Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes, antiracistes et en colère !

Ni patronne, ni première ministre, ni princesse .Ci-dessous le texte lu par Oksana Shine à l’occasion du 21 juillet décolonial, féministe, anticapitaliste et républicain organisé par la Gauche anticapitaliste de Bruxelles.

 Source: Gauche Anticapitaliste

En ce 21 juillet 2020, la première ministre nous enjoint à la célébration, dans l’allégresse du « tous ensemble ». Un jour, elle dira même peut-être « toutes ensemble », pour jouer la carte du féminisme libéral. Ça sonne creux, ça sonne pieux et ça sonne dangereux.

On nous enjoint à la célébration parce qu’on devrait oublier…

  • On devrait oublier que le triptyque de l’Etat, de l’institution catholique et des patrons est directement responsable du contrôle de nos corps, qui doivent être rendus dociles, conformes et dévoués au travail.
  • On devrait oublier que comme chaque année, les ministres sont invités à une messe, un Te Deum, pendant que les femmes et les personnes trans galèrent à avoir accès à l’avortement et à la santé.
  • On devrait oublier que la laïcité, elle a bon dos quand elle peut se faire l’instrument du racisme d’Etat qui exclut les femmes portant le hijab des écoles, de l’enseignement supérieur et de l’emploi, et quand il s’agit de renforcer l’impérialisme en envoyant des F16 en Afghanistan et en Irak.
  • On devrait oublier qu’on n’entend plus du tout parler de la laïcité, voire même qu’on va jusqu’à se déclarer en impossibilité de régner lorsqu’il s’agit de permettre l’ interruption volontaire de grossesse. Rappel historique : en 1990 le Roi Baudouin refuse de signer la loi prévoyant la dépénalisation (partielle!!) de l’avortement. Le Roi n’est pas censé se positionner mais suivre ce que le gouvernement lui dicte. Aujourd’hui encore on subit les conséquences de cet héritage historique avec des partis comme la NVA, le CD&V, le Vlaams Belang et même la collaboration de certains libéraux et verts contre une législation plus souple et plus cohérente avec les pratiques. Parce qu’on ne joue pas avec la santé des femmes ! Parce qu’on ne joue pas avec la vie et le mental des femmes !
  • On devrait donc oublier que ces partis jouent avec la vie, la sécurité et la santé de milliers de femmes pour faire une démonstration de puissance antidémocratique en renvoyant pour la quatrième fois le texte de loi au Conseil d’Etat !
  • On devrait oublier que l’extrême droite est actuellement au pouvoir dans de nombreux pays dans le monde, et que l’extrême droite voudrait que les femmes retournent au foyer, voudrait que les femmes s’occupent de préserver la famille bourgeoise, patriarcale, hétérosexuelle.
  • On devrait oublier que l’entreprise coloniale a consisté à enlever des enfants, à forcer au blanchiment, à consister en des violences sexuelles systématiques.
  • On devrait oublier qu’en ce jour chaque année l’armée est célébrée par un défilé. On devrait oublier que cet arsenal militaire est meurtrier.
  • On devrait oublier que les femmes et les personnes trans sont sur-représenté.e.s parmi les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté en Belgique alors même que ces personnes sont présentes dans la solidarité et en première ligne dans tous ces métiers qui nous permettent de vivre et de faire face à la crise sanitaire.

En fait, ce qu’on devrait surtout oublier quand on est en train de célébrer l’unité, le drapeau, les forces au pouvoir – ce qu’on devrait surtout oublier, c’est que nous sommes encore maintenant en train de compter nos mortes et nos morts ! Emporté.e.s par le Covid-19, emporté.e.s par la police, emporté.e.s par les meurtres machistes, emporté.e.s par la pauvreté, emporté.e.s par les frontières ou simplement emporté.e.s par le désespoir.

Mais on ne peut pas oublier. On n’oublie pas, tout simplement car c’est impossible d’oublier ce qui a encore lieu, c’est impossible d’oublier ce qui se passe encore maintenant. Ce qui nous fait souffrir actuellement, c’est la continuité logique de la façon dont le capitalisme, le racisme et l’oppression des femmes et des personnes trans fonctionnent et se recyclent.

Ce n’est pas une première ministre femme, ni une princesse, ni des patronnes de grandes entreprises capitalistes qui vont changer ça.

Le capitalisme se construit sur notre travail gratuit, sur l’exploitation des femmes sans papiers, sur la dévalorisation des métiers féminisés, sur notre subordination économique, institutionnelle, physique, mentale et juridique.

Nous refusons de normaliser une société profondément injuste. Nous voulons la changer, nous voulons vivre fières, fortes et solidaires.

Nous voulons vivre libres dans nos sexualités et dans nos identités de genre. Nous voulons vivre dans l’assurance de pouvoir nous loger, de pouvoir nous nourrir de pouvoir nous soigner.

Quand Wilmes et Philippe saluent nos solidarités et nos créativités, nous ne nous laissons pas insulter. Nous n’allons pas pouvoir nous débarrasser de ce qui nous fait souffrir dans l’unité avec ce qui nous opprime.

Nous devons absolument représenter une menace pour les banques et les grosses entreprises capitalistes. Comment ? En participant et en construisant des mouvements de masse. Nous devons faire vivre un féminisme anticapitaliste et révolutionnaire. Un féminisme qui combat le féminisme bourgeois. Un féminisme qui combat le sauvetage des intérêts privés, qui combat la transformation de tout ce qui fait la vie en marchandise, à payer et à consommer.

On doit défendre un féminisme qui rejette les louanges des partenariats public-privé.

Les mouvements féministes au niveau international montrent notre force. Leur slogan n’est pas vain ou purement symbolique. Si les femmes et les personnes trans s’arrêtent, le monde s’arrête. Pourquoi ? Parce que pour faire du profit, il faut des êtres humains qui vivent, il faut des êtres humains qui travaillent. Non seulement, on veut défendre la vie, on veut défendre nos liens sociaux, mais en plus on veut casser le fait que défendre la vie et le lien social soit simplement la possibilité d’être mieux exploités au travail. On veut déconstruire ce rapport entre la production et la reproduction. On veut mettre la vie au centre de la manière dont la société fonctionne.

Et pour ça, on doit faire vivre le mouvement féministe, on doit faire vivre la lutte anticapitaliste, on doit faire vivre le mouvement antiraciste, on doit pousser pour la régularisation de toutes et tous, on doit faire vivre les grèves de masse, vive la grève féministe !

Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes, antiracistes et en colère !

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