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Billet de blog 27 avr. 2021

Modi, ennemi public n°1 de l'Inde, bien avant le virus -Jacques Chastaing

Le soulevement paysan contre Modi est le premier cri de guerre d'ampleur mondiale contre la privatisation du monde.

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L’histoire marquera peut-être la lutte continue des paysans indiens non seulement comme la plus grande protestation de toute l’histoire du pays contre la prise de contrôle de tout le secteur public par les entreprises capitalistes privées mais aussi comme le premier cri de guerre d'envergure lancé sur les lignes de front d’une résistance mondiale qui se constitue peu à peu, de l’Algérie au Chili, des USA à la Birmanie.

Toute la politique de Modi, comme de celle de Macron en France, Trump hier aux USA, Bolsonaro au Brésil et tellement d'autres dans le monde, se résume à la recherche pour le capital mondial de nouveaux territoires et de nouveaux secteurs pour y faire des profits plus importants et dans ces secteurs et territoires, au transfert massif des richesses des plus pauvres vers les plus riches.

Dans ce cadre, les grands capitalistes profitent de la crise du Covid pour accélérer ce transfert de richesses ; jamais en effet les grandes entreprises capitalistes n'ont fait autant de profit que durant cette période de pandémie.

Or, le soulèvement indien durant cette période d'épidémie, est peut-être en train de mettre un coup de frein à cette orientation mondiale et résonne ainsi comme le premier cri de guerre des classes populaires qui disent Stop.

En effet, non seulement les paysans et leurs soutiens se battent depuis plus de 5 mois avec un courage et une détermination extraordinaire contre les lois agricoles de Modi en entraînant avec eux une partie des classes populaires elles-aussi attaquées par le gouvernement, mais en plus, aujourd'hui, avec l'épidémie de covid, ils transforment cette lutte en une lutte générale pour sauver tout le pays des griffes des vautours qui l'assassinent.

Au dernier forum des riches du monde à Davos, l'américain F. William Engdahl avait fait le lien entre les nouvelles lois agricoles de Modi et la main mise du grand capital sur la planète.

L'Inde - disait-il - est le dernier bastion d'importance où l'agro-industrie mondiale n'a pas été en mesure de dominer la production alimentaire. Pour cela, ajoutait-il, le système agricole et alimentaire traditionnel de l’Inde doit être brisé. Ses petits agriculteurs familiaux doivent être forcés de vendre à de grands conglomérats agro-industriels et les protections régionales ou étatiques pour ces agriculteurs doivent être éliminées.

Modi avait profité de la première vague du covid en mars 2020 pour semer la peur et le chaos dans le pays afin d'une part de briser le mouvement social du moment, Shaheen Bagh mais aussi et surtout d'autre part de lancer son plan de liquidation de tout le secteur public de l'industrie et des services et ce qu'il y avait encore de protégé dans la production agricole.

Il n'avait pas prévu l'immense résistance des paysans.

Et, pire que ça pour lui et ses semblables dans le monde, dans sa seconde tentative aujourd'hui de profiter du covid pour tenter de briser le soulèvement paysan, il est peut-être en train de transformer le soulèvement paysan en un soulèvement général visant à reprendre en main tout ce qui est public pour le mettre au service du public et allant ainsi vers un contrôle de la production des richesses par ceux qui les produisent et vers un monde meilleur.

Ce serait ainsi la première fois que la "stratégie du choc" des puissants se retournerait contre eux, que leur tentative d'utiliser le covid retournerait la population contre eux autour du soulèvement paysan.

L'exploitation féroce des paysans et artisans indiens et la destruction de leur économie par les britanniques avait été à l'origine de la révolution industrielle en Europe. En un juste retour des choses, la révolte des paysans indiens est peut-être en train de renverser ce monde des groupes industriels.

Ainsi lorsque les paysans affichent l'objectif de transformer tous leurs lieux de mobilisation en centre de lutte contre le covid, avec vaccination gratuite, et autres soins, lorsqu'ils annoncent qu'ils sont en train de faire des stocks de produits agricoles pour nourrir les travailleurs les plus pauvres des villes que le confinement réduit à la pire des misères, qu'ils vont dans les gares routiers et ferroviaires pour nourrir les foules affamées de travailleur "migrants", qu'ils leur proposent logement et nourriture à leurs campements, qu'ils apportent de la nourriture aux hôpitaux, qu'ils mettent des camionnettes avec cuisine ambulante aux portes des hôpitaux pour nourrir patients et familles, qu'ils circulent avec des bouteilles d'oxygène pour aider les malades en difficulté, qu'ils ouvrent les péages d'autoroutes pour faciliter la circulation et ne pas pénaliser un peu plus encore les familles... eh bien, comme ils l'avaient fait déjà avec les mahapanchayats de la démocratie directe dans les campagnes, ils sont non seulement en train d'étendre leur influence et leur pouvoir aux villes, aux travailleurs les plus défavorisés, aux bidonvilles mais en plus ils retournent la stratégie du choc contre les puissants.

Modi croyait cyniquement pouvoir se servir du covid contre la population, c'est l'inverse qui se passe.

Le soulèvement paysan indien montre au monde que sa profonde humanité, couplée à son courage et sa détermination sont plus forts que l'égoïsme des riches, leur argent et la force de leurs polices.

Le soulèvement paysan ouvre un espoir pour le monde, peut-être une nouvelle période générale et lance un cri de guerre : nous avons cessé de baisser la tête, nous la relevons pour un monde plus fraternel, sans injustice, sans oppression et sans exploitation !

Aidons partout où nous le pouvons les paysans indiens à faire entendre leur cri de guerre et d"espoir.

PHOTOS

La marche des jeunes de quartiers avec Lakha Sidhana - 25 bus pleins et 120 voitures - arrive au campement de la porte Singhu de Delhi pour renforcer les paysans en cas de tentative de coup de force des gangs fascistes de Modi ; au campement de la porte Tikri de Delhi, les orateurs des meetings disent qu'il ne s'agit plus seulement de se battre contre les lois agricoles mais de sauver le pays, sauver les droits constitutionnels de tous ; au village Khark Singh Wala du district Mansa dans le Pendjab, comme dans bien d'autres villages, les paysannes collectent des fonds pour la lutte ; les buchers crématoires débordent maintenant des crématoriums débordés et ont lieu dans les parcs, les jardins, les parkings ; les travailleurs "migrants" (originaires de la campagne et qui travaillent dans les grandes villes) appartenant les plus souvent à l'économie "informelle" des petits boulots, sans protection contre le chômage et la maladie, qu'on estime à environ 70 à 80% des travailleurs, majoritairement Dalits (Intouchables) ou Adivasis (membres des tribus) ou encore des plus basses castes, tentent de fuir Delhi, le confinement leur prenant leur travail, leurs revenus et leurs logements ; sur les trottoirs , les cadavres attendent ; en colère face à la pénurie d'oxygène à l'hôpital, des gens bloquent la route à Rohtak dans l'Haryana avec des bouteilles d'oxygène vides ; affiche d'une organisation de jeunes appelant à la manifestation du 30 avril pour la gratuité des vaccins ; les paysans se sont installés avec des camionnettes servant des repas aux portes des principaux hôpitaux de Delhi pour nourrir les patients et les familles parois obligés d'attendre longtemps ; guerrier Nyang se faisant vacciner au centre de vaccination du campement paysan de la porte de Tikri à Delhi ; les protestations paysannes se multiplient à proximité des Mandis (marchés d'Etat) contre le sabotage par l'Etat qui fait traîner les opérations, ne paye pas les récoltes des paysans, ne protège pas de la pluie leurs récoltes stockées dehors, tout cela pour aider ) la privatisation du secteur agricole... Ici sur la photo à Amarkot dans le Pendjab

Ici 7 photos de plus

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

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