Essoufflement ? par Laurent Degousé

Ce lundi 30 août, le personnel de la restauration et de dizaines de centres commerciaux devra être en mesure de présenter un pass sous peine de suspension de son contrat de travail. Ces salarié-es, ainsi que ceux de la santé qui sont eux assujettis à l’obligation vaccinale au 15 septembre, sont pas moins de 4,5 millions.

 Source: Arguments pour la lutte sociale (aplutsoc.org)

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Le septième samedi de mobilisation contre le pass sanitaire a été marqué par une nouvelle décrue de la mobilisation, amorcée depuis celui du 14 août dernier.

Avec 160.000 personnes, dont 14.500 à Paris, selon le Ministère de l’intérieur, la participation reste cependant bien supérieure à celle du 17 juillet dernier, date de début de celle-ci.

L’heure de vérité 

Ce lundi 30 août, le personnel de la restauration et de dizaines de centres commerciaux devra être en mesure de présenter un pass sous peine de suspension de son contrat de travail. Ces salarié-es, ainsi que ceux de la santé qui sont eux assujettis à l’obligation vaccinale au 15 septembre, sont pas moins de 4,5 millions. 

Le syndicat SUD Commerce Francilien a lui ouvert une permanence téléphonique suite aux annonces présidentielles du 12 juillet dernier : c’est plusieurs centaines d’appels reçus de la part de salarié-es du commerce et de la restauration, mais aussi de particuliers et d’employeurs ce qui montre la carence de la sécurité sociale, du ministère des affaires étrangères ou de l’économie à expliquer l’application de ce dispositif. La volonté de se conformer à la loi est patente mais se heurte à :
– des problèmes de lecture du QR Code, d’articulation entre la première dose de vaccin et le fait d’avoir contracté ensuite le Covid, d’obtenir son pass depuis l’étranger etc.,
– la volonté d’imposer le pass là où il n’a pas cours sous peine de subir une condamnation identique à celle de s’y soustraire, soit un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende,
– l’imprécision de la rédaction de la loi : faut-il, par exemple, demander le pass pour consommer sur place en boulangerie, une conseillère de vente en pharmacie est-elle concernée par l’obligation vaccinale alors que ces dernières sont accessibles sans ou un professeur autoentrepreneur en salle de sport y est-il assujetti ? 

La situation des centres commerciaux est également éclairante : en effet, la loi autorise les préfets à imposer la production du pass pour accéder à ceux de plus de 20.000 m2 dès lors que la situation sanitaire du département le justifie tout en permettant d’accéder aux biens et services de première nécessité (les magasins alimentaires et les pharmacies entre autre). En région parisienne en particulier, des arrêtés en question ont été pris à partir du 14 août dernier et donnent lieu depuis à des contentieux devant le juge administratif, qui a déjà suspendu plusieurs d’entre eux (le gouvernement a annoncé faire appel). La date tardive de publication de ces arrêtés va aussi mettre en difficulté des salarié-es, alors que beaucoup sont en vacances, y compris en partie vaccinés ou sur le point de l’être. 

Élargir ou se diviser ? 

Gageons que demain, ces nombreux salarié-es suspendus exprimeront à leur tour leur réprobation de la mesure inique dont ils ont font l’objet en gonflant les cortèges des manifestant-es du samedi  tout comme des parents d’élèves confrontés à une rentrée qui s’annonce chaotique. 

Alors que les droits des travailleurs vont directement être attaqués, c’est la vocation naturelle des syndicats de les défendre : c’est le sens de la constitution d’un pôle ouvrier à Paris ce samedi dans la principale manifestation organisée par les Gilets jaunes, pôle à l’initiative de syndicats CGT et SUD qui a parfaitement trouvé sa place y compris en scandant « C’est pas les salarié-es qu’il faut virer, c’est les brevets qu’il faut lever !  » 

L’intersyndicale nationale, qui se réunira ce lundi, risque fort elle, au nom d’une unité élargie à FO, de se cantonner à appeler à une journée de grève et de manifestation, fort éloignée de surcroît, qui apparaîtra en décalage de la mobilisation actuelle. Et la gauche se résout elle à appliquer le pass sanitaire dans ses universités d’été alors même que le Conseil constitutionnel a exclu l’activité politique de son champ… Pourtant, on ne franchira pas un pas supplémentaire dans la couverture vaccinale sans mettre de côté le pass qui, par son autoritarisme, en détourne plus d’un !

En complément tous les jours la rubrique Politiquede la Revue de Presse Emancipation!

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