APRÈS LE 23 AVRIL ET POUR LE SECOND TOUR

Alors que le premier tour désiré par l'Oligarchie s'est déroulé comme prévu, qu'elle alternative nous reste-t-il ?

 

Alors que la gauche avait un rendez vous avec l'Europe et l'Histoire, elle n'a fait que jouer une présidentielle attendue et désirée par les Libéraux assurant ainsi la défaite des deux camps composant la gauche, et la défaite de tous ses électeurs dans leur sensibilité respective. Alors que le premier tour désiré par l'Oligarchie s'est déroulé comme prévu, qu'elle alternative nous reste-t-il ?

Avant d'aller plus loin je tiens à signaler que j'ai soutenu la FI et que ma présente lettre n'a pas pour but de jeter l'anathème à mes amis Hamonistes, la défaite est collective et la responsabilité de celle-ci nous incombe à tous, autant aux candidats, qu'à nous électeurs.

La responsabilité incombe d'abord aux candidats qui nous ont laissé dans la désunion alors que nous avions tout pour l'emporter : 19 + 6 ( sans les voix de NPA et LO ) permettait de faire éclater le simulacre de cette présidentielle en accédant au second tour.

 

Pour les deux camps de la gauche, l'urgence écologique et politique fut oubliée au profit de l'urgence présidentielle. Ni Hamon et ni Mélenchon n'ont été capables de dépasser leurs différents et d'incarner, comme le De Gaulle du 18 juin, une figure qui dépassait leur propre personne : l'un et l'autre restèrent dans des logiques individuelles. Car entre le général de droite ( De Gaulle ) et le préfet de gauche ( Jean Moulin ) s’était créé un lien pour construire une France qui allait au-delà de leur vision personnelle. Le résultat de ce lien fut le programme du CNR. Nous n'avons pas mis Jean Moulin au Panthéon pour commémorer seulement sa personne mais pour maintenir l'idéal de liberté et de fraternité dont était issu l'engagement de tous ceux, comme Jean Moulin, qui avaient mis de coté leur cœur partisan pour le mettre dans l'union de la lutte. Entre Berthie Albrecht, protestante de gauche et Henry Fresnay catholique de droite, s'est trouvée une certaine idée commune de notre pays qui dépassait leurs différents politiques et religieux.

 

Alors que De Gaulle faisait face à l'horreur Nazie durant la seconde guerre mondiale, il nous faut faire face au tombeau écologique que représentent la Finance et l’Extrême droite.

 

En ce qui concerne Hamon, je confesse mon incompréhension. Trahi par le PS, n'ayant comme seul perspective qu'un score enterrant son parti, et comme débouché personnel une place au Sénat dans une position minoritaire où aucune marge de manœuvre - quant à ce pourquoi il s'est battu - ne pourra être effective, Hamon a manqué son entrée dans l'Histoire. En n'osant pas couper les jambes de son parti qui trahissait ses idées et en n'appelant pas à voter pour la seule force de gauche susceptible de gagner, Hamon est resté coincé dans le mauvais rôle d'un impossible réformateur d'un parti acquis au libéralisme. Alors qu'il eût l'intention de rejoindre la FI, son entourage l'aurait convaincu qu'il pouvait gagner sans l'autre force de gauche. Hamon n'a pas saisi qu'une grande partie de l'électorat de gauche n'en pouvait tout simplement plus des trahisons du parti dont il était issu.

 

Impossible pour Hamon de quitter le parti, me rétorque-t’on : les frais de campagne n'auraient pas été remboursés. Face à la misère sociale et économique dans laquelle plus de 10 millions d'entre nous se trouvent, face à l'immense chantier écologique qui nous attend, que pèsent ces quelques millions d'Euros que le parti aurait eu à payer ?

 

Attaché à un parti qui certes s'est trouvé parfois à la pointe d'avancées sociales ( fin de la peine de mort, 5 ème semaine des congés payés, les 39 puis les 35 heures ), il n'en compte pas moins un bilan de trahison copieux. Partant de Mollet et la SFIO donnant les pleins pouvoir – avec le soutien du PCF – à l'armée pendant la guerre d'Algérie en passant par le fameux «  l’État ne peut pas tout » de Jospin en finissant par Mitterrand qui, au lieu de dire «  La nationalisme, c'est la guerre » lors de son discours à Berlin, aurait mieux fait de clamer que c'est le Capitalisme qui est la guerre de tous contre tous. Et, pour finir, en clôturant par les 5 ans d'Hollandisme, poursuivant le programme de Sarkozy avec les 49.3, les misérables lois Sapin, l'acceptation du TAFTA et la loi El Khomri, le PS n'en finit pas de creuser sa tombe.

 

Le PS Historique n'est plus, il est un parti démocrate acquis à l'idée libérale. Comment vous, Hamonistes, avez-vous pu croire que les gens des classes pauvres après 5 ans de Hollandisme, pouvaient encore faire confiance au PS ?

 

La grande victoire de la France Insoumise à être la seule force de gauche capable d'affronter le libéralisme ne doit pas masquer la défaite de la 4 ème place. L'incapacité à rassurer une partie de l'électorat de gauche alors que le programme de la FI comportait plus de points communs avec le PS que de divergence, a eu les effets catastrophiques que nous payons tous aujourd'hui. Il est certes compréhensible que la détermination face à un camps intransigeant - le camp libéral - est la première qualité demandée à un candidat portant son projet mais il est triste que cette détermination se soit transformée en rigidité et ait eu comme conclusion la défaite. Reconnaissons-le, Jean-Luc Mélanchon a inquiété une partie des électeurs gauche.

 

Tout le respect que je porte à l'homme pour qui j'ai voté en conscience me permet cette tirade qui doit lui sembler bien douloureuse car cette défiance est en grande partie due à une presse libérale qui n'a eu de cesse d’œuvrer pour faire croire à un penchant dictatorial chez JLM. La propagande fut prégnante : idiots que nous sommes de croire les tyrans qui passent au dessus des votes ( ex : TCE ) d'accuser les mouvements démocratiques d'être des dictatures. Mais rappelons que la France est, selon Reporters sans Frontière, au 45e rang du classement de la liberté de la presse en 2016, pas loin de Botswana. Avec ce paysage médiatique jouant à plein contre les idées défendues par les deux candidats, comment Hamon et Mélenchon ont-ils cru à une victoire sans alliance ? Autant Hamon a eu bien tort de ne pas aller vers la FI se sachant siphonné par Macron et Mélenchon, autant JLM se sentant montant s'est trouvé bien myope quant aux quelques pourcentages qui devaient fatalement manquer à son parti.

 

Comme se fait-il qu'au soir du 23 avril n’ait pas été dénoncé dans un élan commun, PS et FI réunis, que les programmes de Macron et celui de Le Pen se rejoignent sur les questions économiques, que l'un est libéral international et l'autre une libérale nationale ? Alors que Hamon et JLM tentèrent une autre campagne, aucun des deux, le 23 avril, n’osa déchirer la cage médiatique pour mettre à jour le racisme social dont les deux derniers présidentiables sont porteurs ?

 

Au vu de l’événement Historique, la télé aurait pu être le médium de sa propre mascarade et nous avons eu deux candidats coincés dans le bocal. Alors que la logique présidentielle de la Vème République était combattue, c'est pourtant elle qui a prévalu.

 

Nous voilà dans la quadrature du cercle ; sortir le FN en soutenant une politique économique qui le nourrit.

 

Comment cette question qui nous est à tous posée fut à ce point-là absente des interventions Mélenchonistes et Hamonistes le 23 avril, qu’au racisme de couleur et de sexualité, il n'allait pas de soi d'aller voter pour un autre parangon du racisme de classe ?

 

Il suffisait à Hamon d'attendre quelques jours ( comme Jospin en 2002 ) pour réfléchir plutôt que d'appeler l'automatique Front Républicain. Un Front Républicain composé de l'UMP/LR qui, depuis Sarkozy avec Fillon et sens commun en continuité, est devenu le parti d'extrême droite libérale tandis que le PS est devenu le parti de la droite libérale française. Le FN, lui, servant d'huile à ce petit cirque orchestré par l'oligarchie. Un Front Républicain qui a bien du mal à cacher que même si Le Pen était au pouvoir, la finance en tirerait tout autant profit que sous un régime LR ou PS. Un Front Républicain qui remplace la politique par la morale ; toi, le pauvre, soit le variable d'ajustement de l'économie de marché subventionnée par tes impôts et reste ouvert sur le monde… qui te condamne à rester à sa marge.

 

Hamon a perdu car il n'a pas compris qu'une autre façon de faire la politique était en œuvre, qu'elle s'invente, qu'elle fait encore des couacs mais qu'elle est l'avenir de la gauche. Hamon n'a pas vu Trump gagner face à Clinton alors qu'il était dans une situation bien plus périlleuse que le Parti Démocrate US. Le PS a abandonné le peuple et plutôt que d'écouter Terra Nova, Hamon aurait dû écouter les milieux associatifs. Il a perdu car il a feint de croire que le plan B était une volonté plutôt qu'une stratégie. Il a cru réformer ce grand parti de droite qu'est devenu le PS mais il n'a pas saisi qu'on ne change pas une histoire vielle de 30 ans sur une élection. Coupé de son électorat historique, il ne suffisait pas de le convoquer après 30 ans d'absence : la souffrance est dans les corps. Hamon pouvait prendre le temps pour tirer les conclusions et appeler à cette union de la gauche qu'il avait senti avant le premier tour.

 

 

 

Merci à Mélenchon de ne pas avoir donné de consigne de vote dès le 23 avril, nous ne sommes pas des enfants. C'est son respect vis-à-vis de nous qui fut sa première expression ce soir-là. Ceci étant dit, Il suffisait à Mélenchon de continuer l'appel à l'union de la gauche en changeant sont « tous derrière moi » par « un tous ensemble » et il révélait l'âme de celui qui a gagné l'union de la gauche. Il mettait Hamon face à sa responsabilité. Le rendez-vous avec la victoire fut manqué, celui de la défaite aussi.

 

Alors que nos deux candidats prétendaient à un destin national j'ai vu un petit fonctionnaire du PS et un mauvais perdant ; qu'auraient-ils fait face à un Trump, un Poutine et une Allemagne anti-européenne, accrochée à ses intérêts ?

 

Qu'en est-il à présent ?

 

Je vais donc voter au second tour.

 

Seul.

 

Nous aurions pu voter non dans l'urgence, nous y revoilà de nouveau confrontés.

 

Je vais voter Macron en pensant aux législatives.

 

 

 

Électeurs de gauche, il va nous falloir réfléchir par nous-même (ce qui est déjà à l’œuvre). La cage médiatique actuelle ne cesse de nous asséner l'équivalent du « Mieux vaut Hitler que Blum » d'avant guerre. N'oublions pas que pour Hollande la campagne sentait mauvais au moment où la FI insoumise atteignait les scores du FN.

 

Il va nous falloir convaincre nos voisins, les électeurs non racistes du FN qui, comme la middle classe blanche américaine a voté pour Trump, à voter pour celui qui va les rendre plus pauvres. A la colère légitime contre le parti démocrate aurait pu naître Sanders. Au-delà du baillonnage médiatique et politique, Il nous faut faire entendre au plus grand nombre que la lutte des classes gagnée par l'oligarchie cause la destruction de la planète et de son hôte, l'Humain et que Macron, tout comme Le Pen, y contribuent.

 

Nous sommes tous, à des degrés divers, victimes de ceux qui ont besoin d'être au-dessus des hommes pour se sentir homme. Alors qu'une minorité de privilégiés tente de nous faire croire à leurs ombres projetées au fond de la grotte, nous les lucioles sommes l'avenir du monde espérant.

 

Nous sommes déjà à l'extérieur de leur mensonge pour voir le monde tel qu'il est et pour le transformer tel qu'il faut qu'il soit : équitable et durable pour tous.

 

Il va nous falloir dépasser nos désaccords et nos rancœurs pour être à la hauteur de ce que nous avons déjà commencé.

 

 

 

À l'avenir en Commun !

 

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