Ugo Palheta : « Il n’y a pas d’immunité face à l’extrême droite » -vidéo

Un sondage Harris [non publié] place Marine Le Pen à 48% des voix au second tour face à Emmanuel Macron qui obtiendrait 52% des voix. L’étau se resserre. L’extrême droite, en France et en Europe, est-elle aux portes du pouvoir ? Par Ugo Palheta, sociologue et auteur de La possibilité du fascisme (Édition La Découverte).

Ugo Palheta : " Il n'y a pas d'immunité face à l'extrême droite " © Regards

Sur Génération identitaire 
« Génération identitaire est un groupuscule dont l’idéologie est clairement fasciste. »
« Pour génération identitaire il s’agit de purger par notamment une forme de déportation de masse qu’ils appellent la remigration : il s’agirait de purger tout une partie de la population française ou étrangère vivant en France. »
« Les militants de génération identitaire, après Maurras, Camus, reprennent la théorie du grand remplacement c’est-à-dire ce qu’ils perçoivent comme le déclin démographique, la dissolution française et surtout de l’identité européenne et de l’Europe blanche, comme ils le disent dans leur discours. »
« Génération identitaire est une sorte d’agence de com’ de la faschosphère. » 
« Génération identitaire fait aussi la petite main pour le rassemblement national à travers des postes de collaborateurs pour des élus. »
« Génération identitaire est un groupuscule violent qui commet des agressions répétées depuis ces dix dernières années. »
« La dissolution de génération identitaire peut être considérée comme nécessaire du point de vue de l’idéologie qu’elle défend qui est une idéologie raciste avec de claires accointances avec le fascisme. »
« Génération identitaire et le rassemblement national ont des convergences idéologiques très fortes. »

 Sur la banalisation de l’extrême droite 
« On a clairement un processus de banalisation et de légitimation de leurs idées sur le plan médiatique. »
« Il y a un basculement d’une partie des élites économiques, politiques et médiatiques vers l’extrême droite. C’est manifeste à travers le choix fait par Bolloré en donnant une audience importante aux idées d’extrême droite. »
« Toutes les chaînes d’infos en continu veulent leur éditorialiste d’extrême droite. »
« L’extrême droite identitaire s’était beaucoup organisée sur Internet et à présent elle est présente aussi sur les médias mainstream. »

 Sur Marine Le Pen et le RN 
« La rhétorique identitaire est depuis longtemps au cœur du discours du Front National. »
« Le discours de Marine Le Pen est de plus en plus audible. Elle semble dire des choses raisonnables parce qu’on les entend de plus en plus sur les chaînes d’infos en continu. »
« Quand vos idées sont reprises à la télé et dans les radios, il y a un effet de légitimation. Ça crédibilise les discours. »
« On est dans un contexte où l’extrême droite peut se développer précisément en l’absence d’une offre alternative, d’une offre de gauche qui pourrait permettre de donner sens à la crise actuelle, sociale, sanitaire et environnementale pour proposer une issue. »
« Il y a des réponses beaucoup plus efficaces que les réponses nationalistes face au virus : le virus va continuer de circuler même si l’on ferme les frontières. »

 Sur l’alliance potentielle des souverainistes des deux rives 
« Tous ceux qui se sont essayés à ce type d’alliances ont fait la démonstration que c’était une stratégie perdante. »
« Tous ceux qui s’y sont essayés, comme Jean-Pierre Chevènement, ont fini par dériver vers des idées nationalistes. »
« Jean-Pierre Chevènement n’a jamais voulu faire alliance avec le FN - c’était sa limite. Mais sa tentative du côté de Pasqua et De Villiers n’ont pas vraiment participé à faire reculer les idées d’extrême droite… »
« Tous ceux qui se sont essayé, à gauche, à reprendre les idées nationalistes et xénophobes ont été, d’une certaine manière, enterrés vivants : pensons à ce sinistre Manuel Valls. »
« La catégorie de souverainisme est une catégorie que je n’utilise pas car elle renvoie à la souveraineté populaire qui est une question importante car elle renvoie à la question du pouvoir dont dispose la population et en particulier les catégories populaires sur leur destin. »
« Le jeu de l’extrême droite, c’est de faire croire qu’ils sont les meilleurs défenseurs de la souveraineté populaire en l’assimilant à celle de la souveraineté nationale. »
« Ce qui est repris par Arnaud Montebourg et auparavant Jean-Pierre Chevènement, c’est le nationalisme, c’est-à-dire une représentation qui fait de la nation et de sa sauvegarde l’alpha et l’oméga de la politique et surtout de l’alternative. »

 Sur Emmanuel Macron, meilleur allié de l’extrême droite ? 
« Quand on mène des politiques de destruction sociale, qui persistent à dégrader les services publiques, quand on autorise les entreprises à procéder à des licenciements, et que par ailleurs, on met en place une partie du programme de l’extrême droite sur l’autoritarisme, de l’islamophobie et de la xénophobie, il n’y a pas de secret, à la fin, ceux qui tirent leurs marrons du feu, c’est l’extrême droite. »
« Dans la mesure où la lutte politique contre l’extrême droite ne sera pas menée, il n’y aura aucun plafond de verre qui pourra nous sauver. »

 Sur la poussée de l’extrême droite au Portugal 
« Depuis quelques années, tous les pays dans lesquels l’extrême droite n’avait pas percé électoralement jusqu’à maintenant comme l’Allemagne, la Suède, l’Espagne ou le Portugal, c’est fini. »
« Au Portugal, c’est la première fois que l’extrême droite se retrouve au Parlement depuis la révolution de 1974-1975 qui avait mis fin à une dictature fasciste de 45 ans. »
« Il n’y a plus d’exception portugaise en matière d’extrême droite. Il n’y a pas d’immunité face à l’extrême droite. »
« Le Portugal a été assommé par des politiques néolibérales au début des années 2010. La majorité de gauche PS appuyée au Parlement (mais sans ministre) par le Parti communiste portugais et le Bloc de gauche, allait pouvoir résoudre la crise économique, sociale et politique. »
« Ce gouvernement de gauche a amorti la crise en revenant sur certaines des régressions les plus patentes de la période précédente mais n’a pas réussi à avancer les éléments d’une alternative sociale. »
« Quand il y a un mix entre une bourgeoisie en grande partie délégitimée politiquement par ses partis de droite et que la gauche ne peut faire émerger une alternative, l’extrême droite est en capacité, si elle trouve un leader charismatique, ce qui est le cas avec Ventura, elle est en capacité de percer. »

 Sur l’extrême droite à l’échelle européenne 
« Les identitaires sont organisés au niveau européen. »
« Pour les grands partis, c’est un peu différents : ils souhaitent avoir une influence au niveau européen donc se sont organisés au niveau du Parlement européen - mais pas tous… car ils ont des convergences sur la volonté d’une Europe blanche (même si ce n’est pas toujours dit explicitement) mais, par exemple, Vox, le parti espagnol contre l’indépendance de la Catalogne, ne pouvait pas se retrouver dans le même groupe que le Vlaams Belang, indépendantiste. »
« Il n’y a pas d’internationale brune constituée. »

 Sur les combats antiracistes 
« Quand on regarde le tableau général de l’antiracisme en France, il y a des éléments de recul et d’avancée. »
« Il y a une forme de politisation antiraciste de masse qui s’opère notamment dans les jeunes générations. »
« Il y a une difficulté à traduire cette politisation en organisations politiques autonomes de l’Etat. »
« Il y a une aspiration chez beaucoup, notamment chez les descendants d’immigrés non européens, issus de la colonisation comme disait Abdelmalek Sayad, de poser la question du racisme dans sa forme systémique et d’Etat. »

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