La France en grève. Introduction

Introduction de l'ouvrage "La France en grève. Du Moyen Age aux Gilets Jaunes". Librio, octobre 2020. Ce n'est qu'un début ...Lisez le reste...

 

La grève fait partie de notre vie quotidienne, que l’on en soit acteur ou spectateur. L’actualité récente, avec la mobilisation contre la réforme des retraites, nous l’a rappelé. Mais souvent la grève est mal comprise ou mal expliquée, pour des raisons qui sont loin d’être innocentes, bien évidemment. Aussi, certains journalistes, quelques sociologues et beaucoup de personnalités politiques ont régulièrement proclamé« la fin des grèves » et non moins régulièrement, la réalité les a rappelés à l’ordre.

 

La petite histoire du mot « grève »

« Tric », « cessatio », « cabale », « coalition » : la grève a été désignée de différentes façons au fil des siècles. Le terme « grève » lui-même a une étymologie surprenante. En effet, il renvoie tout d’abord à la place de la Grève à Paris.

Une grève est une plage ou un banc plus ou moins sablonneux, le long d’une mer ou d’un cours d’eau. À Paris, une telle plage se trouvait jadis à la hauteur de l’actuelle place de l’Hôtel de Ville. On pouvait y charger et décharger des bateaux. Des gens sans emploi s’y retrouvaient dans l’espoir de trouver un travail, même temporaire, de débardeur. Au fil des années, cette place de la Grève devint la place de Grève, et par extension, les ouvriers sans emploi devinrent les « grévistes ».

 

Qu’est-ce que la grève ?

La grève est une cessation de travail concertée et volontaire de la part de salariés, très souvent mais pas obligatoirement, avec l’appui ou à l’initiative d’un ou de plusieurs syndicats.Rompant la relation de travail (mais non le contrat) entre l’employeur et le salarié, elle a pour but d’empêcherla réalisation de bénéfices par l’employeur. Les salariés, par la grève, interrompent le circuit économique et entendent contraindre l’employeur à la satisfaction de leurs revendications. Ces dernières sont au cœur de la grève. Elles font souvent l’objet de négociations qui sont un des corollaires de la grève. Parfois, cependant, la grève exclut toute négociation ; c’est le cas de grèves générales visant à chasser un gouvernement ou à demander une revendication précise qui exclut toute négociation (libération de prisonniers, retrait d’une décision, etc.).

De plus, on appelle aussi « grève » la cessation d’activités par d’autres catégories sociales (lycéens, étudiants, avocats, médecins, commerçants...). Dans un certain nombre de pays comme à certains moments de l’histoire de France, la grève a été interdite, ou fortement limitée. D’ailleurs, en France, le droit de grève n’est pas reconnu à certains fonctionnaires comme les magistrats, les militaires et les fonctionnaires d’autorité.

Enfin, la grève cristallise une opposition frontale entre deux groupes sociaux, les employeurs et les salariés. Elle est, d’un certain point de vue, la matérialisation de l’échec du dialogue social. En effet, il ne s’agit plus de déterminer un compromis visant l’intérêt commun des parties (salariés et employeurs) : la grève est la défense des intérêts des seuls salariés. Il s’agit d’un rapport de forces. On ne négocie pas l’existence d’une grève. Marc Blondel aimait à rappeler « la grève est un fait ».

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