DSK est innocent

DSK est innocent, puisqu'il ne fait l'objet d'aucune condamnation. Pourtant, la présomption de culpabilité est visiblement suffisante pour que des journalistes s'emparent de l'affaire et lancent une campagne de moralisation nécessaire des moeurs des personalités publiques.

DSK est innocent, puisqu'il ne fait l'objet d'aucune condamnation. Pourtant, la présomption de culpabilité est visiblement suffisante pour que des journalistes s'emparent de l'affaire et lancent une campagne de moralisation nécessaire des moeurs des personalités publiques. La France, jusqu'à présent était épargnée par ce genre de polémique nauséabonde sur le niveau de "moralité" exigible des élus. On se gargarisait même de la liberté laissée durant des années à un François Mitterand grâce à un conscensus du silence entre tous les journalistes. Aujord'hui, on parle d'omerta et de connivence. Qu'est-ce qui a changé? Rien.

L'article d'Antoine Perrault (lien) qui se cache dérrière le féminisme pour réclamer une inquisition plus vigilente de la vie privée de chacun, évoquant avec délectation les frasques passées et les sanctions de l'époque gaulliste d'avant 68, le bon temps, finalement, de l'ordre moral, est assez emblématique du discours ambiant : respectons la présomption d'innocence, mais c'est vrai que des tendances auraient pu permettre de prévoir...

C'est pourtant clair. DSK est accusé d'un crime. Il a plaidé non-coupable, donc il est toujours innocent. L'un des rares à le défendre vraiment au PS, Robert Badinter, rappelle que ce choix, s'il est coupable, peut lui coûter jusqu'à 70 ans de prison. Il joue donc sa vie, pas seulement sa carrière, dans cette histoire. Il peut être condamné à mourir dans les prisons américaines, car il a choisi d'affirmer son innocence. S'il est coupable et que cela est démontré, la terrible sanction sera d'autant plus impitoyable qu'il est un personnage important. Personne, je pense, n'accuse la justice américaine de complaisance ou de laxisme sur ces sujets. Les droits des femmes, la justice pour la victime s'il y a lieu, seront sans aucun doute assurés.

S'il est coupable, que cette défense est un déni de réalité, il sera donc largement assez sanctionné sans que l'on abîme et meurtrisse aussi sa famille, son passé, ce qui reste encore de sa vie. Ce n'est pas de politique qu'il est question ici, mais bien d'humanité. L'article de Mme Vadrot (lien) le rapelle bien en hudgeant inadaptée le choix de Daniel Mermet sur France-Inter de laisser à l'antenne se défouler les anti-DSK. Au nom de l'adversité politique, des militants de gauche rejoignent le discours ignoble tenu par Mme Le Pen : "tout le monde savait bien, dans les dîners en ville, que les frasques de M. Strauss-Khan..."

Les blogs et les commentaires sur Mediapart vont malheureusement souvent dans le même sens. C'est un évènement, on peut en parler, mais il est tout de même absurde, parce que l'on a aucun élément factuel nouveau sur les faits, d'aller chercher de la présomption de culpabilité dans la vie personnelle de Dominique Staruss-Khan.

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