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Billet de blog 24 déc. 2020

Crise au sommet, poussée d’en bas : complément sur le Bangladesh, par J. Chastaing

En quelques mots, la situation au Bangladesh a été marquée par de fortes luttes ouvrières en 2019 mais, contrairement à d’autres pays, uniquement sur un terrain économique. Pas une once de contestation politique à première vue.

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 Le dernier article d’Aplutsoc sur la situation mondiale s’interroge sur le Bangladesh.

J’avais justement en tête hier soir un post sur le sujet. Malheureusement quand j’ai voulu commencer à publier sur mes pages des photos avant la rédaction du post lui-même, je me suis aperçu que Facebook me bloquait pour une semaine mes pages personnelle et celle de Luttes Invisibles pour des propos haineux qu’ils ont été bien sûr incapables de me signaler !

Donc en quelques mots, la situation au Bangladesh a été marquée par de fortes luttes ouvrières en 2019 mais, contrairement à d’autres pays, uniquement sur un terrain économique. Pas une once de contestation politique à première vue. Et avec la pandémie et les licenciement massifs, il semble que le mouvement ouvrier de 2019 ait pris un bon coup.  Il faut dire qu’il semble y avoir un profond dégoût de la politique là-bas et des abstentions importantes aux élections du fait du pouvoir quasi permanent de la Ligue Awami (qui est laïque et social-démocrate), pas vraiment par un soutien populaire mais plus par « quoi voter d’autre » et y compris quand l’apathie politique ne suffit pas, par un truquage quasi ouvert des élections. Dans l’opposition traditionnelle, il y a aussi un espèce de découragement politique.

Le principal concurrent à la Ligue Awami, le BNP (centre droit-droite, des concessions récentes à l’islamisme radical), avait par exemple boycotté les élections en 2014 (qu’il estimait truquées à la base) mais sans autre effet que de donner un succès pharaonique à la Ligue Awami . Il y a participé en 2018 et a perdu, mais y a dénoncé des tricheries honteuses et massives tout en restant cependant dans une espèce de dénonciation platonique et découragée.

Dans ce contexte ce sont les islamistes radicaux qui semblent avoir marqué des points dans la rue ces derniers temps et notamment par les mobilisations contre Macron. C’était la situation disons jusqu’il y a environ un mois.

Puis il y a trois semaines environ a démarré un mouvement des paysans et des ouvriers de la canne à sucre, blocage des routes, grèves et ces derniers jours, ils ont brûlé les champs de canne à sucre tout en annonçant une radicalisation de leur mouvement. Cependant l’exploitation de la canne à sucre n’est pas centrale dans l’économie du Bangladesh.  En même temps, des manifestations pas massives mais relativement importantes, ont aussi eu lieu ces derniers jours contre des violences policières (suite à l’arrestation de 18 militants) et contre l’autoritarisme du régime.

C’est alors que le BNP s’est réveillé et a appelé à des manifestations partout dans le pays le 30 décembre (date anniversaire des élections truquées de 2018) pour demander l’annulation de ces élections, et une reprise du processus démocratique et d’alternance, faute de quoi, dit-il, on verrait le pays glisser dans l’extrémisme (et là il doit penser au radicalisme islamiste mais surtout au mouvement social).

On verra donc dans les jours qui viennent si le Bangladesh sort de la torpeur sociale dans laquelle l’a plongé le covid et politique dans laquelle il est plongé depuis longtemps.

Sinon en Asie, outre aussi la Thaïlande – mais dont il est très difficile de savoir ce qui se passe dans la classe ouvrière – il faut regarder particulièrement l’Indonésie. Il y a eu là-bas en 2019, le plus grand des mouvements sociaux d’Asie qui a duré jusqu’à début 2020, puis s’est estompé avec le Covid, avec une brève résurgence d’ampleur en octobre, mais qui ne saurait tarder à exploser à nouveau.

Et puis le Sri Lanka, où les mouvements ont été importants aussi en 2019, et dont on peut se demander si ce qui se passe au Tamil Nadu en Inde n’est pas révélateur de ce qui va y resurgir, étant donné les liens entre cet état indien et le Sri Lanka.

En 2019, il y a eu encore des mouvements de grèves ouvrières non négligeables au Cambodge, mais là comme au Vietnam (ou en Chine) il est difficile de savoir ce qui s’y passe. J’avais écrit en mai 2020 un article sur l’Asie qui parlait de ces mouvements.

Sinon comme FB me donne des vacances, je vais écrire un  article sur la situation internationale et quelque chose qui me titille depuis un moment. Il me semble qu’on passe de soulèvements « simples » à non pas encore la révolution victorieuse, mais à une étape intermédiaire entre les deux, un grand défi pour les révolutionnaires de comprendre ce passage.

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