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Billet de blog 24 avr. 2021

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Inde: la colère monte contre la gestion de la crise sanitaire de Modi -J. Chastaing

Les travailleurs les plus pauvres licenciés par le confinement se rapprochent des paysans.

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Contre la colère qui monte contre l'incapacité du gouvernement à faire face à la montée catastrophique de l'épidémie, ce dernier fait appel à un vieux truc que les dirigeants utilisent depuis des temps immémoriaux.

Lorsque les choses ne vont pas bien, détournez l'attention de votre propre incompétence et blâmez les plus vulnérables. Il n'est donc pas surprenant que, alors que la pandémie de COVID-19 ravage Dehli du fait de la responsabilité du gouvernement qui ne fait que détruire un peu plus chaque jour le système de santé, les chaînes de télévision et les journaux proches du gouvernement ont rejeté la responsabilité de la situation horrible de la capitale sur «les agriculteurs qui selon eux bloqueraient les camions à oxygène entrant dans la ville". (un exemple de cette prose de mensonge et de haine quotidiens dans l'Hindupost du 24 avril 2021 en bas de ce texte)

Avec ces vrais ennemis il y a aussi contre les paysans les faux amis qui mettent sur le même plan les paysans et le gouvernement et demandent à tous les deux d'arrêter leur guerre pour permettre de lever les campements paysans (mais ne demandent pas au gouvernement de mettre toutes ses ressources dans l'investissement médical) comme une pétition d'intellectuels le demande aujourd'hui.

Sous cette pression quotidienne des gens qui n'ont pas le combat quotidien à mener pour survivre demandent avec indignation pourquoi les paysans sont toujours en train de manifester, étant donné les conditions à Delhi. Ils ne comprennent pas que si le virus ne tue pas les paysans, les trois lois agricoles le feront assurément. Mais il est difficile d'expliquer la lutte pour la survie quotidienne contre la faim à ceux dont l'existence est fondamentalement sûre et qui ne découvrent les incertitudes de la vie qu'avec le covid.

Cependant, les paysans fidèles à la nature de leur soulèvement, continuent à se renforcer avec des convois quotidiens de paysans et soutiens qui montent en nombre à Delhi pour renforcer les campements contre un coup de force. Par ailleurs, ils organisent avec les moyens du bord, mais symboliquement et politiquement, c'est important, des centres de soins e de vaccinations sur tous les lieux de mobilisation pour prendre en charge ce que le gouvernement ne fait pas.

Enfin, la colère du petit peuple ne se dirige pas contre eux, au contraire. Aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur en déplacement pour les élections au Bengale a été reçu à coups de projections de chaussures, tandis que les partisans du BJP sont agressés dans les rues.

En plus la politique du BJP est directement en train d'élargir la base de soutien des paysans aux travailleurs les plus pauvres et précaires dits "migrants" qui, craignant un long confinement, fuient Delhi en masse. Et non seulement les paysans les hébergent dans des dortoirs et tentes de leurs campements des portes de Delhi et les nourrissent dans des cantines gratuites mais vont les nourrir également à leurs points de retour dans leurs villages d'origine comme la gare routière d'Anand Vihar près de la porte de Ghazipur. "Restez avec nous aussi longtemps que vous en avez besoin, leur disent-ils, vous qui n'avez plus de revenus et de toit au-dessus de vos têtes . Nous sommes là pour vous."

Le gouvernement vient donc, sans le vouloir, de faire naître une nouvelle alliance entre agriculteurs et travailleurs migrants.

Le gouvernement essaye de jouer de la peur du covid comme il l'avait fait l'an passé contre le mouvement Shaheen Bagh ; tout semble montrer que c'est lui qui pourrait sortir très affaibli de la situation.

UN EXEMPLE DE L'UTILISATION DU COVID PAR LA PROPAGANDE QUOTIDIENNE DE LA PRESSE INDIENNE CONTRE LES PAYSANS DANS L'HINDUPOST DU 24 AVRIL 2021

"Il est temps d’éliminer la manifestation des «agriculteurs» et de sauver Delhi de la poussée de Covid

HinduPost 24 avril 2021

Delhi a été confrontée à une augmentation des cas de virus chinois lors de la deuxième vague qui a frappé l'Inde. Alors que les infrastructures de santé dans la capitale nationale ont été sous la pression des cas, les approvisionnements en oxygène sont bloqués en raison des prétendues protestations des agriculteurs.

C'est la police de Delhi qui est finalement venue à la rescousse des patients de Covid en aidant un camion transportant de l'oxygène qui était coincé à la frontière de Singhu en raison des manifestations d'agriculteurs en cours [ c'est la police qui a bloqué le camion pour en accuser les paysans]. Le camion-citerne d’oxygène devait arriver au Jaipur Golden Hospital de Rohini.

… Le camion a été retrouvé chargé de bouteilles. Avec l'aide de la police de Haryana et des agents de la circulation, l'équipe a dégagé un passage [alors que c'est la police qui bloque les routes avec des quasi fortifications en travers] .

Dans l'intervalle, le ministre de Haryana, Anil Vij, a allégué que le gouvernement de Delhi [hostile au BJP] avait pillé un camion-citerne d'oxygène médical destiné aux patients Covid du camion-citerne à destination de Faridabad depuis Panipat [faux, une invention pure et simple], tout en ajoutant que les camions-citernes d'oxygène seraient désormais escortés par la police.

L’implication possible de Rakesh Tikait [principal leader paysan] et de son groupe ne peut pas être exclue étant donné qu’on ne peut pas ignorer que Tikait voudrait utiliser le covid comme une occasion de faire chanter le gouvernement pour qu’il accède à leurs demandes.

Une autre raison importante pour laquelle la protestation des agriculteurs doit être éliminée avec effet immédiat est qu'il y a une confirmation concernant la variante britannique du virus chinois qui alimente la flambée des cas à Delhi.

[…]

Lorsque le pèlerinage hindou Kumbh [qui est probablement à l'origine des contaminations] et les rassemblements politiques peuvent être réduits [c'est faux, le BJP les continue massivement au Bengale], il n'y a aucune raison pour que les routes menant à Delhi soient bloquées [ faux, elles ne sont pas bloquées, une voie est ouverte à la circulation] au nom des manifestations des agriculteurs à un moment où le pays tout entier est sous le choc de la pandémie et où des vies humaines sont en jeu.

Les manifestants dirigés par Rakesh Tikait ne peuvent plus être autorisés à jouer avec la vie des citoyens de Delhi et ce chantage et ce siège non déclaré de Delhi doit prendre fin immédiatement. "

PHOTOS

Meeting d’accueil des nouveaux arrivants au campement paysan de la porte Tikri de Delhi ; une clinique de campagne installée par un médecin américain, Swaiman Singh, à un des campements paysans des portes de Delhi qui lance un appel aux médecins du monde entier : venez nous aider physiquement ici aux campements paysans ou par télé consultation ! Un cardiologue venu aider au campement paysan de Tikri lance un appel à tous pour venir les aider à construire des maisons plus solides aux campements pour faire face à la chaleur, aux moustiques et à l'arrivée des travailleurs "migrants" qui fuient Delhi ayant perdu leur travail et leur logement du fait du confinement ; Jaspal Kaur a 80 ans, elle occupe la porte de Delhi au campement de Singhu depuis le 26 novembre, elle est retournée enterrer son mari de 83 ans au Pendjab, et elle vient de revenir à Singhu pour continuer la lutte ; pour l'avenir de l'humanité, ils dorment dehors à tous ages et depuis 5 mois avec le froid de l'hiver et les chaleurs de l'été avec une détermination sans égal : mille bravos et mille merci !

ici 11 photos de plus

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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