Le mouvement anti pass fait dérailler la machinerie gouvernementale

Comme d'habitude et comme du temps des Gilets Jaunes, pour la police et la presse macronienne, le mouvement anti-pass continuerait à s'effriter, à tel point qu'on se demande, vu qu'ils prédisent un essoufflement continu, s'ils ne vont pas être obligés d'inventer des chiffres négatifs de manifestants pour les prochains samedis.

par Jacques Chastaing

Bien sûr, comme d'habitude et comme du temps des Gilets Jaunes, pour la police et la presse macronienne, le mouvement anti-pass continuerait à s'effriter, à tel point qu'on se demande vu qu'ils prédisent un essoufflement continu s'ils ne vont pas être obligés d'inventer des chiffres négatifs de manifestants pour les prochains samedis.

Or si dans certaines villes on a pu noter une baisse du nombre de manifestants, dans d'autres il a monté ou s'est maintenu et, ce qui est fondamental, c'est que globalement le mouvement anti-pass a son 10e week-end de mobilisation, a encore réussi à réunir des foules toujours importantes dans plus de 250 manifestations.

Pourtant, on aurait pu penser que l'apparente inflexibilité du gouvernement et son application des sanctions à l'encontre des non vaccinés pouvait casser le moral des manifestants et sonner le glas du mouvement.

Il n'en a rien été et c'est même l'inverse qui se passe : le mouvement parce qu'il dure malgré les menaces et les sanctions est en train de mettre en échec la politique autoritaire du gouvernement et casser son arrogance.

Ça ne se voit pas trop parce que la grande presse est aux ordres de Macron et parce que l'opposition syndicale ou politique dans sa majorité ne soutient pas le mouvement, celui-ci n'a pas pour le moement d'expression propre ni de porte parole.

Pour donner à voir ce que pourrait être cette expression et l'effet colossal qu'elle pourrait avoir, intéressons-nous à la déclaration de Véran annonçant qu'il y aurait eu 3 000 soignants suspendus au 15 septembre outre-mer comprise.

Il y a en effet quelque chose qui ne colle pas dans cette déclaration : Santé publique France estime qu’au 14 septembre, à la veille de l’obligation vaccinale, 5% des professionnels de santé libéraux et un peu plus de 10% des professionnels en Ehpad ou en établissements de santé n’étaient toujours pas vaccinés, soit à peu près 350 000 professionnels.

Il y aurait du y avoir 350 000 suspensions. Un peu moins avec les agents en vacances, en maladie, les retards divers et variés... Quoi qu'il en soit, on est loin du compte.

Bien sûr, on peut se dire que Véran a menti et sous-estimé le chiffre, d'une part pour faire croire que sa politique marchait puisqu'il n'y aurait eu ainsi que 3 000 récalcitrants et d'autre part peut-être aussi pour ne pas susciter une indignation large s'il avait annoncé 30 ou 40 000 suspensions qui auraient pu alimenter aussi le fait que ces suspensions devenaient cause d'une autre catastrophe sanitaire par manque de personnel.

Peut-être. Mais avec 3 000 voire 30 000, on reste toujours très loin des 350 000.

Or s'il y a un tel écart, c'est que le gouvernement n'arrive pas à faire appliquer sa politique de sanction des agents de santé qui ne se plient pas à ses ordres, parce qu'il y a une énorme résistance à l'autoritarisme gouvernemental dans les établissements de santé y compris des agents vaccinés.

Cette caractéristique est d'une part un facteur d'optimisme pour la suite et va peut-être protéger les autres secteurs professionnels qui pourraient être menacés à leur tour - avec licenciements à la clef - comme cela commence à se faire dans d'autres pays et d'autre part un témoignage important sur le degré de rejet du pouvoir par les travailleurs.

Il ne s'agit en effet pas que d'une résistance des non vaccinés.

Celle-ci existe comme par exemple dans les Dom Tom où au CHU de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, 74% des agents ne sont pas vaccinés, ce qui a obligé le directeur de l'hôpital à déclarer que bien que fortement favorable à l'obligation vaccinale et aux sanctions, il n'était pas en possibilité de le faire sous peine de fermer le CHU.

Ce qui est plus important encore, c'est que par exemple à l'hôpital de Périgueux, 1200 employés sur 2850, presque la moitié, ont refusé de communiquer leur "statut vaccinal". Bien que beaucoup de ces 1 200 soient vaccinés, ils font ce geste soit par refus de l'autoritarisme gouvernemental soit par solidarité avec leurs camarades non vaccinés ou pour les deux raisons. Ce faisant, aux yeux de la loi, ils sont donc officiellement considérés comme des non vaccinés et risquent d'être suspendus. Mais suspendre la moitié d'un hôpital revient à le fermer. Et la direction y a renoncé. Avec certainement le soutien du gouvernement, affolé si une grande partie des hôpitaux de France devaient fermer du jour au lendemain, non seulement par la catastrophe sanitaire que cela signifierait mais aussi parce que cela révélerait l'énorme désobéissance civile en cours.

Aux Hospices civils de Lyon (HCL), 60 agents ont été suspendus jeudi 16 septembre au soir, après entretien pour étudier leur situation. Or 5 % du personnel, soit environ 1200 des 24 000 employés, n’avait pas encore reçu sa première dose de vaccin le 13 septembre. Les HCL précisent que des entretiens sont encore prévus pour 160 situations. Mais 160 additionné de 60 nous amènent très loin ds 1 200 concernés... Là aussi, des agents vaccinés n'ont pas donné - peu ou prou - leur statut vaccinal comme dans beaucoup d'établissements de santé, ce qui empêche globalement les directions hospitalières d'appliquer les sanctions demandées par le gouvernement.

Cette résistance ouvrière, dont les manifestations du samedi ne sont que la partie émergée, entraîne en conséquence que les hôpitaux n'appliquent pas les consignes gouvernementales, donnent des délais supplémentaires comme l'hôpital du Mans, rappellent au travail des soignants non vaccinés parce qu'il manque du personnel comme aux HCL et que comme dans les Ehpad décident collectivement de ne pas appliquer les consignes...

L’AD-PA (association de directeurs de maisons de retraites), a demandé la suspension de l’obligation vaccinale dans les maisons de retraite, soit parce qu'il manque déjà du personnel et que dans certains établissements, l'application des consignes voudrait dire la fermeture d'Ehpad, soit parce que cela signifierait une rébellion du personnel. Le gouvernement n'a pas répondu jusqu’ici. En conséquence, les ehpad n'appliqueront probablement pas les consignes.

De leur côté, les professionnels de santé libéraux ont obtenu un délai parce que les consignes gouvernementales étant tellement confuses, l'Ordre des médecins qui doit statuer sur le sort des médecins non vaccinés s'est déclaré non compétent sur le sujet.

Non seulement, le gouvernement est incapable de faire appliquer ce qu'il décide, mais il a suscité un mouvement de solidarité avec les suspendus avec plus de 1 000 établissements de santé mobilisés les 14,15 et 16 septembre, qui exigent souvent leur réintégration et qui organisent par endroits des collectes pour payer leurs salaires perdus avec enfin des manifestations qui passent quasi systématiquement devant les hôpitaux, les casernes de pompiers ou les bibliothèques où le mouvement de grève contre le pass sanitaire s'étend peu à peu.

La politique gouvernementale est un véritable fiasco, sa volonté de briser le monde du travail en s'asseyant sur les lois qui le protègent est un échec retentissant.

Ce qui sauve le gouvernement – pour le moment – est que possédant la presse et ayant de fait la complicité des directions syndicales et politiques d'opposition, ça ne se voit pas et ça n'a pas de conséquences politiques. Mais imaginons ne serait-ce qu'un instant, que les directions syndicales montrent cette résistance populaire et grâce à elle, la mise en échec total de la politique gouvernementale, le gouvernement connaîtrait une crise politique, Macron ne tiendrait pas longtemps.

Macron ne doit son salut qu'à la passivité des directions syndicales et politiques. Ça avait déjà été le cas avec le mouvement des Gilets Jaunes

La vraie opposition à Macron et son monde, ce ne sont plus les oppositions politiques et syndicales traditionnelles, c'est le peuple qui s'est déjà levé avec les Gilets Jaunes, les syndicalistes de base contre la réforme des retraites de décembre 2019, ceux des Dom Tom qui ne cessent pas leurs combats et celui encore aujourd'hui qui se lève contre le pass sanitaire, fait de femmes libres et d’hommes debout, respectés et encouragés pour assurer ensemble un monde juste, sain, fraternel, solidaire, apaisé, ouvert et basé sur le respect mutuel dans les relations avec les autres peuples.

C'est ce monde là qui est aux côtés des soignants et pompiers suspendus, aux côtés des bibliothécaires en lutte pour assurer la culture aux plus pauvres, probablement aux côtés des enseignants en lutte le 23 septembre et sera encore dans la rue samedi prochain comme tous les samedis à suivre qui sont déjà programmés en manifestations contre le pass jusqu'au 23 octobre par exemple à Toulouse.

Ce n'est qu'un début, le combat continue.

Peut être une image de 3 personnes, personnes debout et plein air

En complément la rubrique Politique de la Revue de Presse Emancipation!

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