Inde: Journée historique, le soulèvement paysan crée son propre parlement.

Aujourd'hui, les députés paysans suite à leurs débats de ce jour d'installation, ont fait deux déclarations : l'une pour rendre hommage aux 600 paysans qui sont morts lors des presque 8 mois du soulèvement et l'autre pour dénoncer les limites de la démocratie bourgeoise qui a tenté en vain d'interdire à ses propres médias le contact avec les représentants du soulèvement paysan...

par Jacques Chastaing

VERS UNE SITUATION DE DOUBLE POUVOIR.

Jour historique en Inde : annoncé depuis quelques temps, les paysans ont installé à environ 150 mètres du Parlement institutionnel, leur propre Parlement de 200 représentants sous la protection de dizaines et dizaines de milliers voire centaines de milliers de paysans et leurs soutiens qui campent à quelques kilomètres de là aux portes de Delhi, et, partout dans le pays, sous le regard et la protection des Mahapanchayats (assemblées de démocratie directe) ou rassemblements divers qui suivront l'action des paysans au Parlement.

L'objectif des paysans et soutiens est de demander aux parlementaires d'exiger l'abolition des lois anti paysannes et ouvrières et de mettre sous surveillance active des paysans et leurs soutiens les activités et déclarations des députés durant la session parlementaire qui se tient du 22 juillet au 13 août. Les paysans ont averti que les députés qui ne défendraient pas les paysans et ouvriers dans cette session parlementaire seraient révoqués de leurs fonctions par le soulèvement paysan. Ils le seraient d'une part immédiatement par le "bannissement" social que le soulèvement utilise déjà en Haryana et au Pendjab, interdisant de fait toute activité aux députés BJP et d'autre part en les faisant battre aux prochaines élections législatives, notamment début 2022 pour un un certain nombre d'entre eux, comme ils l'ont fait au Bengale Occidental il y a peu.

Par ailleurs, les 200 représentants des paysans de tous les Etats du pays, ou presque, stationnés devant le Parlement, et qui tourneront chaque jour, de même que les 6 porte-paroles, tiendront eux même une session parlementaire quotidienne du peuple - avec débats et porte-paroles - concurrente de celle institutionnelle, des riches et des capitalistes.

L'installation de ce Parlement du peuple qui est historique pour l'Inde, c'est la première fois qu'on assiste à une telle représentation politique de ceux d'en bas, ne s'est pas faite sans difficultés, puisque la police a tenté d'empêcher par des forces importantes qu'il y ait un contact entre la presse et les "députés" paysans pour éviter que les médias ne donnent de l'écho dans tout le pays à l'initiative paysanne, volontairement ou non. Cela a eu comme effet d'énerver certains journalistes qui, du coup, se sont mis à camper à leur tour à proximité des représentants paysans. Au bout de quelques temps, la police a cédé et autorisé le contact entre paysans et journaliste.

Une première victoire du Parlement populaire et le signe de son autorité.

Par ailleurs, les policiers n'ont pas osé s'opposer à un certain nombre de parlementaires, dont une vingtaine de l'Etat du Kerala, qui ont rejoint les représentants paysans pour leur apporter tout leur soutien. En retour, les paysans leur ont demandé de se faire les yeux et les oreilles du mouvement populaire dans l'Assemblée bourgeoise.

Ainsi, petit à petit, l'Inde s'installe dans une situation de double pouvoir, déjà hier avec la politique de bannissement social du mouvement paysan qui contestait toute autorité aux autorités en place, au moins en Haryana, Pendjab et en partie dans l'Uttar Pradesh (qui vient d'obtenir un succès aujourd'hui avec la libération des paysans qui avaient bloqué députés et ministres à Sirsa), et maintenant avec une extension nationale de ce double pouvoir avec d'un côté un Parlement bourgeois et maintenant un Parlement populaire appuyé sur des structures de démocratie directe, les Mahapanchayats.

N'en doutons pas, ce Parlement du peuple essaiera d'exposer aux yeux de tous le pays, son programme et ses objectifs, pour une autre société.

Aujourd'hui, les députés paysans suite à leurs débats de ce jour d'installation, ont fait deux déclarations : l'une pour rendre hommage aux 600 paysans qui sont morts lors des presque 8 mois du soulèvement paysan et l'autre pour dénoncer les limites de la démocratie bourgeoise qui a eu peur aujourd'hui que ses propres médias aient le contact avec les représentants du soulèvement paysan.

PHOTOS

Les 200 représentants des paysans mangent sur la route pas loin du Parlement ; la police a tout fait pour empêcher les médias d'échanger avec les 200 représentants des paysans devant le Parlement pour qu'ils ne se fassent pas, volontairement ou non, des porte-paroles de l'initiative paysanne à l'échelle du pays. Donc d'un côté de barrières policières, les médias, de l'autre côté à une certaine distance, les paysans, au milieu des flics : bref la démocratie des riches et des capitalistes... ; photo du Parlement paysan

Ici trois photos de plus

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation! 

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