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Billet de blog 25 mars 2021

Inde: vers une semaine de lutte sociale très, très chaude -Jacques Chastaing

Il faut du temps pour que 1, 4 milliards d'êtres humains avec des niveaux de conscience très différents, dans 28 Etats très différents, avec 3000 castes et des oppositions de religions, se mettent en mouvement pour prendre ensemble leur destin en main. Mais c'est ce qui est en train de se faire et les jours qui viennent pourraient donner un coup d'accélérateur à ce processus.

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Alors qu'à 2 jours de la grève générale du 26 mars, un sondage annonce que 81% de la population (dans l'Etat du Tamil Nadu, pas a priori le plus favorable aux paysans) soutient le soulèvement paysan et 8% seulement la politique du gouvernement, les 10 principales directions syndicales ouvrières ont annoncé qu'elles appelaient à 3 jours d'action nationales supplémentaires les 31 mars, 1er et 2 avril, contre les lois anti-ouvriers et anti-paysans et qu'elles soutiendront par des actions diverses l'appel à la grève générale des paysans pour le 26 mars.

Les directions syndicales ouvrières font ainsi un pas en arrière par rapport à leur appel commun avec les paysans d'il y a quelques semaines où elles n'appelaient pas au "soutien" mais à la grève commune le 26 mars. On sent bien que d'une part la date du 26 mars les gène beaucoup puisque c'est la veille du début des élections dans 5 Etats, et qu'étant très liés aux directions politiques des partis, elles ne veulent pas minimiser les élections par rapport à la lutte (alors que beaucoup ressent ainsi la date du 26 mars et qu'un leader paysan a appelé à prendre le Parlement pour en faire un entrepôt de denrées agricoles, ce qui est un manque de respect criant par rapport au système électoral représentatif !). D'autre part, les directions syndicales ouvrières - profondément corrompues - n'ont pas du tout envie d'un embrasement général à partir du 26 mars si par exemple on comptait à nouveau 200 à 300 millions de grévistes ce jour-là, ce qui pourrait très bien avoir un prolongement dans cette ambiance générale de plus en plus électrique.

En même temps, on voit bien que les directions syndicales ouvrières subissent une énorme pression de leurs bases, qui, elles, au contraire souhaitent cet embrasement général et que donc, les directions syndicales ont dû compenser ce recul pat une avancée, le 26 ne serait pas une date sans lendemain mais serait suivi par trois jours nationaux d'action et de grève à leur propre initiative. Il y aura donc un prolongement au 26 mais décalé, et sous leur contrôle (en tous cas elles l'espèrent) à moins que la base ne s'empare de cette situation pour faire grève du 26 au 30 mars, voire après encore ! On verra.

Le grand patronat en tous cas craint cet embrasement puisqu'il met en congés sous des prétextes divers les employés de banque du 27 mars au 4 avril alors que les directions des fédérations syndicales des employés de banque avaient décidé de donner une suite à l'immense succès de la grève des 15 et 16 mars contre les privatisations justement à ces dates.

Par ailleurs, on mesure bien la pression de la base sur les directions syndicales ouvrières - et ce qui pourrait se passer demain - au fait que les ouvriers des aciéries de l'Andhra Pradesh ont décidé de partir en grève illimitée à partir du 28 mars contre leur privatisation et surtout qu'ils ont appelé les paysans à venir mener la lutte avec eux pour quelque chose de plus radical et plus général et réussir à mettre toute la population de l'Etat en lutte. Si cela marchait, cela pourrait bien s'étendre à d'autres Etats où des aciéries sont aussi menacées, mais pas seulement aux aciéries, parce que c'est toute l'industrie publique comme les services publics qui sont menacés de privatisation. Et donc ce qui apparaît ici - et qui est aussi au centre de la tactique des directions syndicales ouvrières -, c'est la possibilité d'une direction commune ouvriers/paysans, une coordination radicale de la base par dessus la tête des confédérations syndicales traditionnelles qui pourrait aussi servir d'exemple ailleurs et donner un tout autre caractère au soulèvement actuel.

Quoi qu'il en soit, petit à petit, toute l'Inde populaire se met en marche dans un processus révolutionnaire. C'est long parce qu'il faut du temps pour que 1 milliard et 400 millions d'êtres humains avec des niveaux de conscience très différents, dans 28 Etats très différents, avec 3000 castes et des oppositions de religions, se mettent en mouvement pour prendre ensemble leur destin en main. Mais c'est ce qui est en train de se faire et les jours qui viennent pourraient donner un coup d'accélérateur à ce processus.

PHOTOS

Mahapanchayat à Sirhind Mandi , Fatehgarh Sahib dans le Pendjab ; Rakesh Tiket, un des leaders paysans, dit au Mahapanchayat d'hier 23.03 à Jaïpur dans le Rajasthan qu'ils allaient prendre le Parlement pour en faire un entrepôt de vente des produits agricoles. Évidemment, ça n'a pas échappé à la presse qui s'est indignée ; au mahapanchayat tenu aujourd'hui en Haryana, l'internaute fait remarquer qu'il n'y a aucun politicien présent mais qu'il y a par contre beaucoup de paysans. Il faut dire qu'au vu du succès des mahapanchayats paysans, les partis d'opposition tentent de faire des meetings électoraux (il va y avoir des élections à partir du 27 mars dans 5 Etats) qu'ils les baptisent aussi "mahapanchayats". L'internaute fait remarquer comme beaucoup d'autres que moins il y a de politiciens dans les mahapanchayats, plus il y a de paysans ; à l'EG du campement paysan de la porte Tikri de Dehli, on clame son enthousiasme à l'annonce de l'ouverture d'un hôpital paysan ; mahapanchayat à Dharbanga dans l'Etat du Bihar

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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