Inde: fortes tensions avant mise sous contrôle du parlement par les paysans

Ils ont prévu une sorte de siège et d'encerclement du Parlement à trois niveaux.

par Jacques Chastaing

A partir du 22 juillet et pour toute la durée de la session parlementaire jusqu'au 13 août, le soulèvement paysan a décidé de mettre l'activité du Parlement sous le contrôle direct des classes populaires mobilisées : ils formulent cela en disant qu'ils veulent mettre les parlementaire sous le "fouet des paysans" afin qu'ils satisfassent leurs demandes... ou qu'ils soient démis, révoqués en quelques sorte par les électeurs dans les élections qui auront lieu dans plusieurs Etats importants de la confédération indienne début 2022.

Le 26 janvier 2021, les paysans avaient eu la volonté d'entrer dans Delhi en grand nombre en visant là aussi le Parlement, mais cela avait donné un certaine confusion avec les provocations de 100 000 policiers massés à Delhi et de l'ensemble des grands médias coordonnés pour inventer un coup de force sikh (religieux). Tirant les leçons de cet événment, les paysans ont décidé de s'y rendre autrement cette fois-ci.

Ils ont prévu une sorte de siège et d'encerclement du Parlement à trois niveaux.

Au plus près et au premier cercle du siège, 200 représentants des paysans de 20 Etats, iront tous les jours devant le Parlement pour interpeller les députés et exiger l'annulation des lois anti-paysannes et anti-ouvrières. Ils ont prévu ce petit nombre pour empêcher comme le 26 janvier la presse - et derrière elle, la police, de crier à l'invasion de Delhi par des hordes de terroristes sikhs ou musulmans.

Ce faisant, au second cercle, ces 200 rendront compte de leur activité et des réponses des députés aux dizaines et dizaines de milliers voire centaines de milliers de paysans et leurs soutiens ouvriers, étudiants, enseignants, jeunes... qui sont massés dans les campements aux portes de Delhi.

Au troisième cercle, ils viennent d'appeler toute la population à se rassembler localement autour des paysans partout dans le pays dans des Mahapanchayats (réunions de démocratie directe) et de suivre quotidiennement au travers de ces Mahapanchayats ou toutes sortes de rassemblements, ce contrôle populaire des parlementaires, ce contrôle de la vie politique du pays.

Le soulèvement paysan demande dons aux classes populaires de monter sur la scène politique.

En même temps, les paysans ont prévu 2 manifestations (au moins) les 26 juillet et 9 août en direction du parlement, l'une animée que par des femmes le 26 juillet puis le 9 août là aussi que par des femmes mais cette fois avec des représentants des tribus indigènes. Le but est d'une part d'élargir la "délégation" des 200 représentants paysans, d'autre part de l'élargir à des femmes et donc d'élargir les revendications du mouvement à la condition des femmes. Mais il s'agit aussi de faire ainsi des femmes les représentants de l'ensemble des classes populaires en lutte, ce qui est particulièrement subversif en Inde. Enfin, pour tenter d'éviter la critique médiatique des hordes barbares qui viendraient raser Delhi, cette représentation inédite par les femmes facilitera la mobilisation si les policiers ou les fascistes se mettaient à cogner des femmes. Avec les représentants des tribus indigènes, il s'agit là aussi de de faire des plus méprisés et opprimés, les représentants de la lutte paysanne élargie à toutes els classes populaires.

Les 5 et 6 août, les ouvriers de la sidérurgie en lutte contre la privatisation de leur secteur, devraient rejoindre le dispositif à Delhi sans qu'on sache encore quelles en seront les modalités.

Le but global est, comme le disent les paysans, de faire revivre la démocratie qui a été confisquée par les riches et les exploiteurs, pour construire une démocratie réelle, la démocratie de la rue et des classes pauvres, exploitées et opprimées.

Ce faisant, le soulèvement paysan qui avait pris jusque là la place de pivot social et sociétal de toutes les luttes dans le pays, va prendre autour de cette session parlementaire celle de pivot politique autour duquel va s'organiser toute la vie politique du pays.

C'est un renversement total, car à partir de là vont s'affronter clairement, non plus la vieille alternance gauche droite au sein des institutions qui ne changeait rien au système, mais au contraire hors des institutions, la démocratie directe des classes populaires contre la dictature plus ou moins démocratique des classes riches et capitalistes. C'est-à-dire que va se poser à partir de là, la question de quelles classes vont diriger le pays et pour construire quelle société.

Pour qu'il n'y ait pas de confusion sur l'objectif recherché, le SKM, la coordination qui anime le soulèvement, vient d'exclure un dirigeant paysan du mouvement qui avait annoncé qu'il allait créer un parti politique paysan pour donner au mouvement une représentation politique dans le cadre des prochaines élections législatives. L'objectif du mouvement et du SKM sont clairs : ils ne veulent pas jouer le jeu parlementaire électoral classique dans les cadre des isntitutions, faire un Nème parti comme les autres, ils veulent renverser les institutions et tout le système.

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Les blocages continuent depuis plusieurs jours à Sirsa en Haryana pour exiger la libération des paysans emprisonnés lors des dernières manifestations mettant en pratique le bannissement social des leaders du BJP ; les agents de nettoyage bloquent la demeure du 1er ministre à Sirsa ; les paysans continuent à arriver tous les jours en grand nombre aux campements de Delhi en prévision du siège du Parlement ; les paysans continuent leurs multiples actions quotidiennes, blocage d'un péage par les paysannes à Maiyed dans le district d'Hisar

Peut être une image de 3 personnes, personnes debout et plein air

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation! 

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