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Billet de blog 25 août 2011

Un préfet interdit l'hôpital à Montebourg

Mardi 23 août 2011, à Argentan en Normandie, la préfecture de l'Orne a interdit une réunion à l'hôpital entre Arnaud Montebourg et Michel Renaut, qui dirige l'établissement hospitalier.

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Mardi 23 août 2011, à Argentan en Normandie, la préfecture de l'Orne a interdit une réunion à l'hôpital entre Arnaud Montebourg et Michel Renaut, qui dirige l'établissement hospitalier.

L'hôpital est public. Son fonctionnement intéresse donc les représentants du peuple, et donc les députés. Arnaud Montebourg est député, élu en Saône-et-Loire, représentant à ce titre de la Nation, comme ses 576 collègues de l'Assemblée. La représentation nationale n'est pas locale, et si un député est élu dans une circonscription, il se doit de défendre tous les Français, sans aucun favoritisme territorial. Cela dit, quoi de plus normal qu'un élu rencontre des médecins à l'hôpital pour s'enquérir de leurs difficultés et évaluer les mesures qui amélioreraient leur travail? Quoi de plus naturel qu'un député se déplace sur le terrain afin d'évaluer les politques publiques? Si ce député est de plus candidat déclaré à la future élection présidentielle après l'étape des primaires citoyennes, cela ne fait que renforcer la nécessité qu'il rencontre les Français.

Pourtant, mardi 23 août 2011 à Argentan en Normandie, la préfecture de l'Orne est intervenue et a interdit une réunion à l'hôpital entre Arnaud Montebourg et Michel Renaut qui dirige l'établissemnt hospitalier. On peut s'étonner d'une telle interdiction préfectorale, alors qu'il est du devoir des fonctionnaires de faciliter le fonctionnement démocratique des institutions républicaines, et dans ce cadre de concourir à ce qu'un membre de la représentation nationale puisse librement exercer son mandat d'élu. La préfecture de l'Orne a préféré arguer que l'hôpital n'était pas un lieu de débat politique. La table ronde d'un élu avec des médecins est donc qualifiée de "débat politique", ne s'agit-il pas pourtant simplement d'une consultation nécessaire entre les élus et les services publics?

Dans le cadre de la camapagne des primaires citoyennes de gauche, Arnaud Monteborg se déplace sur le territoire national. C'est en essayant de disqualifier cette primaire et la campagne qui l'entoure que la préfecture a cru bon de faire du zèle. Mais M. Montebourg n'en reste pas moins un élu du peuple et il est difficilement soutenable qu'un préfet lui interdise l'accès à un hôpital, quand il y est convié par le chef de cet établissement pour discuter avec les médecins. La réunion a donc dû se tenir finalement à l'extérieur de l'hôpital, le député Montebourg et les médecins ont dû s'adapter au caprice de la préfecture.

Ce coup d'éclat préfectoral, teinté d'anti-socialisme, a peut-être sa source dans la récente nomination de Joël Bouchité à la préfecture de l'Orne. Ce nouveau préfet en poste seulmement depuis le 20 juillet 2011, a été durant l'année précédente "conseiller de la présidence de la République pour la sécurité intérieure". Il travaillait donc directement à l'Elysée, avec Nicolas Sarkozy. Il a sans doute jugé que la venue de M. Montebourg dans un hôpital était de nature à menacer la sécurité du déoartement de l'Orne. Sa sécurité politique peut-être?

Nommé Préfet de l’Orne le 20 juillet par le conseil des ministres, Joël Bouchité est entré officiellement dans ses fonctions lundi 22 août. (préfecture de l'Orne : lien)

Directeur central du service de 2006 à 2008 et Préfet, Conseiller pour la sécurité intérieure à la Présidence de la République depuis juillet 2010. Agé de 54 ans, Joël Bouchité a effectué toute sa carrière dans la police, au service des renseignements généraux.

Pour mémoire, un article publié sur le Post qui raconte la visite de Nicolas Sarkozy à l'hôpital de Villejuif : toutes les consultations annulées, tireurs d'élite sur le toit, contrôles d'identité avec bulletins de salaire des employés... (lien)

Heureusement que M. Boucité n'était pas alors responsable, il aurait interdit la venue du chef de l'Etat sous le prétexte invoqué contre la venue de M. Montebourg : un hôpital sert "à soigner les malades, pas à accueillir un débat politique" .

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