Pourquoi je suis avec « La Vigie de la Laïcité »

Je suis partisan de la liberté et de la liberté pour tout le monde, même et, d’un certain point de vue, surtout pour celui ou celle qui ne pense pas comme moi. Ne jamais demander contre qui est faite une loi qui restreint les libertés. En définitive, elle est toujours faite contre toi. Le glas sonne toujours pour toi. Dans le climat maccarthyste actuel, il faut prendre ses responsabilités. Regarder ailleurs, c’est être complice. J’ai donc signé cette tribune.

On ne peut réduire un individu à ses différentes facettes mais chacune d’entre elles me conforte dans la décision d’être dans les membres fondateurs de La Vigie de la Laïcité.

Ainsi, l’historien de la Révolution sait les débats sur la citoyenneté en 1789 ; ainsi, le 24 décembre 1789, à l’Assemblée, la discussion sur la citoyenneté à accorder aux juifs, aux protestants et … aux comédiens. Dans le débat, le député alsacien François-Joseph-Antoine Hell intervient en faveur du droit des juifs et, au passage, prononce, ces mots :

« Je vous prie, Messieurs, de rendre un décret particulier qui assure à tous les mahométans, et spécialement aux sujets de la Sublime-Porte, tous les droits de cité en France, de supplier le Roi de sanctionner promptement ce décret, et de le faire passer le plus tôt possible en Turquie, où tous les Francs sont exposés à de grands dangers depuis la perte de Belgrade. 

Vous ne ferez par là, que renouveler une convention faite, il y a plus d'un siècle, entre Louis XIV et les Turcs.

Je prends la liberté de vous présenter le projet de ce décret : “L'Assemblée nationale, considérant la bonne intelligence et l'amitié qui subsistent depuis plus d'un siècle entre la France et la Sublime-Porte, et désirant en perpétuer la durée, a décrété et décrète que tous les mahométans, notamment les sujets de l'empereur turc, tant en Europe que dans d'autres parties du monde, jouiront, dans tout l'empire des Français, de tous les droits, honneurs et avantages dont jouissent les citoyens Français” »[1].

C’était en 1789 !

Présenter l’Islam comme une religion nouvelle en France et qui, de ce fait, mériterait un traitement particulier, est surtout la preuve de la méconnaissance de l’histoire de France.

L’historien, Président de l’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée), connait les débats de la Loi de 1905. Quoi de plus actuel que la démarche d’Aristide Briand refusant que la laïcité soit la vengeance de l’Etat contre l’Eglise ? Ce n’est pas la persécution des Églises par l’État, c’est la Séparation. Jean Baubérot l’explique mieux que moi. Depuis plusieurs années, on a l’impression que la laïcité est le mot qui couvre les attaques contre tout ce qui dérange. La laïcité, ce n’est pas cela. C’est l’absolue liberté de conscience.

La seule limite à la laïcité, comme la seule limite tout court, est le respect de l’ordre public. C’est le premier article de la Loi de 1905, d’ailleurs. Pas besoin de faire une loi pour surveiller la loi, car c’est bien de cela dont il s’agit : surveiller.

Citoyen, militant, je ne peux que m’indigner.

La liberté de conscience est-elle absolue ou est-elle limitée par des circulaires administratives ? On voit naitre sous nos yeux la notion effrayante de liberté contrôlée.

Oh, les raisons, pour ne pas dire les prétextes, ne manquent pas. Mais la liberté n’est pas une sorte d’éventail que l’on peut ouvrir ou fermer suivant les saisons. Il n’est pas certain, au passage, que l’éventail fermé puisse être rouvert facilement.

Je suis partisan de la liberté et de la liberté pour tout le monde, même et, d’un certain point de vue, surtout pour celui ou celle qui ne pense pas comme moi. Je ne suis pas pour l’interdiction des opinions. Autrement, qui décide que telle opinion est mauvaise ? Qui, sinon l’État bourgeois, cette machine monstrueuse et raffinée à la fois ?

La liberté pour celles et ceux qui ne pensent pas comme moi protège ma propre liberté individuelle, protège les libertés politiques, syndicales, associatives, je ne sais quoi d’autre. Ne jamais demander contre qui est faite une loi qui restreint les libertés. En définitive, elle est toujours faite contre toi. Le glas sonne toujours pour toi.

Ajoutons que le contribuable que je suis aussi voit avec un œil disons amusé la disparition de l’Observatoire de la Laïcité dont tout le monde assure qu’il ne coûtait rien ou presque en faisant beaucoup et son remplacement par un comité interministériel dont on peut deviner qu’il coûtera beaucoup et qu’il ne fera rien que reproduire les circulaires ministérielles.

Comment imaginer qu’un comité interministériel va déjuger l’action des ministères qui le composent ?

Enfin, et ce n’est pas une mince chose, dans le climat maccarthyste actuel, il faut prendre ses responsabilités. Regarder ailleurs, c’est être complice. J’ai donc signé cette tribune.

Jean-Marc Schiappa - Président de l’IRELP

[1] Archives Parlementaires, volume 10, p. 779.

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