Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

10961 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 mars 2022

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Inde premier jour de la gréve générale: des centaines de millions de grévistes

Ce succès du premier jour devrait encourager d'autres travailleurs à s'y mettre à leur tour demain 29 mars, donnant un prolongement au soulèvement paysan d'un an, qui pour sa part appelle d'ores et déjà à donner une suite durant une semaine du 11 au 17 avril.

Jean-Marc B
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

par Jacques Chastaing

La participation au premier jour de la grève générale des 28 et 29 mars 2022 appelée par les syndicats paysans et ouvriers a été écrasante, le pays a été totalement paralysé. La grève devrait être encore plus massive demain 29 mars selon les syndicats.

Selon le CITU, le Centre Indien des syndicats, des centaines de millions de travailleurs ont participé à la grève et aux manifestations organisées ce 28 mars dans tout le pays. Cette grève historique n'était pas qu'économique, autour des demandes immédiates des travailleurs, mais était aussi politique contre les politiques destructrices du gouvernement de droite extrême de Modi.

Cette grève générale s'est transformée en un Bharat Bandh, un blocage général du pays dans de nombreux États, en particulier au Kerala, à Tripura, au Tamilnadu, en Haryana, au Bengale occidental, en Assam, au Karnataka, au Rajasthan, au Maharashtra, en Andhra Pradesh... avec des transports publics et privés, des bus aux taxis en passant par les trains comme les ports totalement bloqués. 3,5 millions de travailleurs du transport routier ont participé à la grève dans tout le pays , grève suivie à 80% dans ce secteur. Les usines, les magasins, les bureaux et les établissements commerciaux et artisanaux étaient fermés, les rues désertes. Dans tous les grands centres industriels à travers le pays, la grève a été massive. Malgré les menaces de réduction de salaire de huit jours, en cas de grève d'un jour, les travailleurs ont répondu massivement pour "sauver le peuple, sauver le pays" comme le disait le slogan central de ces deux jours.

Selon les remontées reçues de différents États et industries en ce début d'après-midi du 28 mars 2022, la grève a été observée massivement dans les grands centres industriels du Maharashtra, du Tamilnadu, du Bengale occidental, à Delhi, dans le Telangana, le Karnataka et en Haryana avec les principales entreprises mondiales touchées par la grève, Toyota, Volvo, Bosch, ITC, Vikrant Tyres, Suzuki, Tata, etc . Le principal port de l'Inde à Tuticorin dans le Tamilnadu était totalement bloqué comme les autres grands ports de Paradip en Odisha, Kakinada, Cochin et Mazgaon tandis que la grève était très suivie dans les autres ports comme Calcutta. Les entreprises publiques de la sidérurgie comme Vizag Steel et les unités BHEL à Trichy et Ranipet ont été totalement paralysés. Dans le secteur des mines de charbon, la grève a atteint plus de 60 % en moyenne ; la grève a atteint 100% dans les charbonnages Singareni dans le Telangana. Dans le réseau électrique la grève a été sans précédent avec 100 % de grévistes dans la région sud II couvrant le Kerala, le Tamil Nadu, le Karnataka, Puducherry, dans la région du Nord-Est couvrant 7 États – Assam, Nagaland, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Arunchal Pradesh et Tripura, et dans la région orientale II couvrant Odisha, Sikkim et Bengale occidental. Dans le secteur pétrolier et les raffineries, les usines de GPL ont également été témoins d'une grève massive dans l'Assam comme dans tous les États du nord-est, ainsi qu'à Kochi et Mangalore.

La grève a été totale dans les assurances et quasi totale, massive en tous cas dans les banques. Les fonctionnaires du gouvernement central et des États ont participé massivement à la grève dans tout le pays, en particulier dans les services postaux, fiscaux et autres grands services. La grève des fonctionnaires de l'État a également été très importante au Kerala, en Haryana, au Pendjab, à Tripura, au Tamilnadu, au Jharkhand et au Bihar et bien suivie dans d'autres États.

La grève dans les unités manufacturières privées de la zone industrielle de Bengalore comme Bommasandra, Bidapi, Peenyan, Whitefield, Hoskote, Dabaspet (Karnataka) - a été suivie à 100%. De même, la zone industrielle de Cherlapalli près d'Hyderabad était totalement fermée. Les MNC comme Sandvik et Toshiba dans la Telangna ont également été témoins d'un arrêt complet. Dans les zones industrielles du Tamilnadu, y compris Chengalpattu et Kanchipuram également, la grève a été presque totale. Les transports routiers y compris les transports en commun, auto, taxi, OLA et Uber n'ont pas fonctionné dans beaucoup d'États.

Les ouvriers des usines de textile et des filature du Maharashtra, de l'Andhra Pradesh, du Tamilnadu et de l'Haryana ont rejoint quasi totalement la grève.

Des millions d'ouvriers des secteurs non organisés, souvent sans aucun droits, y compris des travailleurs du bâtiment, du tabac, du chargement, du transport privé, ont arrêté le travail et environ 8 millions de travailleurs de la santé, de l'aide sociale, dont les anganwadi, les ASHA et les travailleurs des cantines de la mi-journée, ont joué un rôle de première ligne en faisant la grève à quasi 100%. Les employés des magasins, les travailleurs des plantations de thé, de la canne à sucre, de la fibre de jute ou des noix de coco, et bien d'autres encore, ont grandement participé à la grève.

Ces travailleurs en grève ont organisé toute la journée des péages libres ou des barrages routiers et ferroviaires dans de nombreux endroits à travers le pays, donnant ainsi à la grève générale une plus grande visibilité. Des millions de personnes ont ainsi participé aux barrages routiers et ferroviaires à de nombreux endroits. Enfin des millions et des millions de paysans et d'ouvriers agricoles ainsi que des membres de diverses organisations de jeunesse, étudiantes ou féministes ont également participé à ces blocus tout en pratiquant dans les campagnes la "grève rurale", la désobéissance civile totale.

Ce succès du premier jour devrait encourager d'autres travailleurs à s'y mettre à leur tour demain 29 mars, donnant un prolongement au soulèvement paysan d'un an, qui pour sa part appelle d'ores et déjà à donner une suite durant une semaine du 11 au 17 avril.

Jacques Chastaing, le 28 mars 2022

En complément tous les jours le dossier Soulèvement en Inde et la rubrique Asie/Océanie de la Revue de Presse Emancipation!

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la Une de Mediapart

Journal
Immigration : le discours de Borne entre « fermeté » et « humanité » ne trompe personne
Les députés et le gouvernement ont débattu mardi soir, sans voter, des orientations du futur projet de loi sur l’asile et l’immigration, annoncé pour le début 2023. Un texte « équilibré », a vanté la première ministre, sans convaincre les oppositions. Profondément divisées entre elles.
par Nejma Brahim
Journal
Un projet de loi aux « propositions racistes »
Alors que le projet de loi sur l’immigration, porté par Gérald Darmanin, s’annonce ultra sécuritaire, nos invitées reviennent, sur le plateau d’«A l'air libre», sur les chiffres de « la délinquance des étrangers » avancés par le chef de l’État et le ministre de l’intérieur. 
par À l’air libre
Journal — Politique économique
Comment la Macronie a tourné le dos à la rationalité économique
Alors qu’en 2017, Emmanuel Macron se présentait comme le champion de « l’évaluation des réformes », il fait fi des évaluations scientifiques négatives sur sa politique économique. Désormais, sa seule boussole est sa politique en faveur du capital.
par Romaric Godin et Mathias Thépot
Journal — Habitat
Faute de logement, des mères restent à l’hôpital avec leurs enfants
À l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis, sept femmes sont accueillies sans raison médicale. En cause : la  saturation de l’hébergement d’urgence. Maïrame, mère d’un bébé de cinq mois, témoigne. 
par Faïza Zerouala

La sélection du Club

Billet de blog
Rap et théorie postcoloniale : sur « Identité remarquable » de Younès Boucif
« Un Arabe qui fait du rap y’a pas grand-chose d’original », rappait Younès dans « J’me rappelle ». Mais quid d’un Arabe qui rappe, joue (au cinéma, au théâtre), écrit des romans, manage et se fait parfois, à ses heures perdues, documentariste ? À l'occasion de la sortie de son album, retour sur la trajectoire d'un artiste aux talents multiples.
par Matti Leprêtre
Billet de blog
Anne Sylvestre : manège ré-enchanté
Tournicoti-tournicota ! On savait l'artiste Anne Sylvestre facétieuse, y compris à l'égard de ses jeunes auditeurs, fabulettement grandis au rythme de ses chansons, alors qu'elle ne cessa pas de s'adresser aussi aux adultes irrésolus que nous demeurons. Presque au point de la croire ressuscitée, grâce à l'initiative de la publication d'un ultime mini album.
par Denys Laboutière
Billet d’édition
2. B.B. King et la légende de Lucille
Il suffit d’avoir admiré son jeu tout en finesse et en agressivité contenue, d’avoir vécu l’émotion provenant du vibrato magique de sa guitare, d’avoir profité de sa bonhomie joviale et communicative sur scène, de son humilité, et de sa gentillesse, pour comprendre qu’il n’a pas usurpé le titre de King of the Blues.
par Zantrop
Billet de blog
Playlist - Post-punk et variants
Blue Monday infini et températures froides bien en dessous de celles d'Ibiza en hiver. C'est le moment idéal pour glorifier le dieu post-punk et ses progénitures art rock ou dark wave, fournisseurs d'acouphènes depuis 1979. Avec Suicide, Bauhaus, Protomartyr, Bantam lyons, This heat, Devo, Sonic Youth...
par Le potar