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Billet de blog 20 déc. 2021

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Soudan : Comment les syndicats résistent au coup d’État

Les Comités de résistance et le mouvement ouvrier organisé apprennent à traduire leurs efforts en pouvoir politique. Lentement mais sûrement, la fenêtre de la liberté, de la paix et de la justice s’ouvre au Soudan.

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Source: aplutsoc

Présentation

Le numéro de décembre 2021 de la revue On the Brink du Workers International Network est disponible en VO en abonnement à l’édition papier ou en téléchargement sur le site du WIN.

Au sommaire de ce n°5 : des articles sur l’approfondissement de la division dans le Labour Party, La situation en Grande-Bretagne, les élections en Afrique du Sud, la catastrophe afghane, Le coup d’État au Soudan, la « pensée Mao Tsé Toung » à propos du livre de Wang Fanxi traduit par Gregor benton, Einstein et le socialisme, etc.

Nous en reproduisons un article de Rabab Mahmoud Elnaiem que nous avons traduit. L’auteure est militante de l’Alliance des travailleurs soudanais pour la restauration des Syndicats [ Sudanese Workers’ Alliance for the Restoration of Trade Unions ], et co-fondatrice du podcast féministe Ta.marbouta.

Soudan : Comment les syndicats résistent au coup d’État

Le 25 octobre 2021, le général Abdel Fattah al Burhan, chef de l’armée soudanaise et du Conseil souverain de transition, a dirigé un coup d’État pour faire dérailler le processus de transition qui avait commencé après la signature d’un acte constitutionnel en août 2019.

Le peuple soudanais s’était soulevé en masse en décembre 2018 pour renverser 35 ans de dictature militaire islamiste dirigée par Omar al-Bashir. La première vague de la révolution a pris la forme d’une série de sit-in organisés dans la capitale et dans tout le Soudan. Ces mobilisations ont été brutalement attaquées le 3 juin 2019, et un « un partenariat » a été conclu entre les « Forces pour la Liberté et le Changement » et le Conseil de transition militaire. La plupart des forces révolutionnaires n’ont pas fait confiance à cet accord ; en conséquence, les deux dernières années ont vu une série de manifestations et de grèves à différents niveaux.

Alors qu’approchait l’échéance de novembre 2021, date convenue pour le transfert du gouvernement à l’aile civile, et à la suite des manifestations de masse du 21 octobre, les généraux Burhan et Hemedti prononcèrent la dissolution du gouvernement, et les unités militaires emmenèrent le premier Le ministre Abdalla Hamdok vers une destination inconnue. Plus de 24 manifestants sont devenus des martyrs, avec aussi, depuis le 25 octobre, de nombreuses détentions et plus 200 victimes, blessées par balles ou écrasées par des véhicules militaires.

Malgré une coupure totale d’internet, et dans certains cas la fermeture de tous les services téléphoniques, le peuple soudanais a continué de se mobiliser et de s’organiser à travers des Comités de résistance et diverses associations de travailleurs ou de syndicats. Leurs efforts se sont manifestés sous de multiples formes, dont deux marches à travers le Soudan les 30 octobre et 13 novembre.

Dans la période précédant la marche d’octobre, des mesures importantes ont été prises pour renforcer la résistance. Les Comités de résistance et les syndicats ont adopté un programme de sept revendications :

• Renverser le coup d’État militaire et remettre les pleins pouvoirs aux civils.

• Assigner tous les membres du Conseil militaire à comparaître, immédiatement, sur les accusations d’avoir instauré un coup d’État militaire.

• Rejeter tout dialogue ou négociation avec les membres du Conseil militaire ou son Comité de Sécurité ; rejeter toute ingérence des organismes internationaux.

• Dissoudre toutes les milices armées et reconfigurer une force armée nationale dans un délai déterminé, conformément à une doctrine nationale visant à protéger les frontières du pays et le droit des peuples à la liberté, à la paix et à la justice.

• Interdire la participation de toutes les forces armées au processus politique une fois pour toutes, en criminalisant l’ingérence politique de l’armée.

• Former toutes les structures de l’autorité de transition dans un délai déterminé, sous la supervision des professionnels concernés et des organismes universitaires.

• Affirmer l’indépendance totale de l’État soudanais souverain dans tous les domaines de décision, économique, politique et de sécurité ; combattre toute manœuvre ou pression visant à contrecarrer la volonté du peuple soudanais qui a fait la grève, a construit les barricades, et s’est, par millions, emparé de la rue pour défendre sa révolution.

Dans le même temps, les syndicats ont publié des déclarations insistant sur leur légitimité, défiant la tentative des dirigeants du coup d’État de les dissoudre, créant des réseaux sur la base des assemblées générales de travailleurs, et appelant à de nouvelles grèves et à la désobéissance civile totale, jusqu’à la victoire.

La lutte continue d’évoluer. Par exemple, les grèves sont organisées de manière à leur permettre de durer de plus longues périodes ; différents syndicats communiquent de manière plus ouverte entre eux et avec les Soudanais ; les Comités de résistance nomment des porte-parole officiels. Ils affirment ainsi leur pouvoir politique et le rôle des organisations des travailleurs comme acteur principal.

Cependant, nous assistons à une répression croissante des autorités issues du coup d’État. Dans la période qui a précédé la marche du 13 novembre, davantage de dirigeants syndicaux ont été arrêtés, et nous avons compté plus de violations du droit sur les lieux de travail : par exemple, des enseignants ont été arrêtés et interdits d’enseignement. La violence augmente ; au moins sept personnes ont perdu la vie, y compris de jeunes victimes de 13 ans.

Dans la lutte pour le pouvoir, l’élite a toujours réprimé les gens du peuple et la classe ouvrière. Le Soudan a la possibilité aujourd’hui d’inaugurer un nouveau type de politique, réalisant l’idée du pouvoir du peuple.

Les Comités de résistance et le mouvement ouvrier organisé apprennent à traduire leurs efforts en pouvoir politique. Lentement mais sûrement, la fenêtre de la liberté, de la paix et de la justice s’ouvre au Soudan. Il est de notre devoir de garder un œil vigilant sur ce qui se passe et d’appeler à contrer toute tentative de marginaliser le peuple soudanais qu’elle vienne du capitalisme occidental ou de ses agents aux niveaux national et régional.

Il n’y a pas d’autre alternative que de continuer la lutte, provoquer la défaite du coup d’État, mobiliser nos masses, et réaliser complètement les revendications et les aspirations de la Révolution de décembre.

En complément tous les jours la rubrique Afrique Subsaharienne de la Revue de Presse Emancipation!

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