Le bruit et l'odeur de l'UMP

En suivant la campagne des législatives dans le Gard, dans ma circonscription, la seconde, j'ai appris à connaître celui qui est le député sortant de l'UMP. Personnage inconnu au niveau national, je pensais qu'il s'agissait d'un vieil homme politique cumulard lambda... mais en fait, c'est plus compliqué.

En suivant la campagne des législatives dans le Gard, dans ma circonscription, la seconde, j'ai appris à connaître celui qui est le député sortant de l'UMP. Personnage inconnu au niveau national, je pensais qu'il s'agissait d'un vieil homme politique cumulard lambda... mais en fait, c'est plus compliqué. Quelle ne fut pas ma surprise, en effet, en tombant sur un article de l'express (ici) où il explique que "La droite doit assumer ses options idéologiques, se montrer plus cohérente: être vraiment de droite." Très bien. En quoi cela consiste-t-il, donc, d'être vraiment de droite? Il me semblait pourtant que sous le quinquennat de M. Sarkozy, avec le gouvernement Fillon soutenu par M. Mourrut, la politique menée avait été de droite.

Plus à droite, donc? M. Mourrut l'exprime peut-être dans cette autre phrase : "Il faut arrêter la langue de bois, ne pas se cacher derrière son petit doigt, les causes sont connues: l'insécurité, l'immigration, le comportement d'une certaine population étrangère qui agresse et insulte nos jeunes. " Nous y voilà. Une certaine population étrangère, donc, c'est à dire certainement des clandestins, des hordes d'Africains qui traversent la Méditerrannée en barque et qui sautent sur les gentilles petites têtes blondes qui trempent les pieds au bord des plages grauléennes. Rappellons en effet que l'immigration économique a cessé en France depuis les années Giscard et le début de la crise. Peut-être que M. Mourrut veut interdire les étudiants étrangers et les marriages mixtes, ou les adoptions?

Il serait impensable que M. Mourrut parle d'autre chose, car il est certain que les enfants des ouvriers agricoles qui travaillent dans les maraichages de petite Camargue depuis les années 70 sont Français. Remettre en cause le droit du sol, cela ne serait pas digne d'un Républicain. Je ne pense pas que ces ouvriers, aujourd'hui âgés pour la plupart, à la retraite souvent, soient capables d'agresser nos jeunes. En République, leurs enfants sont nos jeunes, me semble-t-il, d'après un bien vieux texte qui garantit à tous l'égalité des droits au-delà des différences religieuses, etc.

Comment donc reconnaître cette certaine population étrangère dont parle M. le député-maire Mourrut? Peut-être la manière de parler (un accent allemand trahissait bien l'envahisseur allemand, cela a dû marquer sa jeunesse). Peut-être la couleur de peau ou les pratiques religieuses, mais cela serait puni par la loi, donc hors de question. L'odeur? Puisqu'on est dans les préjugés, allons jusqu'au bout. Je ne sais pas en fait, comment reconnaître ces agresseurs violents, qui insultent nos jeunes. Parce qu'il y a aussi nos jeunes. Y a-t-il des critères ethniques permettant de s'insérer dans ce "nos"? Parle-t-il de sa propre famille? M. Mourrut a le sens de la famille (sa belle-fille compose son équipe parlementaire, par exemple). M. Mourrut a aussi le sens de la jeunesse, toujours vert à 73 ans et sollicitant un nouveau mandat qui lui permettrait de faire partie de ces élus qui approchent de 80.

C'est donc l'insécurité qui est en cause à cause de  "l'angélisme des bien-pensants" dont il ne manquera pas de qualifier cette chronique. Il est certain que je préfère cette qualification à celle du démoniaque des mal-pensants, mais peu importe. La seule excuse de M. Mourrut devrait s'écrire avec NN, c'est le célèbre avocat marseillais chasseur de caméras, Gilbert Collard. Rival à droite sur la seconde circonscription du Gard, il peut se targuer des 25% de Marine Le Pen à la présidentielle pour prévoir une traingulaire (article de Mediapart). Il a beau jeu d'attaquer M. Mourrut sur la sécurité, puisque en tant que responsable municipal et national il était compétent sur ces questions (quoiqu'il fasse porter la responsabilité sur la région et le département socialistes, alors que ce n'est pas dans leurs attributions). La course à la droitisation bat donc son plein, ici.

Entre une droite UMP qui se veut plus à droite encore et un FN "mariniste" qui ne se veut plus extrême mais simplement "vraiment de droite", la différence devient pour le moins ténue. Surtout que, durant son mandat et sur le territoire de sa commune, M. Mourrut a demandé des subventions et a favorisé l'implantation d'instituts catholiques d'enseignement (dirigés par son collègue député UMP du Gard, Yvan Lachaud), sans doute afin de permettre plus de mixité sociale et culturelle dans les écoles de la République.

Cette dérive, encouragée par le conseiller Buisson, et constatée au plus haut niveau de l'Etat (Tariq Ramadan appellant à voter socialiste, sic) se retrouve donc au plus haut niveau de l'Etat. Pour éviter une perte totale des valeurs républicaines à l'UMP, pour dire non à ce genre de discours qui n'arrive pas à masquer l'échec des politiques urbaines, sociales, culturelles, éducatives de la droite au pouvoir depuis dix ans, il faut donc que les électeurs traditionnels de la droite républicaine reportent leur choix sur la candidate socialiste (Katy Guyot... tiens, une femme) seule capable de faire barrage à la droite de la droite. Ici, l'UMP de Mourrut et le FN de Collard, c'est bleu marine bonnet et bonnet bleu marine.

 

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