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Billet de blog 19 mars 2022

Russie. Manifeste de la coalition «Socialistes contre la guerre»

Il n’y a qu’un seul moyen d’éviter ces désastres. La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes – hommes et femmes de Russie. Ce pays nous appartient, pas à une poignée de vieux fous disposant de palaces et de yachts. Il est temps de le récupérer. Nos ennemis ne sont pas à Kiev et Odessa, mais à Moscou.

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Source: Alencontre 

[Les éditeurs du site reconnu LeftEast indiquent qu’ils publient le manifeste d’un groupe informel en Russie appelé «Socialistes contre la guerre»]

Ce pouvoir, fondé sur des promesses de paix et de stabilité, a finalement conduit le pays à la guerre et à la catastrophe économique.

Comme toute autre guerre dans l’histoire, celle d’aujourd’hui divise tout le monde en deux parties: les pour et les contre. La propagande du Kremlin tente de nous convaincre que toute la nation s’est ralliée au pouvoir. Et seuls de misérables ancêtres, libéraux pro-occidentaux et mercenaires de l’ennemi extérieur se battent pour la paix. C’est un mensonge complètement indéfendable. Cette fois, les anciens du Kremlin étaient en minorité. La plupart des Russes ne veulent pas de guerre fratricide, même parmi ceux qui font encore confiance aux autorités russes. Ils ferment les yeux pour ne pas voir s’écrouler le monde dessiné par les propagandistes. Ils espèrent encore que ce qui se passe n’est pas une guerre, surtout pas agressive, mais une «opération spéciale» destinée à «libérer» le peuple ukrainien. Des images terribles de bombardements et de pilonnages brutaux des villes vont bientôt détruire ces mythes. Et alors, même les électeurs les plus fidèles de Poutine diront: nous n’avons pas donné notre consentement à cette guerre injuste!

Mais dès à présent, des dizaines de millions de personnes à travers le pays sont horrifiées et dégoûtées par ce que fait l’administration de Poutine. Ces personnes ont des convictions différentes. La plupart d’entre elles ne sont pas du tout libérales, comme le prétendent les propagandistes. Parmi eux, il y a beaucoup de gens de gauche, socialistes ou communistes. Et bien sûr, ces personnes – la majorité de notre peuple – sont des patriotes sincères de notre patrie.

On nous ment en disant que les opposants à cette guerre sont des hypocrites. Qu’ils ne sont pas contre la guerre, mais seulement favorables à l’Occident. C’est un mensonge. Nous n’avons jamais été des partisans des Etats-Unis et de leur politique impérialiste. Lorsque les troupes ukrainiennes ont bombardé Donetsk et Lougansk, nous ne nous sommes pas tus. Ne restons pas silencieux alors que maintenant Kharkiv, Kiev et Odessa sont bombardées sur ordre de Poutine et de sa camarilla.

Il y a de nombreuses raisons de lutter contre la guerre. Pour nous, partisans de la justice sociale, de l’égalité et de la liberté, plusieurs d’entre elles sont particulièrement importantes.

  • C’est une guerre injuste, une guerre de conquête. Il n’y avait pas et il n’y a pas de telle menace pour l’Etat russe qui ferait qu’il était nécessaire d’envoyer nos soldats tuer et mourir. Aujourd’hui, ils ne «libèrent personne». Ils n’aident aucun mouvement populaire. C’est simplement que l’armée régulière brise les paisibles villes ukrainiennes sur ordre d’une poignée de milliardaires qui rêvent de maintenir à jamais leur pouvoir sur la Russie.
  • Cette guerre entraîne d’innombrables désastres pour nos peuples. Ukrainiens et Russes la paient de leur sang. Mais même loin à l’arrière, la pauvreté, l’inflation, le chômage toucheront tout le monde. Les factures ne seront pas payées par les oligarques et les fonctionnaires, mais par les pauvres enseignants, par les travailleurs et travailleuses, les retraité·e·s et les chômeurs et chômeuses. Beaucoup d’entre nous n’auront rien pour nourrir les enfants.
  • Cette guerre va transformer l’Ukraine en ruines et la Russie en une grande prison. Les médias d’opposition sont déjà fermés. Des gens sont jetés derrière les barreaux pour des tracts, des piquets de protestation inoffensifs, même pour des messages sur les réseaux sociaux. Bientôt, les Russes n’auront plus qu’un seul choix: entre la prison et le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. La guerre amène avec elle une dictature que les générations actuelles n’ont pas encore vue.
  • Cette guerre augmente considérablement tous les risques et menaces pour notre pays. Même les Ukrainiens qui sympathisaient avec la Russie il y a une semaine s’enrôlent maintenant dans les milices pour combattre nos troupes. Avec son agression, Poutine a annulé tous les crimes des nationalistes ukrainiens, toutes les intrigues des faucons américains et de l’OTAN. Poutine leur a donné de tels arguments que de nouveaux missiles et de nouvelles bases militaires apparaîtront presque certainement le long du périmètre de nos frontières.
  • Enfin, la lutte pour la paix est un devoir patriotique pour chaque Russe. Non seulement parce que nous sommes les gardiens de la mémoire de la plus terrible guerre de l’histoire. Mais aussi parce que cette guerre menace l’intégrité et l’existence même de la Russie.

Poutine essaie de lier étroitement son propre destin au destin de notre pays. S’il réussit, sa défaite inévitable sera la défaite de toute la nation. Et alors le sort de l’Allemagne d’après-guerre peut vraiment nous attendre: occupation, partition territoriale, culte de la culpabilité collective.

Il n’y a qu’un seul moyen d’éviter ces désastres. La guerre doit être arrêtée par nous-mêmes – hommes et femmes de Russie. Ce pays nous appartient, pas à une poignée de vieux fous disposant de palaces et de yachts. Il est temps de le récupérer. Nos ennemis ne sont pas à Kiev et Odessa, mais à Moscou. Il est temps de les virer de là. La guerre n’est pas le fait de la Russie. La guerre est le fait de Poutine et de son régime. C’est pourquoi, nous, les socialistes et communistes russes, sommes contre cette guerre criminelle. Nous voulons l’arrêter pour sauver la Russie.

Pas d’intervention! Pas de dictature! Pas de pauvreté!» (Publié par le site Left East, le 17 mars 2022 en anglais; traduction rédaction A l’Encontre. L’original en russe a été publié le 3 mars)

En complément tous les jours la rubrique Europe de la Revue de Presse Emancipation!

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