Un policier menace Rodrigues de crever l'oeil qui lui reste

Communiqué de 15 Gilets Jaunes: Priscillia ludosky, Laetitia Dewalle, Julie Castin, Élodie Crisias (95), Faouzy Lellouche, Benoit Le Cam (Chartres), Maxime Nicolle, Philippe Pascot, Nathanaël RAMPHFT (Lille), Éric Drouet, Juan Branco, François Boulo, Hakim Lowe, Maxime Souque (Le vrai débat), Jérôme Rodrigues.

23 Avril 2019

Nous dénonçons avec vigueur les propos invitant les policiers à se suicider, entendus très marginalement et pour la première fois lors de l’acte XXIII des Gilets Jaunes, après plus de cinq mois de mobilisation.

 Nous apportons notre soutien total aux familles des vingt-huit policiers et des deux gendarmes qui ont mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. Notre solidarité et notre compassion vont aux fonctionnaires qui subissent, comme nous, au quotidien, les politiques de destruction du service public.

Macron et son gouvernement, dont la légitimité ne tient plus qu’à un fil, au service d’une oligarchie qui spolie chaque jour un peu plus l’honnête travail des Français, instrumentalise sans vergogne des forces de l’ordre déjà mises à rude épreuve.

Toutefois, les violences policières constatées de manière répétée durant les vingt-trois semaines de mobilisation restent sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Le compte, malheureusement provisoire, fait état de 248 blessures à la tête, 23 personnes éborgnées, 5 mains arrachées, ainsi que le décès de la malheureuse Zineb Redouane, âgée de 80 ans, dont la famille vient de porter plainte. Un certain nombre d’agents, qui ne devraient pas avoir leur place dans la police, acceptent d’obéir à certains ordres au mépris de tout cadre déontologique, et mutilent sciemment des manifestants pacifiques.

 La justice devrait à ce sujet se montrer sévère, et l’on est en droit de penser que la séparation des pouvoirs est plus que jamais mise à mal dans ce pays et sous ce gouvernement.
 
Dans ce contexte de dégradation manifeste du climat social, il paraît évident que des propos malheureux peuvent, et pourront encore surgir ici ou là, sans pour autant emporter l’adhésion générale. Lors du dernier acte, un policier m’a par exemple gentiment proposé de me crever l’œil qu’il me reste.
 
Par conséquent, nous condamnons la manœuvre des politiciens et des médias qui se sont saisis des propos d’une petite poignée d’individus pour tenter de diaboliser une fois encore les gilets jaunes. Car l’entreprise n’est pas nouvelle, et toutes les pires lâchetés auront été mobilisées en ce sens. On aurait bien aimé voir condamner, avec la même véhémence, les propos de Luc Ferry lorsqu’il appelait à tirer sur les manifestants. On aurait bien aimé voir condamner les bavures à répétition, ainsi que l’extraordinaire rétrécissement des libertés individuelles auquel nous assistons. L’État assume en effet une trajectoire autoritaire dans l’indifférence générale des grands médias, si prompts à s’émouvoir par ailleurs.

Nous n’allons pas tomber dans le piège qui nous est tendu. Nous savons que les policiers et les gendarmes sont fatigués, que les fortes chaleurs à venir seront éprouvantes pour eux, et que leur hiérarchie craint plus que tout qu’ils fraternisent avec leurs compatriotes, unis dans le plus formidable mouvement social qui soit apparu en France depuis plus de cinquante ans.

 S’il souhaite réellement mettre un terme à cette situation, nous invitons expressément le président Macron à mettre en actions nos revendications. Il les trouvera par exemple dans les conclusions du Vrai Débat.

 Notre détermination est intacte, et nous resterons mobilisés autant qu’il le faudra.


 Priscillia ludosky, Laetitia Dewalle, Julie Castin, Élodie Crisias (95), Faouzy Lellouche, Benoit Le Cam (Chartres), Maxime Nicolle, Philippe Pascot, Nathanaël RAMPHFT (Lille), Éric Drouet, Juan Branco, François Boulo, Hakim Lowe, Maxime Souque (Le vrai débat), Jérôme Rodrigues

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