agricoles il faut demain pour nourrir la planète sans l'abimer et quelle société est nécessaire pour y arriver, c'est-à-dire pour le moins une société débarrassée de ses exploiteurs et de ceux qui les protègent au gouvernement.

Voilà le combat que mène t les paysans indiens.

Dans la foulée, ce sont 47 millions d'internautes indiens qui se retrouvent dans le hashtag "Modi démission" et partout où le parti de Modi, le BJP, a voulu se présenter à des élections, il a été battu sous l'impulsion du mouvement paysan et de ses mots d'ordre "ne votez pas BJP" et bannissons de toute activité sociale le BJP et ses alliés.

C'est-à-dire que le soulèvement paysan a été rejoint par une large vague populaire qui cherche à se débarrasser de ce système et de son gouvernement. Et tout le monde peut ces dernières semaines mieux mesurer encore la dimension criminelle du "je-m'en-foutisme" total du gouvernement qui ne fait rien contre l'épidémie de covid qui fait des ravages dans le pays, sauf poursuivre et condamner ceux qui essaient d'en parler ou de faire quelque chose.

Le monde entier est en train de prendre conscience de l'importance du soulèvement indien et cela se voit par l'intervention sur le sujet de vedettes comme Rihanna ou de personnalités comme Greta Thunberg.

Le monde entier sauf la France...

Car la France a non seulement un Macron qui vend des armes à l'Inde de Modi et qui a intérêt à son maintien mais aussi un des principaux groupes agro-alimentaire du monde, le groupe Dreyfus qui est un de ceux qui essaie de détruire l'agriculture indienne actuelle et le soulèvement paysan, et enfin, lié à cela, une presse parmi les plus corrompues du monde.

Aujourd'hui, le soulèvement paysan a tenté d'arrêter le ministre de l'agriculture et hier le 1er ministre de l'Haryana, au titre du bannissement social que les paysans ont décidé de mettre en œuvre à l'encontre les dirigeants du BJP et de ses alliés.

A défaut de pouvoir encore bannir Macron et ses alliés, la moindre des choses que nous pouvons faire ici en attendant, est de bannir la presse française et son silence et faire connaître la formidable lutte des paysans indiens en relayant les informations à son sujet.

PHOTOS

Péage autoroutier libéré à Hisar et demain panchayat sur le péage ; les paysans continuent à arriver aux campements de Delhi, ici à Singhu ; le convoi du ministre de l'agriculture Norendra Tomar bloqué par les paysans dans l'Etat du Madhya Pradesh où il a été pris à partie, les policiers ayant le plus grand mal à lui permettre de s'enfuir ; le village de Masudpur dans l'Haryana a décidé aujourd'hui en assemblée qu'ils interdiraient désormais aux policiers de rentrer dans le village ; manifestation à Hisar contre le 1er ministre de l'Haryana

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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