De la lutte contre Macron et son monde à celle pour Notre monde, par J. Chastaing

Vers une accélération du mouvement social par les étudiants dans une dynamique déterminée mais jusque là lente parce que profonde.

22 avril 2018 - Jacques Chastaing

Trois particularités du mouvement social actuel

La phase du mouvement social actuel a commencé fin janvier début février avec les mobilisations des étudiants, agents des Ephad, gardiens de prison, motards, paysans puis s'est prolongé avec les retraités et les salariés de Carrefour en mars, avant de prendre une nouvelle dimension en avril avec la grève des cheminots, des agents d'Air France, des postiers, électriciens et gaziers mais surtout des étudiants.

Trois particularités interdépendantes pour le moment caractérisent ce mouvement qui vient d'en bas : sa détermination, sa lenteur et sa relative indépendance à l'égard des directions syndicales.

Un mouvement qui part d'en bas

Ce mouvement suit bien sûr ceux de 2016 et 2017 contre la loi El Khomry et les ordonnances mais s'en distingue aussi très nettement.

La dynamique d'ensemble a commencé fin février 2016.

Alors que les confédérations syndicales s'apprêtaient à entériner la première loi travail d'El Khomry,  une pétition dénonçant cette loi recueillait un million de signatures en même temps que les organisations politiques de jeunesse appelaient à la mobilisation.

D'abord surprises et dépassées, les organisations syndicales, à des degrés divers et CGT en tête, reprenaient rapidement la direction du mouvement parti sans elles, qu'elles n'ont plus lâché, malgré toute leur inertie et réticence à mobiliser sérieusement, jusqu'au 16 novembre 2017, dernière date de manifestation contre les ordonnances Macron détruisant le code du travail.

On pouvait avoir l'impression à cette date que Macron avait définitivement gagné, les ordonnances étaient passées, les syndicats défaits et inertes, la mobilisation derrière eux ayant diminué régulièrement.

Or, ce qu'a montré la nouvelle mobilisation de début 2018, c'est que ce sont les directions syndicales et leur politique qui ont été battues mais pas les salariés et la jeunesse. Ce n'était pas la mobilisation des salariés qui manquait mais une véritable politique de lutte.

C'est en effet  des secteurs les moins organisés syndicalement ou les plus extérieurs au mouvement ouvrier traditionnel le plus politisé qu'est repartie la lutte : agents des Ephad, gardiens de prison ou motards et paysans et encore lycéens et étudiants. 

Et aujourd'hui encore, si les directions syndicales, essentiellement CGT et Solidaires, organisent toujours des journées d'action, on sent bien qu'elles n'ont plus vraiment l'initiative alors que celle-ci vient du mouvement lui-même. 

Les directions syndicales posent des dates pour signifier qu'elles sont encore dans le coup, mais comme il est clair pour beaucoup qu'elles ont renoncé à véritablement construire une lutte d'ensemble contre Macron, elles ne font qu'accompagner le mouvement et cela se voit. 

En quelque sorte, l'énorme  machine syndicale tourne encore toute seule mais n'a plus de tête ni de politique ; elle est seulement entraînée par le mouvement général, ballottée de journées en journées sans buts ni objectifs. Il est clair que l'ampleur, la détermination et le poids sur la société de la mobilisation des cheminots et des étudiants dépasse de loin la volonté politique des directions syndicales confédérales. 

Autre caractère significatif, l'empreinte des directions syndicales là où elle pèse encore, par exemple sur la lutte des cheminots, en fait une lutte relativement  invisible malgré son amplitude. La tactique de 2 jours de grève sur 5 pendant trois mois permet à la direction de la SNCF de s'organiser et de contrer la grève tout en amplifiant sa politique de fermeture de petits lignes rendant cette grève relativement invisible et inefficace malgré sa dimension. Par ailleurs, cette tactique permet d’éviter les  Assemblées Générales massives où les cheminots peuvent discuter ensemble de leur mouvement aux yeux de tous, c'est-à-dire au vu de la situation, pouvant promptement « coaguler » autour d'eux la colère bien présente mais encore émiettée qui cherche cependant un pôle organisateur, le « tous ensemble »..

Un mouvement qui pourrait être accéléré par les étudiants

Ainsi, ce sont les étudiants, dont le mouvement grandit au fur et à mesure de la répression, même si ce n'est pas encore une mobilisation massive (mais ça peut changer très rapidement), qui sont devenus la locomotive de l'ensemble. 

Le mouvement étudiant n'a pas encore pleinement conscience de sa place et de son rôle dans l'ensemble – ce qui se voit au fait qu'avant le 19 avril, les étudiants ne participaient pas en masse aux initiatives interprofessionnelles et restaient plutôt dans les universités occupées même s'ils accueillaient avec enthousiasme la venue de cheminots ou postiers. 

Par contre, le jour où cela arrivera,  le jour donc où le mouvement étudiant s'adressera aux autres composantes du mouvement, on entrera alors dans une nouvelle phase du mouvement général. On en est peut-être pas loin avec d'une part la violence répétée des forces de l'ordre qui ne fait qu'attiser la colère et la mobilisation et d'autre part des assemblées générales fréquentes et très fréquentées, voire demain des meetings interprofessionnels, là où se forme la conscience par la discussion et le débat.

En attendant ce qui pourrait être une accélération très rapide tout à la fois de la politisation du mouvement d'ensemble et de son ampleur par l'intervention des étudiants à une échelle plus consciente,  la phase actuelle de relative indépendance des directions syndicales, a montré deux versants complémentaires : lenteur et détermination.

Lenteur et détermination

Il faut comprendre d'abord la lenteur.

En 2016 et 2017, la prise de conscience de l'entreprise de destruction totale des acquis sociaux par Macron ne s'est révélée aux plus larges secteurs que peu à peu. Par ailleurs,  les salariés avaient en quelque sorte délégué aux directions syndicales et politiques la lutte contre le projet global Macron. 

Il a fallu deux ans pour que suffisamment d'entre eux comprennent que les directions syndicales et politiques ne voulaient pas mener cette lutte contre l'objectif de destruction totale de Macron. Il a fallu attendre encore le surgissement de janvier/février pour que par delà une certaine démoralisation de milieux militants, la possibilité d'une autre lutte émerge publiquement.

Mais dés lors se pose un problème de vaste dimension qui ralentit la mobilisation par l'ampleur de la tâche : il faut tout reconstruire des outils de cette lutte, organisation, états majors, dirigeants ou porte paroles, plans de batailles et programmes.

Tout le monde a compris que ce ne sont pas Mailly, Berger, ou même Martinez ou Beynel qui seront les généraux de cette lutte et que les états-majors ne seront pas ceux des confédérations ni de la France Insoumise et ses solutions électorales, parce que si pour le moment Mélenchon ne s'oppose pas au mouvement de la rue, il ne met pas toutes ses forces dans la construction d'une solution par la rue. Le 5 mai, comme hier le 23 septembre 2017, sont plus  des opérations publicitaires que des étapes de construction, même si bien sûr, comme n'importe quelle journée d'action, elles peuvent être utilisées comme telles par le mouvement social et les transformer en autre chose que ce qu'elles sont.

Pour qu'émergent d'autres dirigeants à la hauteur des enjeux et représentant le mouvement en cours, il faut d'abord que ce mouvement sache ce qu'il peut et ce qu'il veut, qu'il ait  la mesure de la mobilisation et un programme pour elle. Ce que ne veulent ni Martinez avec son objectif de seulement limiter les reculs, ni Mélenchon avec celui d'attendre les présidentielles dans 4 ans. C'est pourquoi, aussitôt annoncées les nouvelles journées des 1er et 5 mai, concurrentes de plus,  le mouvement social cherche à remplir le vide de l'espace entre ces deux dates par une mobilisation du 1er au 5 mai comme au delà, mais aussi de leurs contenus car la « fête à Macron » ne peut vraiment l'être que si elle est aussi une « fête au capitalisme » et pas simplement un changement de personnes dans un système réellement dirigé par le Medef.

Or l'élaboration d'un programme, de son expression par des dirigeants ou porte paroles et celle des moyens de réalisation de ce programme sont interdépendants. Le programme ne peut pas se faire en chambre. Il se fait en marchant.

Sur ce dernier point du programme, la majorité des salariés et étudiants qui réfléchissent sait bien pour le moment qu'il s'agit de refuser la destruction des services publics, la loi sur le rail, la liquidation du code du travail, la sélection à l'université, la privatisation des aéroports et barrages, la démolition de la protection sociale, la répression policière à tout va, etc., etc.... bref contre Macron et son monde.

Mais cela ne suffit pas.

Car en même temps, beaucoup ont compris qu'avec Macron, on ne va pas retourner à l'état social antérieur, dans la situation d'il y a 10 ou 20 ans en arrière, retrouver le code du travail, les services publics, etc.

Ce qui est diffus mais pressenti largement, c'est qu'on sait que soit Macron est renversé et avec lui tout son projet de réaction sociale et anti-démocratique soit qu'on n'aura même pas des miettes, ce sera table rase des acquis obtenus depuis 1945. Il n'y a pas de négociation possible pour limiter le recul, il n'y a pas d'élections à attendre : chaque jour qui passe où les confédérations ou fédérations syndicales s'acharnent à essayer de "dialoguer" pour obtenir quelques concessions, du « grain à moudre » et où elles sont rejetées, trompées, humiliées en est une preuve de plus.

Cela signifie que se diffuse peu à peu dans les esprits l'idée qu'il ne s'agit plus de se battre pour limiter les reculs mais qu'il s'agit de se battre pour nos enfants, nos élèves, nos seniors, nos malades, bref pour notre projet, notre monde, un autre monde où s'affirme en premier la solidarité sociale et non "les eaux glacées du calcul égoïste". Il s'agit de passer de la lutte contre Macron et son monde à se battre pour Notre monde. 

Et c'est cette évolution qui est en cours.

Cette évolution, ce  sentiment, sont exprimés d'abord socialement par l'envergure de la lutte des salariés des Ehpad, ceux de Carrefour, des retraités...Ce n'étaient au départ que des quasi réflexes d'auto-défense pour les conditions de travail, l'emploi ou les revenus, mais la dimension de leur mobilisation en a changé le sens, et a rendu plus ou moins conscients ses acteurs – comme toute la société – qu'il s'agissait d'un problème plus global, un problème de société. 

De fait, ces conflits importants dans des secteurs traditionnellement peu combatifs sont apparus comme des bulles qui éclatent à la surface révélant des changements profonds qui sont en cours sous nos pieds dans les plus grandes profondeurs sans que nous en ayons conscience. Ce sont de premières  bulles qui révèlent la lame de fond qui s'apprête à remonter à la surface.

De même, une autre bulle, un autre révélateur, la répression policière inouïe à Notre Dame des Landes puis contre les étudiants et même tous les jours contre les manifestants pacifiques qui démontre un peu plus aux yeux de tous de la profondeur des enjeux sous-jacents et qu'il s'agit bien d'un combat de projet de société.

Cependant,  cette conscience se diffuse différemment suivant l'engagement des milieux sociaux. 

Elle se diffuse lentement dans les milieux salariés adultes mobilisés ou non car il n'est pas simple de se dire que pour défendre les simples acquis il faut envisager un changement de société, surtout sans organisation pour cela, sans dirigeants, sans bien savoir où on va, en risquant son travail, sa liberté... et ceux des charges d'âmes que l'on peut avoir. 

Ainsi, on assiste à de toujours aussi nombreuses luttes sur des revendications partielles ou catégorielles visant à limiter les régressions. En même temps, quand on lit les interviews des acteurs de ces grèves et luttes émiettées, on voit quasiment toujours apparaître la conscience commune qu'il faudrait se battre contre les reculs généraux qu'impose Macron. Dès lors apparaissent des combats corporatifs à conscience globale : on sauve ce qu'on peut en attendant d'être plus forts ou en sachant qu'il le faudrait.

Ainsi, d'une certaine manière, ne cherche-t-on pas dans les journées d'action syndicales à savoir quelles sont les revendications qui paraissent dépassées mais combien on est et surtout quelle détermination apparaît là afin de savoir si la possibilité d'une lutte globale victorieuse est dans l'ordre des chose ou pas, ou pas encore.

Ce qui fait par exemple que le 19 avril, il y avait quasiment autant de monde dans le cortège de tête que dans le reste de la manifestation. Ce n'était pas un gonflement du nombre de Blacks Blocks mais une dissolution de ceux-ci dans une foule de toutes provenances, de tous milieux, tous âges, syndicalistes ou non, et surtout d'étudiants, qui ne se satisfaisaient plus des manifestations syndicales traditionnelles perçues comme de plus en plus inefficaces.

La lenteur, c'est donc la conscience de l'ampleur de la tâche et de l'absence d'outils pour y arriver.

En ce qui concerne la détermination, on assiste à un double phénomène.

On constate d'abord que bien des luttes durent, nettoyage, hôtellerie, commerce, santé... soit en continu soit en revenant régulièrement. 

C'est bien sûr le recul profond des conditions de travail qui rend tout simplement impossible la vie au travail et qui nécessite, presque par survie, de se battre de manière déterminée, rageuse, acharnée.

Lié à cela,  c'est aussi le constat et la conscience qu'on va vers le pire qui amène bien des salariés à se battre pied à pied sans vouloir rien céder sur des détails ou plutôt ce qui peut apparaître comme des détails.  La manière d'y arriver est plus importante que le but fixé et c'est la manière d'y arriver, la détermination, qui crée un climat de travail vivable, plus que la revendication. Là apparaît encore une autre bulle qui monte des profondeurs.

Ce sentiment se double alors chez les plus militants d'une conscience de l'évolution générale qui  amène  ces derniers à habiter chaque conflit catégoriel d'une détermination globale. 

Ainsi la rage des militants accompagnant le recul invivable des conditions de travail et de vie, donne une détermination inédite à bien des conflits locaux, catégoriels, partiels. 

La convergence est donc déjà là. 

Il manque la centralisation et pour cela l'expression de ce qui converge sous la surface : c'est-à-dire une description de ce qui se passe déjà  contre l'évolution de cette société, de quoi Macron est le nom. 

Comment tout pourrait basculer

Si  les salariés dans ces conflits sont encore freinés dans leur mobilisation et surtout l'expression de ce qu'ils veulent et font déjà sous les apparences par leur conditions et leurs responsabilités sociales, la jeunesse l'est beaucoup moins. 

Pas de famille, pas de crédits... et pas de vieilles habitudes ni organisations.

Dans un premier temps, le mouvement des étudiants et lycéens a lui aussi été lent. Il a commencé début février.

Pris dans la propagande gouvernementale, la réaction des étudiants a tout d'abord été de trouver des solutions individuelles à la sélection annoncée ; l'absence de politisation, la faiblesse de l'Unef jouaient certainement. La mobilisation grandissait mais au ralenti.

Ce qui a accéléré le mouvement a été la violente répression policière accompagnée par celle des nervis d'extrême droite. Comme à Notre Dame Des Landes, plutôt que de tuer dans l'oeuf ce qui germait, la violence de la répression a fait faire un bond au mouvement étudiant, notamment fin mars à l'université de Montpellier. Depuis, la violence policière ou d'extrême droite à Grenoble, Bordeaux, Strasbourg et surtout Nanterre contre l'Assemblée Générale des étudiants a essaimé un peu partout la croissance de la mobilisation étudiante et la participation de ces derniers aux Assemblées Générales. Celle à  Tolbiac, bien que pendant les vacances scolaires, pourrait encore accélérer le processus.

D'une certaine manière, contre la propagande gouvernementale qui se voulait rassurante, la violence disproportionnée de la répression montrait que ce qui s'annonce dans la sélection est sérieux, très sérieux, grave, très grave.

Avec les Assemblées Générales, la conscience politique des étudiants progresse à une vitesse impressionnante. Très rapidement, de la lutte contre la sélection sociale, ils passent au changement de société. L'organisation - avec succès - de meetings interprofessionnels des secteurs mobilisés par les étudiants de Montpellier et, comme il en est projeté, à Nanterre le 27 avril peut donner tout à la fois les jalons du programme qui correspond à la conscience diffuse mais non dite de la situation globale et les moyens de le réaliser.

Fort de cette conscience montante, il reste encore aux étudiants à s'adresser à tous en connaissance de cause de leur rôle de locomotive. Ce qui pourrait bien se réaliser début mai à la rentrée scolaire. En étant le miroir de ce que font et pensent au plus profond les salariés, on pourrait passer alors rapidement à une nouvelle étape de la prise de conscience générale.

En mai 1968, c'était aussi la répression des étudiants et lycéens qui avait entraîné la jeunesse ouvrière à se mobiliser et poussé les directions syndicales à organiser la manifestation générale du 13 mai contre la répression et de là, la généralisation des luttes et à la grève générale.

Nous n'en sommes pas loin.

En 1968, c'était l'imprévisibilité enthousiaste des lycéens le 10 mai, lors de la « nuit des barricades » qui avait cristallisé et fait basculer toute la société dans la lutte. Verra-t-on se reproduire le même scénario même si on dit que l'histoire ne se répète jamais ?  On voit bien pour le moment des explosions sporadiques de colères lycéennes mais pour le moment pas suffisantes pour jouer ce rôle. Cependant c'est fin mai, que se jouera leur sort dans le nouveau système de sélection. A ce moment, avant ?

En tous cas, rien pour le moment ne semble pouvoir arrêter le mouvement en cours.

Quels obstacles ?

Le mouvement en cours pourrait bien être irrésistible car la logique de la situation pousse plutôt à un effondrement type de celui de Charles X en 1830 qu'à des solutions institutionnelles de rechange et des voies de garage.

Parce qu'ils étaient pressés et donc ont voulu se débarrasser de tous les freins à une accélération des contre-réformes, les banquiers, le Medef et les médias ont en effet fait table rase des solutions institutionnelles en faisant élire un pantin sans base sociale, sans ancrage politique, en détruisant le crédit des partis et du Parlement. Passant par ordonnances sans même son Parlement aux ordres, il ne lui reste que la police et les médias.

Macron n'a guère en effet la possibilité de dissoudre l'Assemblée Nationale à ses ordres sinon à vouloir se suicider. Aujourd'hui c'est plus l'opposition de députés belges ou portugais au Parlement européen qui joue un rôle d'opposition parlementaire visible que son opposition au sein du parlement français passablement discrédité.

Et si on voit par ailleurs tenter de se reconstituer une nouvelle union de la gauche autour de Mélenchon, l'homme qui soutenait certes les mesures d'austérité de Tsipras en Grèce, il paraît difficile à cette étape de la situation, de voir basculer les milliardaires des médias  de son côté. Ce ne serait pas par principe, car Mélenchon a fait ses preuves en étant ministre  du gouvernement qui a le plus privatisé en France, celui de Jospin,  mais parce que son mouvement, la France Insoumise, est important et n'a fait aucune preuve de discipline et de fiabilité comme ont pu le faire précédemment d'autres appareils politiques populaires plus anciens. Ce serait une aventure incertaine.

Il faudrait quasiment à l'appareil bancaire et médiatique recréer une autre gauche avec Hamon ou d'autres, tout comme ils ont fabriqué Macron. Ce qui n'est pas simple. 

Il y aurait l'issue du retour au « dialogue social » avec les directions syndicales. Elles y sont prêtes mais ce serait renoncer pour Macron et le patronat à tout ce qu'ils ont  fait.

Il y a encore l'expédient de l'ancienne droite, ce qui s'était passé après 1968. Macron ayant fait le boulot, comme De Gaulle il serait écarté et on reviendrait à eux. Mais on imagine pour cela tout le chemin à faire. Le régime de De Gaulle était affaibli mais ne s'est pas écroulé, les gaullistes étaient toujours là. Il n'y a pas de macroniens. Il n'y a qu'un vide et un effondrement en perspective.

Il y a aussi la solution de la famille Le Pen, Marine ou Marion Maréchal. Mais là, cette solution pourrait  attiser encore plus le feu social plutôt que l'éteindre.

Certes, la situation n'en est  pas encore là mais même en cas de situation plus tendue, la voie ne semble pas facile pour le patronat du côté institutionnel et électoral.

C'est pourquoi pour le moment, Macron joue essentiellement de la répression et de ses amis milliardaires des médias. Il y est réduit du fait de son absence de base sociale, de la disparition du Parlement et de la relative fronde du pouvoir judiciaire avec la grève des avocats, magistrats et greffiers, et quelques avertissements comme la relaxe des jeunes de Tarnac ou les poursuites maintenues/suspendues de hautes personnalités politiques. 

Avec les votes électroniques tentés dans certaines universités et puis tout récemment un référendum chez Air France avec mise en jeu du poste de directeur afin de mettre en minorité les grévistes, se dessine peut-être en complément de la répression, la tentation référendaire de tout bon bonapartiste.

Mais pour le moment ces votes ou référendums n'ont guère été probants.

Les « ordonnances »  sont un reste du système politique de l'Ancien régime, de la royauté d'avant 1789, le Parlement, les élections...

On peut alors se dire que Macron comme Charles X pourrait être tenté d'aller plus loin ; restreindre encore plus la liberté de la presse, ce qu'il a évoqué par exemple avec la lutte contre les « fake news » d'internet ; diminuer encore le pouvoir du Parlement ce qu'il a aussi évoqué; réformer enfin le système électoral en en multipliant les étages indirects...

Ces trois mesures de Charles X qui ont mis le feu aux poudres en 1830. Et bien sûr affaiblir les syndicats, ce qui est en route, restreindre le droit de grève, ce que des députés LR proposent, le droit de réunion, ce que les attaques de la police contre les Assemblées Générales laissent entendre...

Bref une semi dictature.

L'arrogance de Macron et de son régime, les provocations sur le fret en pleine grève des cheminots, son mépris du moindre semblant de dialogue social avec les directions syndicales, sa répression violente semblent être l'expression de cette voie autoritaire sur laquelle glisse de plus en plus le régime.

C'est pourquoi la lutte commune contre la répression semble aujourd'hui la voie la plus efficace de la centralisation de la convergence en cours. Une grande manifestation nationale contre  cette répression qui frappe tout le monde, des étudiants aux syndicalistes en passant par les écologistes zadistes et contre la dérive autoritaire du régime pourrait signer le début de la centralisation des luttes, de l'émergence de nouveaux porte paroles à portée nationale, l'accélération du mouvement social en cours, la généralisation des luttes  et la fin de ce pouvoir odieux, de plus en plus tyrannique, au service des riches et du capitalisme.

Jacques Chastaing le 22.04.2018

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