Etats-Unis: la moitié des électeurs pour le déboulonnement des statues de racistes

Le soulèvement en cours porte ses fruits. Il faut, en France aussi, déboulonner au plus vite, en arrêtant de confondre célébrations et faits historiques. Ceux qui s’y opposent encore sont pour l’essentiel des racistes qui s’ignorent, et pour certains des attardés ou profiteurs du racisme.

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La Chambre des représentants, à 305 contre 113, donc avec l’appui de certains membres du Parti Républicain - un mauvais signal pour Trump- a voté hier pour retirer les statues des dirigeants confédérés et autres suprémacistes blancs du bâtiment du Capitole. Le projet de loi prévoit le remplacement de Roger B. Taney. En 1857, en tant que président de la Cour suprême, sa voix dans l'affaire Dred Scott, a été décisive dans la résolution déclarant que les Noirs ne pouvaient pas être considérés comme des citoyens américains. La victoire du mouvement Black Lives Matter est encore plus éclatante avec le projet d’y substituer le buste de Thurgood Marshall, premier juge noir de la Cour. Le projet de loi de la Chambre va plus loin: supprimer les statues de quatre suprématistes blancs qui ont occupé de hautes fonctions gouvernementales au XIXe et au début du XXe siècle, et interdire au Capitole "toutes les statues d'individus ayant volontairement servi" la Confédération.

Toutefois, le projet de loi rencontre encore deux obstacles. Mitch McConnell, leader de la majorité au Sénat a critiqué les efforts visant à "enjoliver le Capitole" comme étant allant « trop loin ». Et Trump y opposerait évidemment son veto.

Un sondage ABC News/Washington Post publié mardi, indique que 52 % des Américains sont encore opposés à l'enlèvement des statues confédérées des lieux publics, tandis que 43 % ont soutenu l'idée. Le sondage ABC/Post a également révélé aussi un faible soutien - seulement 25 % - pour enlever les statues des anciens présidents propriétaires d’esclaves.

Mais la bonne nouvelle vient du sondage de NBC News/Wall Street Journal publié aussi mardi: 51 % des électeurs américains ont déclaré que les monuments confédérés situés sur des propriétés publiques devraient être enlevés. A l'automne 2018, seuls 35 % d'entre eux ont déclaré qu'ils devraient être retirés. 

Cette évolution rapide montre toute l’utilité du soulèvement Black Lives Matter, qui provoque des discussions dans tous les milieux et une prise de conscience inédite. Les citoyens américains ont compris la différence entre mémoire/célébration et histoire. Célébrer les combattants de l’émancipation et non pas les racistes n’implique pas d’ignorer l’histoire du pays. Il faut, en France aussi déboulonner au plus vite, en arrêtant de confondre célébration et faits historiques. Ceux qui s’y opposent encore sont pour l’essentiel des racistes qui s’ignorent, et pour certains des attardés ou profiteurs du racisme. 

A noter à propos justement d’histoire le révisionnnisme sans rivage de Joe Biden. Politicien opportuniste courant derrière ce qu’il estime l’opinion moyenne, il a déclaré «  Trump est le premier et le seul raciste à occuper la présidence. » Et d’ajouter:  "Nous avons eu des racistes, et ils ont existé et ont essayé de se faire élire président. C'est le premier qui l'a fait".

Révisionnisme historique de Biden : Andrew Johnson a un jour écrit que "tout le monde admettrait, et doit admettre, que la race blanche est supérieure à la race noire", Woodrow Wilson a mis en place des politiques ségrégationnistes strictes dans les bureaux fédéraux, Ronald Reagan a été capturé sur un enregistrement privé appelant les Noirs des "singes". Son interlocuteur, Richard Nixon, alors président, lui a répondu en riant. Sans compter plus de 10 présidents qui ont été directement propriétaires d’esclaves qu’il ont acheté et mis au travail comme des chevaux…

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