Que veut dire faire sortir la Grèce de l'euro ?

Que veut dire faire sortir la Grèce de l'euro ?

Nous avons d'un côté un pays dont le gouvernement a pris des engagements auprès de sa population et qui a sa propre conception de l'économie, et de l'autre, des Européens psychorigides, qui opposent aux Grecs leurs propres analyses. Mme Lagarde a peut-être raison en disant qu'un déficit composé à 75% des versements aux retraités n'est "juste pas tenable". De leur côté, les Grecs ont sans doute raison en disant que la dette est trop colossale pour qu'elle puisse être remboursée. Mais l'heure n'est plus au débat. D'un côté comme de l'autre, des voix s'élèvent, de plus en plus nombreuses, pour faire sortir la Grèce de l'euro. Les Grecs ont choisi de danser au bord du gouffre, mais les Européens qui veulent les y pousser sont de plus en plus nombreux. La question est de savoir ce qui coûte le plus cher, économiquement, mais aussi politiquement et moralement.

 

1- Faire sortir la Grèce de l'euro signifie tout d'abord payer beaucoup au lieu de payer un peu. En effet, pour sauver un ou deux milliards dus au FMI, on va pousser la Grèce à faire défaut, et à ne plus rien payer des 380 milliards d'euro qu'elle doit ou à les rembourser en monnaie de singe. Quelle belle opération économique ! « On en a marre des Grecs. » Soit, mais cette lassitude coûte vraiment très cher.

2-  La Grèce va sombrer dans un puits de pauvreté. Il faut bien comprendre, pour en mesurer la profondeur abyssale, que, lorsqu'on fait ses courses dans un supermarché de ce pays, la plupart des produits sont importés. Donc, une dévaluation de 40% (ce qui est un minimum), va provoquer un quasi doublement des prix des produits d'usage courant : notamment les produits laitiers, la viande, les féculents etc. Les Grecs pourront continuer à manger des tomates et des raisins... Après des années de privation, il y aura donc le choc des prix qui font un bond. "Oui, mais c'est de leur faute !" diront les psychorigides. Soit, qu'ils s'en lavent les mains. Mais pour tous ceux pour qui la solidarité est une valeur, ce n'est pas admissible.

3- Mais, disent les psychorigides, le coût du travail ayant diminué d'autant, la Grèce retrouvera enfin la compétitivité qui lui manque si cruellement. Parole d'ignorants trop loin des réalités du terrain. En fait, on embauche en Grèce pour trois fois rien. La chute des salaires est vertigineuse. Pourtant, le chômage galope. Pourquoi ? Personne n'a plus d'argent pour tenter quoi que ce soit. Le problème est celui des liquidités pour investir, par le coût du travail.

4- On l'a dit et redit, sur les ondes et dans les journaux. Le risque de relancer les spéculations sur les autres pays de l'Europe existe, et avec lui le risque d'un éclatement de l'Europe. La situation s'est consolidée depuis 2012, nous dit-on. "All is on control !" Peut-être, mais un risque est un risque. Celui qui prétend tout contrôler peut s'illusionner gravement. On sait comment l'histoire va commencer, pas comment elle va se terminer. Merci les psychorigides ! Vous nous mettez tous en danger, pour le plaisir d'avoir raison contre un pays de 8 millions d'habitants qui pèse 2 ou 3% du PIB de l'Europe.

5- "Si on laisse faire la Grèce, les autres pays vont suivre, et notamment l'Espagne, où Podemos menace. Il faut punir, pour maintenir dans le droit chemin". Mais si on ne lâche pas un peu la bride, ce sera pire ! C'est la porte ouverte à tous les mouvements d'extrême droite qui vous montreront la Grèce en exemple pour vous faire croire que l'Europe ne sert plus à rien !

 

Résultat des courses : économiquement, le coût sera énorme, puisque la dette sera de fait annulée ; moralement, nous aurons la misère grecque sur la conscience, politiquement, nous avons des risques d'éclatement de l'Europe et nous mettons en selle l'extrême droite, notamment celle de l'Aube dorée, la pire d'Europe. Non merci, messieurs les psychorigides ! Il se peut que vous ayez raison (ce qu'au demeurant, je ne crois pas), mais cette façon d'avoir raison est beaucoup trop chère pour moi. Donc, j'engage encore une fois les lecteurs de ce blog, si peu nombreux soient-ils, de signer et diffuser la pétition que nous avons lancée il y a quelques mois sur change.org : https://www.change.org/p/aux-chefs-d-%C3%A9tat-et-de-gouvernement-de-la-zone-euro-p%C3%A9tition-en-faveur-d-une-restructuration-en-profondeur-de-la-dette-grecque-petition-for-an-in-depth-greek-debt-restructuring-petition-f%C3%BCr-eine-tiefgreifende-umstruktierung-der-griechischen-schuldenk

 

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