Compte Rendu Conférence "Décryptage de la crise haïtienne" (1re partie)

Cette rencontre a été organisée par Incas Productions Inc. et ses partenaires – le Centre International de Documentation et d’Information Haïtienne, Caribéenne et Afro-canadienne (CIDIHCA) à Montréal, la Fondation Zile à Saint Domingue en République dominicaine et PDG Communications à Port-au-Prince, Haïti.

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Par Ralph Allen*

Soumis à AlterPresse le 20 avril 2021

La conférence virtuelle d’Incas Productions Inc. et de ses partenaires a créé l’événement le samedi 17 avril 2021 avec un public haïtien et international de plus de 600 personnes, venu des quatre coins du monde, pour mieux comprendre la crise qui secoue Haïti depuis plusieurs années.

Ce 17 avril nous avons eu l’opportunité d’assister à une conférence ZOOM sur le thème : « Décryptage de la crise haïtienne ».

Cette rencontre a été organisée par Incas Productions Inc. et ses partenaires – le Centre International de Documentation et d’Information Haïtienne, Caribéenne et Afro-canadienne (CIDIHCA) à Montréal, la Fondation Zile à Saint Domingue en République dominicaine et PDG Communications à Port-au-Prince, Haïti.

Deux modérateurs, et pas des moindres, ont conjointement animé la rencontre : les éditorialistes Nancy Roc et Roody Edmé qui se passent de présentation.

Le début de l’évènement a été perturbé par des “hackers" qui jouaient la musique “Die nigger”. Ces interférences ont été vite contenues en interdisant l’arrivée à plus de participants sur le site Zoom. La retransmission sur Facebook en direct a donc permis à des centaines d’intéressés de suivre les interventions, les unes aussi brillantes que les autres. C’est le genre d’initiative citoyenne à encourager et même financer à la limite. La bande audio-visuelle disponible peut en témoigner.

Si certains se sont plaints de l’usage exclusif du français par les intervenants aux premiers moments des prestations, le Créole a vite pris sa place par la suite. Cependant les organisateurs ont dû prendre en compte que le public était international, en majorité francophone sur trois continents, de niveau éducatif universitaire, selon les informations reçues à l’inscription, nous a-t-on expliqué.

Un panel composé d’universitaires haïtiens évoluant en Haïti et à l’étranger nous a impressionné par son niveau de compétence. Nous avons retenu les points forts des différentes présentations.

Frantz Voltaire, en direct du Canada, a débuté avec une intervention intitulée « Haïti n’est pas une île » où il se proposait « d’ouvrir quelques portes pour la compréhension du cas haïtien ». Il pense « qu’on ne peut comprendre la tragique destinée d’Haïti que dans le temps long et que toute lecture de ce temps doit s’inscrire dans le contexte géopolitique mondial ». En remontant le temps à travers une rétrospective historique, l’historien Frantz Voltaire a déroulé le fil de notre histoire en observant ce qu’il nomme les « six grandes cassures » :

  • La première : la conquête espagnole avec pour conséquence la disparition des Taïnos ;
  • La seconde : les dévastations d’Osorio avec le dépeuplement de la partie occidentale de l’île ;
  • La troisième : la révolution haïtienne qui met fin à plus d’un siècle d’esclavage ;
  • La quatrième : l’occupation américaine ;
  • La cinquième : de 1957 à aujourd’hui et qui correspond à la transformation d’Haïti en un vaste réservoir de main d’œuvre ;
  • La sixième et dernière : la dictature des Duvalier et l’incapacité, à la chute de ce régime, d’instaurer un nouvel ordre politique et économique du CNG, d’Aristide à Jovenel Moïse.

En conclusion, Voltaire pense qu’on ne peut comprendre la situation actuelle « sans analyser le contexte institutionnel haïtien, les forces en jeu et surtout le rôle de l’international ».

Le politologue, Robert Fatton Jr de l’Université de Virginie a présenté les « Racines d’une crise interminable ».

Pour Fatton, « il n’y a rien de drastiquement nouveau dans la conjoncture actuelle, sinon que cette accumulation de crises met le pays au bord du précipice. La crise est systémique, et par conséquent elle affecte l’ordre social, politique, constitutionnel, économique, et moral. » Il a évoqué « l’atmosphère d’instabilité, d’insécurité et peut être même de désespoir dans laquelle le pays semble sombrer ». A l’instar de Frantz Voltaire, il constate que « pour comprendre la politique haïtienne aujourd’hui, il faut prendre en compte les puissants intérêts nationaux et internationaux qui ont conduit le pays à l’impasse actuelle. »

Pourquoi rien n’a changé depuis 1986 ?

Selon le professeur Fatton Jr, « pendant les quarante dernières années, la peur de la corruption et une perspective idéologique aveugle avant tout favorable au marché et au libre-échange ont mené les bailleurs de fonds internationaux à marginaliser l’État et à privilégier le développement par l’action des ONG. Si la corruption de l’État et la prédation sont de véritables problèmes, ils ne sont pas la cause centrale de la situation actuelle d’Haïti. Durant les 40 dernières années, le choix délibéré des gouvernements haïtiens et des décideurs internationaux de contourner l’État dans les choix de développement a détruit des institutions gouvernementales clés et causé l’impasse dans laquelle se trouve le pays. »

Fatton constate « la faiblesse de l’Etat, une population laissée sans protection face à la pauvreté, le chômage, la destruction de l’agriculture locale entraînant l’exode rural et la surpopulation urbaine » ainsi que la faillite de l’élite économique et de la classe dirigeante. Pour lui, « rien n’a changé “depuis 1986 sinon que la crise c’est profondément aggravée ». Dans un tel contexte, il a averti que « sans une stratégie de développement radicalement différente, le futur d’Haïti ressemblera à son passé immédiat. L’instabilité politique et les protestations populaires continueront face aux inégalités croissantes et à la faim, tandis que l’ingérence impérialiste maintiendra Haïti » dans ce qu’il appelle une « périphérie extérieure », « le terrain vague et ravagé du système capitaliste globalisé ».

Toutefois, tout n’est peut-être pas perdu car le professeur Fatton Jr entrevoit « un certain champ pour les luttes populaires, annonçant de possibles transformations dans la nature de l’État. ». Selon lui, « plusieurs organisations de la jeunesse, des femmes, et des étudiants ainsi que des syndicats de travailleurs et de paysans et des groupes religieux et professionnels conservent leur indépendance et disent encore leur vérité au pouvoir. Ces mouvements sont un défi constant pour les visées hégémoniques du gouvernement Moise et rendent improbable le retour de la dictature totale. »

La politique du ventre, le mode de gouvernement en Haïti

Pour le professeur Robert Fatton Jr, « la politique de ventre demeure la pratique dominante des modes de gouvernement en Haïti » et « les « grands mangeurs » de la classe politique sont devenus de plus en plus rapaces ».

D’où le désespoir d’une population qui ne pense qu’à émigrer alors que les Haïtiens ne sont toujours pas bienvenus chez L’Oncle Sam qui soutient toujours le régime en place. « Il ne faut pas se faire d’illusions à propos de Biden », a souligné Fatton pour qui « rien ne se passe en Haïti sans une certaine complicité des États-Unis. »

Comment transformer Haïti ?

En conclusion, le politologue a conseillé que « si on veut une véritable transformation d’Haïti, il faut d’abord parler de changer les structures économiques. Il faut refaire l’agriculture et mettre l’accent sur la production intérieure pour la grande majorité des Haïtiens. Sans un modèle alternatif basé sur la protection de la production nationale pour satisfaire les besoins de base de la population, sans un modèle privilégiant le développement rural, il n’y aura pas de lendemains prometteurs. Il faut également réduire les énormes inégalités de classe, sinon l’extrême polarisation sociale continuera à ouvrir les portes à l’instabilité politique et aux gangs qui pourront continuer à se permettre de jouer les Robins des Bois malgré leur sauvagerie. »

« Haïti doit également commencer à rompre avec son extrême dépendance vis-à-vis non seulement de l’aide et des financements extérieurs mais aussi des systèmes sécuritaires et militaires étrangers. L’État doit devenir l’acteur central de toute stratégie de reconstruction. L’État joue un rôle fondamental dans l’organisation sociale. Il est la pierre angulaire de toute production publique et privée. Haïti a besoin de se construire un État. Seul l’État est en mesure d’assurer une protection collective et de créer les conditions d’un développement interne. Même si la corruption faire rage, elle ne peut continuer à paralyser les efforts indispensables pour revitaliser l’État. Un État fort avec la capacité de générer plus d’égalité des chances, de créer des relations citoyennes et plus de stabilité politique ».

Donc, « l’avenir n’est pas prédéterminé, mais le changement véritable de la société haïtienne est concevable même si la constellation de forces actuelles rend cette perspective improbable. Un pâle espoir de transformation en profondeur du paysage politique et économique d’Haïti n’est donc pas impossible », a-t-il conclu.

Un tableau sombre des dernières violations des droits de l’homme en Haïti

D’entrée de jeu, l’avocate, Rosy Auguste Ducéna, Directrice de programmes au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) en Haïti, a déclaré que « la situation générale des droits humains en Haïti est catastrophique. »

Avant d’aborder l’insécurité et l’impunité elle a souligné que « les droits sociaux et économiques sont constamment violés. Nous le faisons parce qu’aujourd’hui, la communauté internationale appuie l’organisation des élections dans le pays alors que justement, les élus-es doivent supposément être choisis par la population pour assurer le respect et la réalisation des droits économiques et sociaux, au même titre que celle des droits civils et politiques », a-t-elle déclaré

Si « les droits au travail, à un logement décent, à la santé, à l’alimentation et à l’éducation du peuple, sont constamment violés », il y a pire a dit Mme Ducéna. « La promesse de leur réalisation a donné lieu à différents scandales de corruption ayant éclaboussé le régime Tèt kale incluant des membres de l’équipe actuellement au pouvoir : assistance financière aux mères de famille, assistance financière aux étudiants-tes de l’université d’Etat d’Haïti, don de paniers de la ménagère, prélèvement de pourcentage sur les communications longue distance et transfert d’argent sur Haïti. Gérés dans l’opacité la plus totale, ces programmes ayant permis la manipulation de plusieurs millions de dollars américains, n’ont donné aucun résultat probant alors qu’une grande majorité de la population haïtienne patauge dans une extrême pauvreté ».

Vivre la peur au ventre

Depuis 2018, « l’insécurité toujours plus grandissante dans le pays oblige les Haïtiens et Haïtiennes à vivre avec la peur au ventre. La peur d’être tués. La peur d’être massacrés par des membres de gangs armés. La peur d’être enlevés contre rançon. La peur de verser une rançon sans aucune garantie que la victime sera rendue en vie. La peur d’être violée par les ravisseurs. Et surtout, la peur de ne disposer d’aucun contact au niveau de ce gouvernement meurtrier pour s’assurer de la bonne issue des négociations avec les ravisseurs », a enchaîné la militante des droits humains.

Selon elle, « la perpétration de pas moins de 11 massacres et attaques armées par des gangs proches du pouvoir ; les viols collectifs perpétrés pour la plupart lors de ces massacres, en présence des progénitures des victimes ou d’autres membres de leur famille, ainsi que lors des séquestrations des victimes, constituent le lot quotidien mais surtout incertain des Haïtiens et Haïtiennes ».

Que dire sur les massacres ?

« Depuis 2018, la Saline, Cité Soleil, Delmas, Carrefour-Feuilles, Bel-Air, Pont Rouge, Chancerelles, Fort Dimanche nombreux sont les quartiers défavorisés de Port-au-Prince et de ses environs où il ne se passe pas un mois sans qu’une attaque armée ne soit enregistrée », a déclaré Mme Ducéna . « Au cours de ces événements, 356 personnes au moins ont été assassinées. 103 autres sont portées disparues et 32 femmes et filles au moins ont subi des viols collectifs. »

« Alors que le peuple se fait assassiné, les autorités regardent ailleurs (…), puisqu’il s’agit de quartiers défavorisés où vivent des personnes qui exigent le respect de leurs droits à un niveau de vie suffisant, en participant en masse dans les manifestations antigouvernementales. Il s’agit donc d’opposants-tes au pouvoir qui peuvent bien mourir », a dénoncé Rosy Auguste Ducéna.

Faisant référence au dernier massacre ayant eu lieu le 1er avril 2021 au Bel Air, elle a souligné qu’il a occasionné à lui seul, « l’assassinat de 13 personnes et la disparition de cinq (5) autres sans oublier tous ceux et toutes celles qui ont dû abandonner leur maisons. »

Mais, pour la responsable de programmes du RNDDH, « plus que tous les autres, le massacre de La Saline perpétré dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018 devrait retenir l’attention » pour les raisons suivantes :

« Après le déni, ce fut la reconnaissance du bout des lèvres par les autorités étatiques de ce massacre qu’elles avaient d’abord présenté comme étant une lutte hégémonique entre gangs armés. Depuis, aucune avancée n’a été enregistrée, en dépit du rapport de la police judiciaire et du transfert du dossier par devant les autorités judiciaires. Et, à la stupéfaction générale, un premier ministre, interrogé sur le fait que depuis plus de deux ans, aucune condamnation n’ait été prononcée, eut à affirmer que son gouvernement avait accompli son devoir en limogeant les officiels dont les noms ont été cités dans ce massacre. Pourtant, ces derniers continuent de graviter autour du pouvoir et de bénéficier de sa protection », a-t-elle souligné en ajoutant que « par exemple, le 13 février 2021, Fednel Monchéry, lors d’une vérification de routine, l’un de ces officiels indexés, a été arrêté pour être rapidement remis en liberté » sans qu’aucune allusion à ce massacre n’ait été faite.

L’augmentation des cas d’enlèvement suivis de séquestration contre rançon

« Depuis 2020, la manifestation la plus cruelle de la banalisation de la vie en Haïti et du non-respect de la dignité humaine est le kidnapping », a déclaré Mme Ducéna lors de cette conférence. « Tous les jours, des femmes, des garçons, des filles, des hommes, entrepreneurs, écoliers, marchandes, policiers, médecins, avocats, ingénieurs, sont enlevés et séquestrés par des gangs armés, contre rançon. Ces derniers jours, malheureusement, de plus en plus de ressortissants étrangers sont touchés par ce phénomène. Encore une fois, les autorités étatiques se contentent de regarder ailleurs au lieu de combattre l’insécurité. Elles se plaignent, au même titre que la population, de leur impuissance vis-à-vis des bandits, invitent le peuple à la prudence et pensent pouvoir ramener à la raison leurs protégés – c’est-à-dire les membres de gangs armés qui leur sont proches – avec lesquels pour rien au monde, elles ne veulent couper les ponts ».

Sur les violences sexuelles enregistrées dans le pays

A ce sujet, la militante des droits humains a révélé « que s’il est vrai que lors des troubles socio-politiques, les femmes et les filles sont généralement victimes d’agressions sexuelles, depuis 2018, ces viols en cascade, perpétrés avec tant de violence, n’épargnant aucune femme âgée, aucune jeune adulte, aucune mineure, déshumanisent et détruisent les victimes qui d’ailleurs ne bénéficient d’aucune procédure étatique d’accompagnement. »

Ainsi, « ce sont des organisations de la société civile, souvent appelées à remplacer les structures de l’Etat, qui accompagnent certaines des victimes en vue de leur permettre d’avoir accès à la prophylaxie anti-rétro-virale et à un suivi psychologique. Les moins chanceuses attendront simplement quelques mois pour subir un test de grossesse et un test HIV, en se croisant les doigts », a dénoncé Mme Ducéna.

« Et puisque c’est avec la bénédiction des autorités au pouvoir que des groupes armés se sont fédérés, ils sèment la terreur à leur guise. Aujourd’hui, la population haïtienne n’est en sécurité nulle part dans le pays. Cependant, la commune de Port-au-Prince a gagné son droit d’être surnommée la vallée de la mort », a-t-elle ajouté. .

Sur le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien et l’impunité généralisée

Pour la Responsable de Programmes du RNDDH, es droits aux garanties judiciaires sont systématiquement violés, ce qui aggrave l’impunité érigée en système. « Si au cours des 10 dernières années, la moyenne des personnes en attente de jugement a toujours oscillé autour de 74 %, aujourd’hui, plus de 84 % de la population carcérale sont en détention préventive illégale et arbitraire. Parallèlement, sur une population carcérale d’en moyenne 10.000 détenus sur les 10 dernières années, à peine 460 d’entre eux ont pu bénéficier sur une base annuelle, d’une extraction judiciaire dans le cadre de l’instruction de leurs dossiers. 588 accusés-es parmi eux ont été jugés en moyenne par année lors des audiences criminelles tenues au cours de ces 10 dernières années : Il s’agit là de chiffres dérisoires par rapport à la réalité et qui ne prouvent en aucune façon la volonté politique des responsables judiciaires, de faire du respect des droits aux garanties judiciaires une réalité. »

Dans un contexte aussi délétère, « pour exiger entre autres de meilleures conditions de travail, plusieurs grèves ont été lancées par le personnel judiciaire haïtien. Magistrats, greffiers, huissiers et commissaires du gouvernement se remplacent au fur et à mesure que les grèves sont lancées et levées. Et, quand en 2020, 3 grèves ont été réalisées, seuls 172 détenus ont pu être jugés en audiences criminelles », a révélé Mme Ducéna.

Elle a aussi affirmé que « depuis le 7 février 2021, l’appareil judiciaire haïtien est paralysé, les magistrats ayant décidé d’observer un arrêt de travail illimité pour protester contre la révocation illégale de 3 d’entre eux qui étaient affectés à la Cour de cassation. » A cela s’ajoute ce qu’elle nomme « le chantage entourant le processus de renouvellement du mandat des juges, l’implication des membres du personnel judiciaire dans des actes répréhensibles, la faveur dont jouissent les proches du pouvoir dans le traitement juridique de leur dossier, les conditions générales dans lesquelles fonctionnent les tribunaux et cours, ne sont pas de nature à faire du pouvoir judiciaire, un pouvoir à part entière, aux côtés des pouvoirs exécutif et législatif. »

Elle a poursuivi en déclarant que « là où la justice est dysfonctionnelle, là où poursuivre les personnes impliquées dans la perpétration d’actes délictueux dans un souci de dissuasion, ne constituent pas une priorité, l’impunité règne en maitre. Donc, vous l’aurez compris, avec une si grande insécurité doublée d’une impunité organisée par ceux-là même qui sont appelés à protéger la population, il ne peut être question de projets devant leur permettre de se renouveler au pouvoir. »

« Pour le RNDDH, pour plusieurs autres organisations de droits humains ainsi que pour une bonne frange de la population, il est clair : Jovenel Moise et son équipe ont déjà fait preuves de leurs incompétences. Après avoir perdu toute crédibilité dans le renouvellement sans cesse de promesses non tenues, ils ont prouvé qu’ils ne pouvaient sécuriser la population. Ils doivent donc partir », a fustigé Mme Ducéna pour laquelle, « aujourd’hui plus que jamais, la population haïtienne a besoin de la solidarité de tous et de toutes pour mettre en échec toute velléité des tenants du pouvoir, de réaliser un référendum inconstitutionnel et des élections partisanes, non inclusives sur le sang des victimes. »

Selon Rosy Auguste Ducéna, « cette solidarité peut se manifester par l’organisation d’autres assises similaires pour faire comprendre au plus grand nombre de personnes dans le monde, que le pays vit une situation intenable. Elle peut aussi se manifester par l’envoi de messages clairs et précis aux différentes composantes de la communauté internationale qui continuent de supporter Jovenel Moïse et son équipe et qui estiment que seules des élections immédiates peuvent permettre au pays de s’en sortir. Cette solidarité peut enfin se manifester par un plaidoyer pour la reconnaissance des aptitudes déjà prouvées du peuple haïtien à décider de son avenir et de ce qu’il estime être bon pour lui », a-t-elle conclu.

Dans la prochaine partie de ce texte, nous présenterons les points forts des interventions des sociologues, Dr Michèle Oriol et du professeur Patrick Sylvain qui ont constitué le clou de cette conférence virtuelle de grande importance au moment où, comme l’a souligné Nancy Roc en introduction, « il nous faut décrypter la crise haïtienne en créant un pont inter générationnel entre des experts d’Haïti et de sa diaspora et nous montrer solidaires en ces temps de profond désarroi national ».

En attendant nous vous invitons à visionner la première partie de cette conférence d’importance en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=LV9Rlq7rn5U

* Membre du Comité Devoir de Mémoire-Haïti
Auteur de l’ouvrage « Tombés au Champ d’Honneur – Les 13 de Jeune Haïti, décembre 2019.

En complément tous les jours la rubrique Amérique Latine et Caraïbe de la Revue de Presse Emancipation!

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