Plus de Mediapart, plus de Sarkozy

Cela marche dans les deux cas. En prononçant ou non le S terminal de "plus". Avec le S : Si Sarkozy était réélu, sait-on jamais, Mediapart aurait au moins un quinquennat assuré de publication et d'éditoriaux, de parti pris et de scandales à répétition.

Cela marche dans les deux cas. En prononçant ou non le S terminal de "plus". Avec le S : Si Sarkozy était réélu, sait-on jamais, Mediapart aurait au moins un quinquennat assuré de publication et d'éditoriaux, de parti pris et de scandales à répétition. La raison qui pousse d'abord à s'abonner, c'est Sarkozy. Le mot clef le plus fréquent, le sujet du plus grand nombre d'articles, c'est toujours Sarkozy.

En serait-il autrement sous une autre présidence? Des scandales, Ewy Plenel en divulgait déjà sous Mitterrand finissant, les histoires Chirac et Balladur font encore les choux gras des éditions spéciales et de la chronique judiciaire, mais surtout parce qu'elles éclaboussent l'actuel président. Sarkozy, par la haine qu'il inspire à beaucoup est la tête de gondole idéale pour un journal qui s'affirme de plus en plus clairement comme de gauche. Les précautions d'usage lors du lancement, les ouvertures au centre et à droite se sont faites si rares et si timides qu'il est aujourd'hui impossible de se présenter comme de droite et d'être écouté par les Mediapartiens.

Sans le S : Si Sarkozy est battu. Cella dépend par qui, évidement. Il semble cependant probable que la présidence reviendrait alors à François Hollande. Mediapart pourra toujours donner suite aux affaires en cours, participer à la curée judiciaire qui ne manquera pas de suivre la fin de règne qui s'est le plus distingué par le conflit d'intérêt et la magouille en tous genres. Mediapart pourra se positionner à gauche de Hollande, le critiquant sur son manque d'énergie et de volonté de modifier le système. Mais bon, étant orienté à gauche, notre journal en ligne devra bien admettre qu'il y a des progrès et des choses qui avancent. Et puis surtout, il aura du mal à recruter sur une haine viscérale du pouvoir en place. Il semble que François Hollande soit plus enclin à ne rien inspirer plutôt qu'à cliver la société en groupes opposés.

Le modèle polémique actuellement à l'oeuvre dans le journal se devrait donc d'évoluer, quittant la course au scandale pour développer l'analyse. Certains journalistes de Mediapart le font très bien, mais ce ne sont pas, malheureusement, les articles qui rencontrenbt le plus de lecteurs et de commentaires. Les articles de fond, sur l'Argentine, la Bolivie, les analyses économiques, les reportages de terrain restent en seconde ligne après les parti-pris et les interviews téléguidées. Tout aussi clivant, en fait que les propositions sarkozystes. On est pour ou contre la Révolution, le changement de système, peu importe la réalité.

Il n'est plus possible, à moins d'un certain masochisme, d'être de droite et de lire Mediapart. Encore moins de participer aux débats du club. Il est d'ailleurs même de plus en plus difficile d'être, disons, socialiste (de tendance plutôt centre-gauche...) sans être accusé en permanence de vouloir perpétuer l'ignominie capitaliste et d'accompagner un système à la dérive... puisqu'on est pas de la "vraie" gauche. Il est d'ailleurs de plus en plus souvent impossible de se prétendre d'une de ces chapelles de la "vraie gauche" sans se retrouver en bute à l'ire des autres confréries socialo-écologistes, liberto-communistes, anarcho-trotskistes.

Quelqu'un qui prétendrait, aujourd'hui, sur Mediapart, défendre la politique du gouvernement, ne pas la condamner entièrement, se verrait immédiatement insulté et pris à parti. Il y a sans doute dans cela une responsabilité du gouvernent actuel... mais chacun est responsable de ses actes et de ses propos. Au-delà de la charte et du contrôle de la rédaction sur nos billets, c'est un manque de démocratie qui tue le débat et le rend de moins en moins pluraliste. Au-delà de la politesse et de la cordialité, c'est d'accepter la pluralité dont il est aujoud'hui question. Pour dépasser le système sarkozyste, celui du clivage.

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