Un vote PS = Un vote FN

C'est le slogan UMP placardé sur les bords des routes dans le Gard. Comme si les électeurs étaient stupides. Comme si le FN était de droite. Comme si le PS était dangereux. Comme si le FN ne l'était pas.

Cette campagne électorale législative, dans le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Doubs, la Moselle, ailleurs encore, a clairement fait bouger les digues. Certains élus se sont carrément désisté pour "faire barrage au PS" (Le maire UMP des Saintes-Maries-de-la-mer face à Michel Vauzelle). D'autres auraient voulu le faire mais ont été convaincus par les pressions d'appareil UMP et quelques coups de fils menaçants d'un maintien de fiction : ils ont ainsi conservé leur électorat modéré (qui aurait pu voter PS) et perdu leur électorat droitier qui a voté FN (permettant par exemple l'élection de Gilbert Collard ou Marion Maréchal Le Pen). Ces pseudo-maintiens, hésitants et sans campagne, sont finalement pires que des retraits. Ils empêchent l'idée du front républicain et favorisent le Front National.

Les électeurs FN, la présidentielle l'a montré, ne sont pourtant pas de droite. Ils ne se reconnaissent pas dans la politique européenne, libérale, mondialiste et Atlantiste de l'UMP. Ils détestent la finance, les parachutes dorés et les salaires indécents. Le report des votes vers la droite est loin d'être systématique, comme l'a montré l'élection présidentielle. Les ouvriers, les jeunes, nombreux à voter FN, premières victimes de la crise et des inégalités n'ont pas d'idéologie de droite, contrairement à beaucoup de dirigeants du FN. Il s'agit d'une prise au piège de cet électorat qui se laisse entraîner dans les simplistes raccourcis xénophobes : contre les arabes, contre les étrangers, contre l'autre... parce que ce ne peut pas être de ma faute, parce qu'on a volé ma voiture... et que le gouvernement ne fait rien.

En charge de la sécurité publique, prérogative régalienne, l'UMP a échoué dans son combat contre l'insécurité, thème d'élection de Nicolas Sarkozy. Le nationalisme, qu'il a voulu reprendre au FN, a été une nouvelle fois abîmé par les débats scabreux sur l'identité nationale, sur des faits divers extrapolés et des déclarations provocatrices des successifs ministres de l'Intérieur. Malgré cette drague assidue, malgré les mensonges de Nicolas Sarkozy sur le vote communautaire, malgré tous ces épouvantails, l'échec de l'UMP à capter les voix du FN est patent. La très forte abstention aux Législatives est d'abord l'abstention des déçus de l'UMP. La Gauche a voté et elle a élu une majorité solide. Le FN a voté, il réussit à avoir une députée de 22 ans et un vulgaire provocateur de polémiques. Il réussit surtout à être devant l'UMP dans bien des circonscriptions.

Reste au gouvernement PS à convaincre sur sa droite et sur sa gauche, que la politique réformiste engagée est la bonne. reste au PS à faire partager ses convictions aux déçus de la droite qui ne votent plus et aux déçus de la vie qui se sont tournés vers le FN. Reste à l'Assemblée d'affirmer, par le pluralisme des courants et des idées qui composent le PS, que les valeurs communes de la démocratie ne sont pas négociables. Il faut aussi réformer les institutions qui souffrent du présidentialisme, il est nécessaire de laisser l'opposition s'exprimer et de lui montrer que la dilution dans le FN est un naufrage inacceptable. Il faut que les électeurs de droite républicains sanctionnent les dérives dans leur parti. Le combat contre le FN, contre la xénophobie et contre la haine ne doit pas âtre laissé à l'extrême-gauche. Le PS s'est mobilisé, partout où le FN était fort, pour s'ériger en rempart contre le FN. Ce rôle, ailleurs en France, ne doit plus être dévolu au FdG, mais être partagé par toutes les forces de gauche.

Une voix PS = Une voix anti-FN. Cela doit devenir une évidence. Ce n'est pas le PS qui, bien souvent, joue de la connivence entre ses élus et militants et ceux du parti de la famille Le Pen pour faire élire des frontistes en lieu et place des Républicains.

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