La démocratie horizontale

Cela n' a rien à voir avec DSK. Quoi que... en réfléchissant bien, on peut le considérer comme un incaranation de l'ordre ancien, l'ordre vertical.

Comme souvent, tout est parti de là où l'on y pensait le moins. Un pays vertigineusement vertical, la Tunisie. Le printemps arabe a ensuite été contagieux, l'Egypte a suivi. Les autres dictateurs, avertis, ne s'en sont plus laissé conter : la place de la Perle a disparu, la Lybie et la Syrie sont à feu et à sang, la répression des monolithes verticaux ne se laisse plus déstabiliser sans broncher. Mais c'est trop tard, le parfum du jasmin, comme la fumée d'un volcan d'Islande, s'étend sur le monde. Les particules politico-actives contaminent et essaiment, un peu partout. La mobilisation en Espagne fait revivre le le mois de Mayo à Madrid. A la Puerta del Sol, la révolte du Dos de Mayo s'affiche comme au temps de Goya. Quel Napoléon osera la répression du lendemain, Tres de Mayo?

Les manifestations pacifiques se répandent, partout en Europe et dans le monde. Il faudra longtemps attendre encore pour déraciner les menhirs du système vertical, mais l'horizontalité gagne du terrain. Il n'est pas question dans les "démocraties occidentales" de tirer sur la foule, comme Kadhafi ou El-Assad, alors donc, comment vont-ils briser ce mouvement? Avec le printemps arabe, la force de l'horizontalité s'est affirmée grâce aux nouveaux moyens de communication. La télé ne contrôle plus les gens, les gens contrôlent internet. Rien ne peut plus débrancher le monde, il est sans fil et veut briser ses chaînes.

L'horizontalité, c'est le refus de toute organisation hiérarchique, c'est l'atomicité individuelle qui choisit d'abdiquer pour une cause commune. Pas de l'argent, pas des avantages sociaux, pas une cause humanitaire, juste pour changer l'avenir, choisir l'avenir. La vraie démocratie maintenant, disent-ils en Espagne, en écho à la démocratie exigée dans les rues arabes. Cette liberté nouvelle, c'est de ne pas s'assujétir à un organigramme, à un chef, à un programme, à un système, à une doctrine.

C'est l'inverse de l'organisation de "révolutionnaire professionnelle, avant-garde du prolétatriat" de Lénine toujours phantasmée par l'extrême gauche. C'est l'inverse su consensus mou, toujours revendiqué par la social-démocratie réaliste. C'est l'inverse du syndicalisme archaïque et corporatiste avec ses défilés si souvent sclérosés et ritualisés, c'est l'inverse de l'égoïsme nationaiste qui prévaut dans toutes les analyses économiques, c'est l'inverse de tout ce qui vient d'en haut, les modes et les mots d'ordre, les idées qui n'en sont pas. Les slogans ne sont écrits par personne et chantés par tous.

Jusqu'en Amérique du sud, dernier bastion de la gauche mondiale, on demande que le monde change. En Chine et à Cuba, la peur panique d'Internet traduit la peur du pouvoir devant la révolution horizontale qui se profile. Certains, habiles, ont su utiliser le moyen, comme Obama pour se faire élire. D'autres, qu'on pense au site de l'UMP et à Besson, sont totalement passés à côté de l'objet. La cyber-organisation a déjà ses héros, de Julian Assange aux Hackers. Quelle presse est aussi réactive qu'internet, comment peut-on retourner chercher l'information sur papier sans se sentir privé de son droit d'indignation?

Lorsque la majorité silencieuse l'est de moins en moins et que l'organisation ne dépend plus d'une stratégie, lorsque la manipulation des élites se fait par la masse, que le monde se retourne pour ne plus marcher sur la tête, alors la Révolution a lieu. Elle n'est plus celle des barricades, mais celle, numérique, de l'organisation horizontale. Elle s'étend et se répand, en sites miroirs et occupations de places. Ce n'est pas une mode, mais un mode d'organisation nouveau, que nos vieux dirigeants restent incapables de comprendre.

Comme dans une révolution culturelle, il va falloir apprendre à désapprendre, pour enfin comprendre que pour regarder vers le futur, il ne suffit plus de lever les yeux au ciel, mais de les poser sur toi.

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