Slovaquie mon amour

La mort du dernier président tchécoslovaque est aussi la fin d'une page de l'Histoire slovaque. La partition de 1992 n'y a rien changé, Tchèques et Slovaques sont deux nations soeurs dont le destin fait tourner les images comme deux faces d'une même pièce. Deux nations, trois même avec les Moraves, une Histoire. Des langues qui divergent si peu que longtemps les Tchécoslovaques ont écouté la même télévision et lu les mêmes livres.

La mort du dernier président tchécoslovaque est aussi la fin d'une page de l'Histoire slovaque. La partition de 1992 n'y a rien changé, Tchèques et Slovaques sont deux nations soeurs dont le destin fait tourner les images comme deux faces d'une même pièce. Deux nations, trois même avec les Moraves, une Histoire. Des langues qui divergent si peu que longtemps les Tchécoslovaques ont écouté la même télévision et lu les mêmes livres.

Et pourtant, quand on parle slovaque à Prague, ils font comme s'ils avaient du mal à comprendre et répondent aujourd'hui en anglais, jadis en russe. La vignette de l'autoroute est encore valable dans les deux pays, beaucoup de Slovaques ont de la famille à Ostrava, Brno ou Pargue et beaucoup de Tchèques ont un chalet dans les Tatras slovaques (petites carpates).

La mort de Vaclav Havel est la mort d'un Tchèque, mais aussi d'un Tchécoslovaque. Les frontières séparent plus que jamais ces anciens Etats fédéraux, comme la Yougoslavie ou même l'URSS. Le communisme avait gelé ces visions de l'Esprit qu'étaient ces entités héritées de l'explosion des Empires d'Europe centrale,des traités de Trianon et de Versailles. Ces peuples cousins, écartelés depuis des siècles entre les puissances germaniques, turques et russes, pouvaient s'associer pour contrebalancer leur faiblesse, numérique, politique, économique, territoriale.

L'Union Européenne joue aujourd'hui ce rôle de ciment. Même si les Tchèques n'ont pas adopté l'Euro (au contraire des Slovaques), la libre circulation dans l'Union et l'implantation des usines allemandes a permis un décollage rapide de la région capitale de Bratislava. L'ancien CAEM des pays de l'Est (accords de coopération sous l'égide de l'URSS) a été avantageusement remplacé par les accords de l'UE et la mise en place de synergies économiques à l'échelle continentale. Les plus malins ont su retirer des fortunes, et les Autrichiens ont fait main basse sur le patrimoine immobilier des slovaques de la plaine pour une bouchée de pain lors de l'ouverture des frontières. Malgré tout, la vie à Bratislava n'a jamais été aussi animée.

La crise européenne actuelle, la possibilité de la disparition de l'Euro et la fin de la coopération économique, dans ces pays devenus trop petits pour être réduits à leurs frontières, signifieraient un véritable état de régression économique. Le décollage économique de Prague, le nouveau visage de Bratislava, mais aussi de Budapest sont liés à l'Europe. La crise de l'Union met en péril ce modèle et va donc jusqu'à remettre en cause l'intérêt de la révolution de velours de 1989 dont Vaclav Havel fut l'un des artisans.

Comment comprendre l'Europe centrale si l'on enlève l'idée d'Europe. Alors ces relents nationalistes, ces gouvernements de plus en plus conservateurs et de plus en plus agressifs envers leurs voisins, jouant sur les haines recuites entre Slaves, Roumains et Magyars, sans même parler des tziganes, sont les fossoyeurs de l'avenir. Comme en France où la Lepenisation des esprits a pris les traits d'une fille de son père, comme en Pologne où l'ultra-libéralisme masque mal l'ultra-nationalisme, comme en Slovquie ou en Hongrie où se multiplient les brimades linguistiques face aux minorités et l'exaltation d'anciens royaumes englobant autrefois les pays voisins.

Il s'agit de réfléchir, aussi en mémoire de Vaclav Havel, opposé à la partition téchécoslovaque au véritable sens de la nation, communauté de vie et d'avenir, de partage et d'espérance. Pas de destruction. Même si la Slovaquie s'est séparée de la Bohême-Moravie lors de son annexion en 1939 par le Reich nazi, ce sont bien deux hommes, un Tchèque et un Slovaque, qui ont assassiné Heydrich, le Reich-Protektor de Bohême en poste en Prague en 1943. Le président Benes, en exil à Londres, le voulait ainsi. Vaclav Havel voulait que se perpétue l'Etat tchécoslovaque. le nationalisme et l'égoïsme sont pourtant en train de l'emporter, en Slovaquie, comme dans le reste de l'Europe : directoire francco-allemand, zone euro réduite, sanctions contre les gouvernements, fin de la coopération pour passer à une compétition...

Quelle Europe voulait Havel? Certainement pas celle qui réinvente les frontières et les conflits, dans une course à la dette et une fuite en avant.

heydrich1-627x480.jpgHeydrich à Prague

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