De l'âge de la retraite en politique

67 ans. C'est l'âge auquel Arnaud Montebourg propose de limiter les investitures du PS pour les prochaines élections législatives. Il s'agirait donc, pour les vieux de la vieille, les anciens du parti, compagnons de Mitterrand et autres bolcheviks (sic) des temps anciens de ne plus monopoliser les circonscriptions pour laisser la place à leurs (déjà vieux) dauphins et surtout dauphines.

Après la parité, les Primaires, c'est donc une nouvelle refonte du corps éligible que veut impulser Arnaud Montebourg : place aux jeunes. Il a écrit au PS (article de France-Soir) pour que celui-ci choisisse d'adopter une règle de conduite en la matière, assurant que plus de la moitié des élus socialistes concernés (les plus de 67 ans) avaient assuré de leur intention de ne pas se représenter (parmi lesquels Lang et Bianco). Reste une dizaine d'immortels à convaincre...

Dans le même temps, Jean-Pierre Chevènement annonçait son intention de se présenter à nouveau à l'élection présidentielle de 2012 pour son mouvement, le MRC (Article de Mediapart). Le sénateur du territoire de Belfort est né en mars 1939, il aura donc 73 ans lors de l'élection prochaine. Cet ancien ministre socialiste a donc raison de ne plus être dans le parti de la rue de Solferino, puisqu'il aurait été de fait, si la mesure préconnisée par Montebourg est adoptée, été déclaré inapte pour se présenter à l'élection. Il n'aurait peut-être même pas pu renouveller son siège de parlementaire, dans un parti tel que le voudrait l'élu de Saône-et-Loire.

S'il s'appuie sur la parenté de certaines de ces idées avec celles d'Arnaud Montebourg pour expliquer son engagement, si les deux hommes s'apprécient et défendent des valeurs communes, on voit tout de même qu'il reste un fossé entre leurs deux conceptions de la politique. Innamovible du paysage politique français, Chevènement est typiquement de ceux qui bloquent ce renouvellemnt générationnel que Montebourg appelle de ses voeux.

Il aurait sans doute été mieux inspiré d'afficher son soutien à Arnaud montebourg et à ses idées pendant la campagne de la Primaire plutôt que de brandir aujourd'hui une candidatuer que beaucoup d'observateurs ne jaugent que sous la forme d'un ballon d'essai, comme en 2007, afin de négocier aux postes des circonscriptions avec le PS (article du Monde).

L'utilisation des lettres publiques de Montebourg, pour obtenir des prises de position entre les finalistes de la Primaire, comme aujourd'hui pour obtenir un engagement du PS à renouveller le personnel politique met le parti de Martine Aubry et François Hollande dans l'obligation de se positionner. Il les contraint ainsi, en alimentant le débat public, à clarifier toujours leurs positions. C'est un peu l'inverse de ce que fait Jean-Pierre Chevènement qui, par un chantage au ballotage, met en danger la gauche pour la survie d'un mouvement qui, même s'il porte des idées, aurait une place plus utile au sein du PS qu'à l'extérieur.

L'âge de la retraite est décidément une question d'actualité. Même au PS et au MRC. "Il faut savoir écouter Jean-pierre Chevènement" prévient également Montebourg. Certes, en fin politicien, il sait que la pression chevènementiste sur Hollande peut faire progresser ses idées sur la démondialisation, que les députés MRC seront souvent proches de ses positions. Il faudrait également dire à Jean-Pierre Chevènement qu'il faut savoir écouter Arnaud Montebourg... quand à savoir laisser la place aux jeunes, quiqu'en disent (avec beaucoup d'humour) les gériatrophiles Léon et Paulette (Billet de blog : Chevènement et Gramsci).

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