images?q=tbn:ANd9GcTolZw_3t1tYhsodgvLrcw15ACXRCHfnW9f74v42jVme81sglPX

C'est le tweet du jour (article de Midi-Libre). Seul département français a avoir placé Marine Le Pen en tête, il apparait sur les cartes de France couleur merde, parfois violacé, ou noir... ce n'est pourtant que mon département. On peut toujours discuter les chiffres : dans le Gard, la candidate du FN ne devance que de très peu François Hollande. Jean-Luc Mélenchon y a fait deux points de plus qu'en moyenne et Sarkozy deux points de moins. On peut donc arguer que l'équilibre gauche-droite est en rapport avec la moyenne, sauf qu'ici Marine Le Pen arrive quand même première. Et que la tache couleur merde est bien sur le Gard, et nulle part ailleurs. C'est bien pratique du coup, comme exutoire à une honte nationale, que de qualifier de "département de la honte" le Gard. N'empêche que les faits sont là. L'image est forte, l'odeur insupportable.

La situation est pourtant si diverse. Les Cévennes sont toujours à gauche, ce sont les retraités, les commerçants et les jeunes au chômage du littoral qui ont voté "contre les arabes", reprenant les antiennes de la sarkommunication (Sarkozy est d'ailleurs passé durant la campagne, sans aucun effet : reportage Mediapart). D'un village à l'autre, c'est bien différent. Parfois Hollande arrive en tête, mais parfois c'est aussi Le Pen qui est à plus de 30%. Dans des villages de 500 habitants, où tout le monde se connait, où la délinquance est inexistante, on voit un FN qui concerne 1/3 des habitants. Je vis à côté et ne comprends pas vraiment. Le conseil général est à gauche, mon député aussi. La mairie est classée divers gauche. Je travaille au collège de Sommières, où il fait bon vivre, où il n'y a pas de problème particulier.

C'est vrai que je ne connais pas les enfants du collège privé. Peut-être que c'est les parents de ceux-là qui ont plus peur? Peur de quoi d'ailleurs? Ce qui me fait peur, à moi, c'est de croiser Gilbert Collard qui fait la tournée des bureaux de vote. Il sent qu'il peut être élu ici, il sent l'odeur de la peur. On ne l'avait jamais vu, mais depuis deux mois, il se montre au marché, il vient les jours d'élection, avant de rentrer à Paris pour le soir passer à la télé et éructer contre les sondages et les attaques contre son parti, celui des Le Pen, le FN.

Personne ici ne lui parle vraiment. On aurait honte, je pense. Et puis ces types, en costard autour de lui, ce n'est pas plus naturel que son brushing de chanteur à la retraite. Voter FN en cachette, c'est une chose. L'assumer en public, c'en est une autre. A Sommières, c'est Hollande qui est arrivé en tête, quand même. Mais ailleurs, on dirait que plus le village est petit, plus on a peur des autres.

Sarkozy a abîmé mon pays. Le Pen a sali mon département. 

Le changement, c'est urgent.


 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.