Le raciste, colonialiste et criminel de guerre Gallieni enfin déboulonné

Idéologue et stratège de la colonisation fin XIXème et début XXème siècle, Gallieni avait ainsi instauré un recensement systématique de la population indigène, classée selon sa race, à des fins d’élaboration de structures de domination ethnique. Fin 1896, à des fins de pacification de l’île (sic !), il avait fait des exéctutions en masse pour terroriser les Malgaches.

Opération déboulonnage de la statue de Gallieni à Paris © Regards

Source: Regards

Ce lundi, Place Vauban, dans le 7ème arrondissement de Paris, Regards a été témoin d’une opération de déboulonnage de la statue du général de son socle. Des images à peine croyables...

Au petit matin, ce lundi 19 avril, ils sont une petite dizaine à s’affairer autour de la statue du général Gallieni, place Vauban dans le 7ème arrondissement de Paris. En réponse aux problématiques de décolonisation de l’espace public qui ont émergé en France depuis quelques années, il a été décidé de retirer de son piédestal la figure de l’ancien commandeur du Soudan français et gouverneur général de Madagascar. 

À l’aide d’une grue télescopique rouge vif, c’est sous le regard intrigué des quelques badauds rejoignant leur lieu de travail que la statue de bronze a été soulevée avant d’être emmenée dans les réserves du Musée d’Orsay. Dans quelque jours, ce sera au tour du piédestal, composé de quatre caryatides à demi-nues, censées représenter les quatre continents sur lesquels le maréchal a assis son pouvoir militaire.

Gallieni, idéologue et stratège de la colonisation

« Paris, c’est la ville de l’amour mais c’est aussi une ville coloniale », assure l’historienne Françoise Vergès, présente sur place. « Il faut se poser la question non pas seulement de qui est Gallieni mais de sa contribution à l’environnement hostile qu’est Paris pour toutes les minorités. Moi, j’imagine bien des arbres à la place de cette statue. Il faut que la ville soit une ville pour nous toutes et tous ! », ajoute-t-elle.

Idéologue et stratège de la colonisation de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, Joseph Gallieni appliquait à la lettre une politique dite des races, notamment dans sa gouvernance de Madagascar. Il avait ainsi instauré un recensement systématique de la population indigène, classée selon sa race, à des fins d’élaboration de structures de domination ethnique. Fin 1896, à des fins de pacification de l’île (sic !), il avait aussi fait sommairement exécuter des insurgés locaux pour terroriser les Malgaches et asseoir son autorité sous l’égide de la peur.

Vers un espace public pour toutes et tous ?

Sa glorification par une statuaire imposante et triomphante dans l’espace public parisien avait déjà été interrogée par un acte politico-artistique en juin 2020 : des militants antiracistes l’avaient alors bâchée symboliquement pour dénoncer le rôle du militaire durant la colonisation. Un acte qui avait suscité une intervention relativement violente de la police bien qu’aucune charge n’ait été retenue ensuite contre ses organisateurs : les deux grimpeurs qui avaient alors interpellés avaient été immédiatement relâchés.

Première étape d’un remodelage en profondeur des symboles virilistes, guerriers et racistes de notre espace public et de nos monuments commémoratifs, ce déboulonnage s’inscrit dans une longue tradition de réinterrogation de notre histoire coloniale. Retour des œuvres volées aux XIXème et XXème siècles dans leurs pays d’origine, remplacement de la statuaire, changement de certains noms de rue et d’avenue : la France semble enfin entrer dans une ère de rapports plus égalitaires avec tous ces autres (selon des critères de genre, de classe, de race ou de nationalité) qu’elle a trop longtemps dominés.

Pablo Pillaud-Vivien

En complément tous les jours la rubrique Antiracisme de la Revue de Presse Emancipation!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.