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Billet de blog 18 déc. 2021

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Inde: le soulèvement paysan n'est qu'un début -Jacques Chastaing

Du côté des ouvriers, encouragés par le succès paysan, les grèves et manifestations fusent de partout. Une grève générale interprofessionnelle de deux jours sur toute l'Inde est même appelée pour les 23 et 24 février par les dix principales organisations syndicales ouvrières, et le SKM, la coordination paysanne, pour l'abrogation des 4 lois anti-ouvriers.

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Ça n'a pas traîné !

Aussitôt que le gouvernement a eu promis le MSP aux paysans, c'est-à-dire un prix minimum de vente des produits agricoles garanti par des accords entre l'Etat et les syndicats paysans indépendamment des cours mondiaux avec un minimum équivalent à une fois et demi le cout de revient, c'est-à-dire une sorte de smic paysan, les ouvriers dont l'immense majorité n'ont pas le smic, ni aucun droit en matière de retraite, maladie ou chômage, se sont mis à réclamer le smic pour tous les travailleurs.

Il y a eu des manifestations en ce sens en différents endroits notamment dans les Etats du Karnataka et du Tripura.

Mais la première manifestation à vocation nationale pour l'application du MSP pour les paysans et l'extension d'un smic de 25 000 roupies à tous les travailleurs, aura lieu ce 19 décembre à Bengalore dans l'Etat du Karnataka à l'initiative d'un regroupement d'une quinzaine d'organisations ouvrières avec l'intention de généraliser ensuite ces manifestations.

Pour le moment, au niveau général, la situation est encore entre deux, sans encore savoir vers quoi et quand elle va basculer, entre la victoire qu'on fête encore partout et le démarrage d'une autre période de lutte dont on ne sent encore que les prémisses mais qui pourrait bien être celle de la mobilisation massive des travailleurs, comme le laissent déjà entrevoir les mobilisations actuelles.

Du côté des paysans, la période est encore largement dominée par les multiples fêtes organisées pour célébrer la victoire à chaque retour de paysans revenant des campements de Delhi ou d'ailleurs avec, en même temps, des grèves et manifestations des ouvriers agricoles qui demandent leur part, d'assez importantes manifestations locales ou régionales de paysans pour exiger des indemnités du fait des dégâts causés par les pluies, et puis des réunions, des mahapanchayats pour faire le point sur le MSP, puisque si le gouvernement en a promis le principe, il reste encore à l'appliquer concrètement.

En même temps, du côté ouvrier, comme si elles avaient été encouragées par le succès paysans, les grèves et manifestations fusent de partout, grèves des agents de nettoyage du Karnataka qui réclament un smic à 35 000 roupies, grèves des employées de Foxccon, des ouvrières fabricant les feux d'artifice, des agents de santé de l'Uttarakand depuis une semaine, des médecins à Delhi, des ouvriers de Tata, Ford, Leyland, d'agents municipaux, d'ouvriers des universités, des enseignants du Pendjab, des chauffeurs de bus dans le Maharashtra, le Pendjab et le Telangana, des Anganwadi et Asha dans différents Etats et tellement, tellement d'autres.

Mais il y a aussi des grèves et manifestations ouvrières de dimension nationale qui se multiplient en s'appuyant là aussi sur la réussite des paysans, puisqu'on a vu ces derniers jours, une grève nationale des ouvriers de la construction les 2 et 3 décembre - la plus importante de toute leur histoire -, une grève des médecins le 6 décembre, des ambulanciers le 8 décembre, puis les 9,10 et 11 décembre une grève nationale de trois jours des mineurs de fond, une grève nationale de deux jours contre la privatisation des banques publiques, les 16 et 17 décembre, très réussie avec la fermeture de 95% des agences et participation d'au moins un million d'employés de banque et la menace d'une grève illimitée, mais il y a encore grève également des cheminots ces mêmes deux jours, la grève des salariés des entreprises fabriquant des fertilisants le 18 décembre, une grève nationale des petites et moyennes entreprises prévue le 20 décembre, d'autres encore en préparation et pour couronner le tout une grève générale interprofessionnelle de deux jours sur toute l'Inde les 23 et 24 février à l'appel des dix principales organisations syndicales ouvrières - et du SKM, la coordination paysanne - pour l'abrogation des 4 lois anti-ouvriers qui suppriment 44 lois ouvrières acquises dans la lutte et qui protégeaient un peu les travailleurs, contre les privatisations.

Tout est en fermentation mais il est clair que la mobilisation paysanne n'est pas finie, puisqu'il reste à mettre en application le MSP et que le succès paysan a ouvert bien des espoirs et des envies de mobilisation du côté ouvrier. Les jours et semaines au tournant de l'année 2021/2022 nous diront comment le rapport de force construit au travers de la victoire paysanne va se traduire dans les mobilisations de toutes les classes populaires d'inde.

Ce qui est sûr, c'est que le mouvement ne fait que commencer.

Jacques Chastaing

PHOTOS

Les ouvrières de Foxconn bloquent l'autoroute après l'empoisonnement de collègues à la cantine de l'entreprise ; grève des Anganwadi à Bhubaneswar dans l'Odisha ; marche de paysans de 800 km pour exiger des compensations à cause de pertes climatiques traversant 178 villages du district d'Anantapur dans l'Andhra Pradesh ; manifestation de pays exigeant des compensations à cause des pertes dues aux fortes pluies dans le district de Sabha Purba Burdwan au Bengale occidental ; ouvrières en grève de la fabrication de feux d'artifices à Sivakasi dans le Tamilnadu ; manifestation de travailleurs demandant un salaire minimum à Agartala dans le Tripura ; Mahapnchayat paysan à Sisouli dans l'Uttar Pradesh avec Rakesh Tikait

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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