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Ce n'est pas une vulaire faute d'orthographe, une hasardeuse approximation comme il en fleurit sur tant de nos blogs. Il ne s'agit pas de prêter des caractères humains à ce qui nous entoure, mais plutôt de penser en terme de troupeau le genre humain. Les récents déboires sondagiers dans la primaire des Verts devraient nous faire réfléchir sur notre fonctionnement collectif.

L'être humain, comme le gnou, a souvent tendance à développer son instinct grégaire plus qu'il n'est nécessaire. Il est donc possible de prédire, à la réaction d'un échantilon donné, la réaction de l'ensemble du troupeau. Mediapart, fort heureusement nous épargne l'égrenage quotidien de sondages de popularité et leur commentaire composé, mais il n'empêche que d'autres n'ont pas cette délicatesse et que ces analyses éoliennes finissent par polluer tous les débats, d'idées ou d'égo.

Les vacances de M. Hulot ne sont pourtant pas celles des sondeurs, qui rejouent la même partition d'improbables pour la primaire socialiste, avec des écarts définitifs entre candidats alors même que la plupart des futurs votants n'ont pas encore fait leur choix. Pour valider ces élucubrations, les analystes de l'opinion (sic) doivent compter sur l'antroupomorphisme, ou la moutonnière tendance à suivre l'opinion communément répandue en l'absence de réflexion autonome.

Quand on ne sait pas quoi faire, on fait comme les autres. Cet adage a longtemps garanti le fonctionnement de la république romaine, où les clients observaient le vote de leur "patron" avant de l'imiter parce que ce qui était bon pour lui était, certainement, bon pour lui et qu'il serait peut-être ainsi bon pour eux après. Ce suivisme, qui remplace l'intelligence par le bon sens, la raison par la résonnance, est le contraire de la démocratie, la porte ouverte à toutes les démagogies. Les inquiétantes fluctuations des scores putatifs de Marine Le Pen sont l'exemple parfait d'une caisse de résonnance médiatico-sondagière qui entraine la détermination de stratégies possibles sur... du vent.

On pourrait donc croire que l'antroupomorphisme voue à l'échec toute forme de renouveau politque. C'est évidement faux. Pas seulement parce que des journalistes et des citoyens refusent de ne se laisser guider que par l'onde versatile des opinions-ways, mais aussi parce que, comme des diamants dans la fange, certaines idées restent invariablement au-dessus des "torrents de merde" dont parlait Manuel Vals. Le plus bel exemple récent de victoire d'un candidat populaire face à l'establishment est celle de Barrack Obama, créant un enthousiasme depuis longtemps oublié lors d'une désignation aux primaires démocrates puis d'une élection présidentielle. La défense d'idéaux, exposés avec rigueur et méthode, a primé sur la com dominante lors des dernières élections. La mobilisation des militants et sympathisants a permis une montée en puissance du candidat, relayée par internet, au-delà du cercle traditionnel de l'activité politique.

Qui donc peut dynamiter l'antroupomorphisme en France? Certainement pas un candidat réchauffé ou rassurant...

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