De quoi la France Insoumise est-elle le nom ?

Ces derniers jours, la presse se faisait largement l'écho de contestations au sein de La France Insoumise. Retour vers une processus de désignation des candidats moins transparent qu'il n'y parait.

A propos de la liste de La France insoumise (LFI) aux élections européennes, Libération publiait le 4 juillet dernier une interview réalisée par Maïté Darnault, correspondante à Lyon, s’intitulant «Tout était verrouillé par la direction au profit de petits arrangements entre amis»

Le Parisien du même jour, et BFMTV le lendemain, se font également l’écho d’un «vent de fronde chez les Insoumis contre la liste de leurs candidats aux européennes» ou de «Rififi à la France insoumise.»

 

En cause, un travail qualifié de malsain par un membre du comité électoral et la présence de proches de Jean-Luc Mélenchon dans les douze premières places, réputées éligibles. Parmi eux, Manuel Bompard, mais aussi Pascale Le Néouannic.

 

Si ces papiers ont le mérite de soulever un problème de fond secouant des militants sincères de la France Insoumise, ils cèdent au sensationnalisme et ne font qu’effleurer les racines du cancer qui commence de ronger LFI et dont le Parti de Gauche en est la métastase.

 

En effet, réduire Pascale Le Néouannic au seul statut de «l’ex de», ou Gabriel Amard à celui de  «gendre de» constitue un fâcheux raccourci qui permet à l’intéressée de se draper dans sa dignité face à une attaque prétendument sexiste. Car, enfin, cette information a autant de rapport avec le sexisme que l’antisémitisme peut en avoir avec la critique de l’hégémonie d’Israël. Ressort dialectique, distendu et éculé, visant à disqualifier toute forme de critique exprimée à l’encontre de la doxa majoritaire.

 

N’en déplaise aux lecteurs assidus de la presse people, le dénominateur commun n’est pas le sexe ou la famille car des questions similaires se posent pour Manuel Bompard et beaucoup d’autres.

 

Peu importe leur engagement politique, c’est la question de l’impartialité du processus démocratique qui se pose.

 

En effet, le 4 juillet dernier, Manuel Bompard qui, pour rappel, fut directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2017 et celle de LFI pour les élections législatives suivantes, membre du comité électoral de LFI en vue des élections européennes de 2019 et figure en 1ere place de la liste des hommes, annonce fièrement les résultats du rapport du comité électoral, à l’issue de la réunion du 30 juin. En préambule, il écrit (fautes incluses) : «Fierté d'avoir travailler avec mes camarades du comité électoral à l'élaboration de cette liste dont nous sommes particulièrement fiers. Quelle autre mouvement politique peut proposer la candidature d'un conducteur de train et d'une aide médicale en EHPAD dans les 8 premiers ?»

 

Ce texte, franchement condescendant et un peu déplacé, présente des femmes et des hommes en position éligible, cheminot.e.s ou aides-soignant.e.s, en les discriminant par leur seul emploi, un peu comme si cette candidature était remarquable alors qu'en démocratie n’importe quel citoyen est apte à représenter le peuple. Au fond, cette double candidature, un peu comme celle de Caroline Fiat a l’Assemblée Nationale, a surtout pour effet de détourner l’attention sur les informations réellement remarquables.

 

Ce sont les membres du comité électoral et la liste des candidats éligibles qui sont riches d’enseignement car, aux dires de La France insoumise, «celle-ci a choisi de mettre en place une méthode d’élaboration de la liste totalement innovante, en rupture avec les mécanismes des organisations politiques traditionnelles (…) Le comité électoral est à cette image, puisqu’il est composé de 32 membres, dont 18 membres tiré·e·s au sort parmi les Insoumis·es et 14 représentant·e·s des différents espaces du mouvement.» Rien de moins.

 

Pour autant, cette rupture annoncée ne résiste qu’assez mal à l’épreuve des faits puisque sur les 29 signataires, 11 sont issus des instances dirigeantes du Parti de Gauche.[1]

 

Il en va de même pour la liste des 12 candidats en position éligible (compte tenu de projections optimistes) et nul besoin d’insinuer des liens présents ou passés avec Jean-Luc Mélenchon pour démontrer à quel point LFI est noyautée par le système partisan en général et le Parti de Gauche (50% des éligibles) en particulier[2].

 

Au surplus, il en allait déjà de même lors des élections législatives de 2017, où le Parti de gauche ne désigne pas de candidats mais dont certains se présentent sous la bannière de La France insoumise. Au total, sur les dix-sept députés de LFI, près des deux tiers sont apparentés, directement ou indirectement, au Parti de Gauche et à son emblématique fondateur[3].

 

Pour comprendre cette mainmise du Parti de Gauche sur La France Insoumise, il faut remonter à l’année 1971, depuis laquelle le PS a multiplié les forfaitures jusqu’à se couper du prolétariat et se jeter dans les bras d’un capitalisme triomphant et décomplexé.

 

Membre du PS depuis 1976, Jean-Luc Mélenchon y restera tout de même 32 ans avant de parvenir - enfin - à ses constats jusqu’à en démissionner en 2008 à l’issue du congrès de Reims.

 

Car, si Mitterrand, son mentor, avait lancé une OPA sur le PS lors du congrès d’Epinay, Mélenchon sait son courant «Trait d’union» très minoritaire et décide de partir fonder le Parti de Gauche, le 12 novembre 2008, seul appareil politique neuf de nature à satisfaire ses ambitions personnelles.

 

Dans le même temps, le 18 novembre 2008, un accord électoral entre le Parti de gauche et le Parti communiste français, préside à la création du Front de Gauche dont l’ambition affichée est de rassembler les forces de la gauche antilibérale notamment hostiles à l'Europe libérale. Victime des divisions internes de la gauche radicale[4], Le Front de Gauche (dont le nom avait  été déposé à l’INPI par Gabriel Amard en 2013) a vécu ce que vivent les roses, et Jean-Luc Mélenchon annonce la fin de cette coalition en juin 2016  au profit de la France Insoumise, créée dès juillet 2016 (nom également déposé par Gabriel Amard le 1er juillet 2016).

 

Depuis deux ans, cette France Insoumise - dernier avatar du marketing politique - adopte une posture loin d’une logique partisane, objet d’une grande défiance de la part des primo-votants, des non-politisés et des électeurs socialistes déçus.

 

Au fond, celle-ci n’est rien de moins que la fausse barbe d'un Parti de Gauche qui avance masqué, abusant de nombreux Insoumis alertés par Simone Weil dès 1940 : «Le mal des partis politiques saute aux yeux, ne sont-ils pas même du mal à l'état pur ou presque ?[5]» et pourtant «Les hommes sont si aveugles, si entrainés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper[6]

 

Déficit de notoriété et charisme de bulot d’un Manuel Bompard abonné aux défaites électorales réunissent les ingrédients d’un de naufrage électoral annoncé dès le prochain scrutin, laissant une fois de plus orphelins ceux qui appellent de leurs vœux sincères un changement vers le dépérissement de l’état au profit d’une libre association.

 

[1] Roland D’Argy, Christian Audouin (communiste insoumis et orateur national LFI)), Boris Bilia (a coordonné les contre-budgets du PG en 2012 et 2013), Martine Billard (co-présidente du PG), Manuel Bompard (secrétaire national du PG), Ibrahim Bouhadjela (signataire de L’Appel des 100 Écologistes contre le Traité Austéritaire en tant que membre du PG), Mathieu Bosque, Halim Brulant, Christiane Chombeau (Parti de Gauche depuis l’origine), Marie-Pierre Choquel (s’occupe du Parti de Gauche sur la région d’Armentières) , Fabrice Delaune (PG – Sud-Ouest du 11/03/2013), Nancy Duboc, Monique Fabre, Catherine Fayet (cheffe de file régional du PG régionales 2015), Laura Golygowski, François Hamant, Catherine Legal (co-secrétaire du PG de Loire-Atlantique), Jimmy Levacher, Coline Maigre, Alexandra Mortet (assistante parlementaire de Mathilde Panot, elle-même issue du PG de l’Essonne), Raphaël Qnouch, Françoise Quainquard (communiste insoumis), Josette Renard, Géraldine Revy (PCF), Louise Rouan, Adrien Siffermann, Rhany Slimane (organigramme LFI), Hanifa Taguelmint, Gilles Wobedo (membre du PG)

[2] Charlotte Girard (PG depuis 2008), Manuel Bompard (secrétaire national du PG), Leïla Chaibi (secrétaire nationale du PG), Younous Omarjee, Anne-Sophie Pelletier, Gabriel Amard (PG depuis 2008), Farida Amrani (PCF), Bernard Borgialli, Laurence Lyonnais (NPA), Benoit Schneckenburger (conseil national du PG), Pascale Le Néouannic (secrétaire nationale du PG), Thomas Guénolé

[3] Ugo Bernalicis, co-secrétaire départemental dans le Nord, Éric Coquerel,  coordinateur du secrétariat national, Alexis Corbière, fondateur, Adrien Quatennens, co-secrétaire du Nord, Bastien Lachaud, secrétaire national, Jean-Luc Mélenchon, fondateur et ex co-président, Danièle Obono (staff de Mélenchon depuis 2005), Mathilde Panot, membre de l’Essonne, Muriel Ressiguier, membre depuis 2012. Ou encore ceux qui ne sont pas encartés comme Clémentine Autain, nièce de François Autain (ancien député puis sénateur socialiste, ayant rejoint le Parti de Gauche en 2008), ou encore Jean-Hugues Ratenon qui a choisi «librement» Alexandre Cailleteau (conseil national du PG) comme attaché parlementaire

[4] Cf. Fabien Escalona – mai 2015

[5] Note sur la suppression générale des partis politique – Simone Weil

[6] Nicolas Machiavel

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