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Billet de blog 21 mars 2021

Jupiter en enfer: Virus 3 – Macron 0

Cette semaine, nous constatons une très forte hausse des contaminations, conjuguée à une inquiétante hausse des entrées en réanimation, notamment en Île-de-France. Comme il était annoncé pour la mi-mars, l’épidémie s’emballe et les variants progressent toujours, nouveau signe de la gestion plus que calamiteuse du gouvernement.

Jean-Marc B
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Source: Olivier Berruyer - Les Crises

I. Incidence en France

1-1 La situation au niveau national

Voici l’évolution du nombre de nouveaux cas dépistés en France depuis début mai :

On constate donc qu’après avoir été nettement atténuée par le deuxième confinement, l’épidémie a repris sa croissance dès début décembre.

Alors que l’épidémie fait l’objet d’analyses non-stop sur les « chaines de commentariat continu » par des experts généralement peu compétents, on observe que la mise en place du couvre-feu il y a 100 jours avait fait passer la croissance de l’épidémie d’exponentielle à simplement linéaire. Jusqu’à la semaine passée.

L’erreur de Macron saute aux yeux. Pour nous en sortir, il aurait fallu que le deuxième confinement se poursuive jusqu’à fin décembre. Comme Noël l’empêchait, on voit donc qu’il aurait alors simplement fallu confiner dès début octobre – ce qui aurait rendu le confinement plus court. Il fallait ensuite ne pas laisser repartir l’épidémie, dans une stratégie de Covid à très bas niveau. Ce que nous avions dit à l’époque, avec d’autres.

On note bien ceci sur ce graphique représentant la croissance du nombre de cas (c’est-à-dire la fonction dérivée du nombre de cas) :

Lecture : quand la courbe bleue est sur fond rouge, l’épidémie est en croissance ; quand elle est sur fond vert, elle est en décroissance. Quand la courbe monte, l’épidémie accélère, quand elle descend, elle décélère.

Jusqu’à la semaine passée, l’épidémie est restée globalement contenue par le couvre-feu à 18h00, qui transforme nos vies en un semi-confinement.

Il semble manifeste que la fin des vacances scolaires ait relancé l’épidémie, ce qui a conduit au confinement régional actuel.

est ensuite difficile de discerner le rôle exact des différents autres facteurs : vacances scolaires, vague de froid et réchauffement, etc.

Précision : au vu des caractéristiques du virus et de la volonté de lutter contre lui, il n’est pas possible de réaliser une anticipation robuste de l’évolution du nombre de cas à court terme.

1-2 Les tests

On observe que le nombre de tests et le taux de positivité repartent à la hausse :

On observe bien ceci au niveau de la croissance du nombre de tests (le gros pic correspond aux vacances de Noël) :

Rappelons que nous testons environ 4 % de la population adulte chaque semaine.

1-3 L’épidémie « réelle »

Comme on ne teste que les personnes qui se présentent, on oublie donc de tester les personnes symptomatiques qui ne le désirent pas, et les asymptomatiques qui n’ont pas été identifiés comme étant des cas contacts. Selon l’Inserm, on n’identifie pas entre la moitié et les deux tiers des personnes réellement contaminées.

Nous vous proposons donc une estimation de l’épidémie réelle afin d’obtenir le nombre de nouvelles contaminations chaque jour :

On note qu’au printemps, l’activité de test (le petit trait en vert) était presque invisible, tant elle était marginale.

La veille des deux confinements, on devait approcher les 125 000 contaminations par jour ; nous sommes probablement autour de 50 000 actuellement, soit 2,5 fois moins.

1-4 Situation départementale

Voici le taux de reproduction moyen par région :

La progression en Île-de-France et dans le Nord est particulièrement inquiétante.

Il est surtout intéressant d’observer le nombre total de nouveaux cas chaque jour par département :

Il y a seulement une quinzaine de départements qui connaissent très peu de cas chaque jour. Pour plus de détails, nous vous renvoyons vers les analyses de @gforestier

Après avoir observé le niveau absolu, il est intéressant d’observer son évolution :

Nous vous proposons désormais les cartes des variants. Voici tout d’abord l’évolution du dramatique variant anglais, qui a colonisé notre pays en un trimestre :

Le grave variant Sud-Africain a pour sa part colonisé la Moselle :

Dès lors, l’ancien variant « souche Wuhan » est en forte diminution, et sera bientôt minoritaire partout :

Voici donc l’évolution en graphique pour les départements les plus touchés :

Le département du Nord est désormais le plus touché de la métropole ; la situation se dégrade.

Voici le détail pour l’Île-de-France :

On voit que l’épidémie progresse nettement, sous la pression des nouveaux variants qui y sont très présents.

1-5 Situation par âge

Enfin, point très important, voici le taux de positivité selon l’âge des contaminés :

On constate que la positivité diminue sur la plupart des classes d’âge, et plus fortement chez les plus de 80 ans : à l’évidence, l’effet du vaccin commence à se faire sentir.

Voici l’évolution pour celles les plus à risques :

Le taux reste toutefois à un niveau absolu élevé.

Voici en effet ce que cela donne en nombre de personnes testées positives :

En plus de cette représentation classique, nous vous proposons le même graphique, mais présenté ainsi, afin de bien voir l’évolution pour les plus de 60 ans, population à risque :

Et ici, voici un zoom sur les 50-70 ans et les plus de 70 ans :

Le réservoir de futurs décès reste hélas très important…

II. Hospitalisations en France

La tendance sur les admissions à l’hôpital pour Covid-19 est désormais également à la hausse autour de 1 500 hospitalisations par jour (soit quand même 500 000 par an à ce rythme) :

On peut l’observer en traçant la croissance des nouvelles hospitalisations, dont on constate l’évolution positive :

Cela donne ceci sur le nombre total de personnes hospitalisées :

Cela fait donc 3 mois que 25 000 à 30 000 personnes sont hospitalisées en permanence pour Covid-19.

Voici enfin la carte des nouvelles hospitalisations :

et celle du nombre total de personnes hospitalisées :

Les réanimations poursuivent leur hausse :

Et voici pour l’évolution :

Ce qui donne ceci pour le nombre total de personnes en réanimation :

Avec plus de 4 000 personnes en réanimation, l’épidémie atteint des niveaux critiques dans certains départements.

Voici enfin la carte des nouvelles entrées en réanimation :

et celle du nombre total de personnes hospitalisées en réanimation:

Et voici enfin la part des patients Covid-19 dans le total des personnes en réanimation (qui prennent donc la place des malades normalement reçus…) :

On voit bien que le variant anglais est bien plus virulent que son prédécesseur. Cela commence à bien s’observer au niveau national en faisant le ratio entre le nombre de cas en réanimation et celui des hospitalisations :

III. Décès en France

Voici enfin la situation au niveau des décès par Covid-19 en France :

Les effets de la vaccination se font enfin sentir, avec un retour à un niveau (effrayant) de plus de 300 morts par jour.

Nous venons donc de dépasser le bilan effroyable de 90 000 morts :

Ceci confirme bien le potentiel de mortalité du Coronavirus que nous évoquions dès le début de l’épidémie : 200 000 à 300 000 morts, vu qu’en mai, environ 20 % de la population aura été touchée, et que des exemples brésiliens ou italiens ont montré qu’il pouvait monter à 50 ou 60 % de personnes contaminées.

Si nous rapprochons le nombre de décès de notre estimation des cas réels, on voit bien qu’il y a un décalage d’un mois entre les pics :

Voici pour conclure la carte des décès hebdomadaires :

IV. Conclusion pour la France

Nous vous renvoyons à nos 5 derniers suivis Covid :

9 février : « La montée actuelle des variants dans notre pays ainsi que le laxisme de Macron, tout fier de ne pas écouter les scientifiques, fait craindre une reprise prochaine de l’épidémie. »

18 février : « Cette doctrine de « Vivre avec le virus » est perdante alors que la stratégie gagnante sur la planète est « Vivre sans le virus », appliquée en Asie et en Océanie, où les gens vivent normalement après quelques efforts, sans dommages économiques ni mentaux. »

26 février : « Pourquoi nous allons probablement vers un confinement »

5 mars : « La situation s’aggrave en Île-de-France et dans le Nord »

12 mars : « Grave situation en Île-de-France et dans le Nord sous la pression des variants »

19 mars : 3e confinement

Le Président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, avait annoncé le 24 janvier ce qui allait arriver mi-mars. L’exécutif l’a dénigré et a écarté ses préconisations.

Après deux mois de laxisme de Macron, l’épidémie de variant anglais a donc désormais atteint une taille critique, sa croissance exponentielle n’est plus compensée par la décroissance de l’ancienne souche.

Le Premier ministre vient d’annoncer que l’équipe gouvernementale est géniale et a tout bien fait. Mais que les 100 000 morts approchent et qu’il faut reconfiner.

Mais il a aussi dit qu’on peut sortir quand on veut. Mais qu’on ne peut pas aller chez le fleuriste, où les contaminations devait être bien rares. Mais que les écoles restent ouvertes. Et que le télétravail, ben c’est obligatoire pour les salariés, mais en fait les entreprises peuvent faire comme elles veulent. Et que le couvre-feu passe de 18h00 à 19h00 (« à cause du changement d’heure » !). Et qu’on ne peut pas quitter la région. Sauf si on a un motif pour.

Autant vous dire que dans ces conditions, la probabilité de revenir à des niveaux faibles est limitée.

Car, si cela aurait peut-être suffi en janvier avec l’ancien variant, ce n’est probablement plus le cas avec le variant anglais.

On ne fait pas des « paris » avec la vie et la santé des gens, on fait des paris au PMU. Plutôt on écoute les épidémiologistes compétent ; ça n’est pas parfait, mais on n’a pas trouvé mieux.

Mais nous verrons…

V. Incidence en Europe

Voici la situation chez nos voisins européens :

Si l’épidémie semble désormais maîtrisée en Espagne et au Royaume-Uni, elle est repartie très fortement en Italie, qui vient également de se reconfiner. On note que l’Angleterre a été très fortement frappée par le variant anglais johnsonien, variant que nous laissons donc prospérer chez nous, bien qu’il soit sans doute plus contagieux et plus mortel.

L’épidémie a bien diminué chez nos voisins, mais elle y reste néanmoins à des niveaux trop élevés pour espérer y mener une stratégie Zéro-Covid (une telle stratégie viserait à ramener l’épidémie à moins 5 000 cas par jour en France – et non pas 0…).

Voici d’ailleurs une carte plus précise de la situation régionale en Europe. :

Pratiquement aucune région n’est épargnée par la Covid…

Grâce à la vaccination, la situation s’améliore partout au niveau des décès :

Il va cependant falloir surveiller ceci dans les prochaines semaines.

VI. Incidence dans les pays les plus touchés

Voici enfin la situation dans les pays actuellement les plus touchés :

La situation aux États-Unis a connu une évolution spectaculaire, qui semble stabilisée, contrairement au Brésil.

Voici un zoom sur l’Amérique latine :

La situation y reste critique.

Voici pour les décès :

On voit que le nombre de décès reste à des niveaux dramatiques et stagnants dans les pays les plus touchés, avec 500 à 2 000 morts par jour.

Voici enfin la situation des décès en Amérique latine :

Par chance, beaucoup de pays ont pris des mesures de protection des plus âgés (ou bien ils disposent de systèmes sociaux particuliers, ne les regroupant pas dans des Ehpads).

VII. Situation mondiale

Voici pour commencer la carte mondiale de l’épidémie :

Voici pour le nombre de cas par continent :

On constate que l’épidémie se stabilise en Amérique, après un pic à 350 000 cas détectés par jour. L’Europe repart en croissance.

On a ceci en cumulant les zones pour arriver à la situation mondiale :

L’épidémie a cessé sa décroissance et repart vers 400 000 contaminations par jour.

Et on a ceci avec les cas cumulés depuis l’origine :

On constate que l’Amérique a été très fortement frappée, avec plus de 50 millions de cas détectés, et que l’Asie dépasse à peine 20 millions alors qu’elle est bien plus peuplée. L’Europe a également été durement frappée avec une trentaine de millions (en réalité bien plus, mais comme elle a moins testé au début, cela fausse quelque peu ce graphique).

Au final, près de 120 millions de personnes ont été testées positives à la Covid-19 – et beaucoup plus l’ont attrapée :


Voici la situation au niveau des décès :

On constate à quel point l’Occident a été durement frappé.

La situation semble se stabiliser à 8 000 décès par jour.

Au final, les courbes des décès cumulés ressemblent évidemment aux courbes des cas cumulés :

Désormais, près de 2 500 000 de personnes sont mortes de la Covid-19, 1 200 000 en Amérique, 800 000 en Europe et 400 000 en Asie.

VIII. La vaccination

8-1 En France

Voici un point sur la vaccination en France, avec enfin des bonnes nouvelles :

On constate que les injections viennent enfin de repartir fortement à la hausse.

Cela a permis d’injecter la première dose à près de 5 millions de Français. C’est encore bien insuffisant.

Voici pour les secondes doses :

Seulement 2 millions de personnes sont totalement protégées au bout de 2 mois et demi de campagne vaccinale. C’est faible comparé à d’autres pays.

Voici la situation au niveau national pour toutes les classes d’âge :

Il est bien triste d’en être seulement là au bout de deux mois et demi de campagne de vaccination...

Voici les prévisions des livraisons de doses de vaccin :

8-2 Dans le monde

Voici la répartition des injections quotidiennes dans le monde, qui atteignent plus de 9 millions par jour :

soit environ 55 millions par semaine :

En cumulant, on constate que plus de 350 millions de personnes ont désormais été vaccinées :

et en cumulant chaque semaine :

Voici la situation actuelle, les États-Unis ont été très efficaces avec plus de 100 millions de doses de vaccin injectées :

Enfin, voici la situation en pourcentage de la population vaccinée :

Des nouvelles de « l’Europe puissance »…

Il y a une remarquable performance du Royaume-Uni, mais elle a hélas été obtenue en ayant différé l’injection de la seconde dose, et donc en réduisant l’efficacité du vaccin :

On voit ici tout l’intérêt de disposer de productions locales par des laboratoires nationaux…


Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout ! Nous espérons qu’il vous a intéressé.

Olivier Berruyer

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