89 phrases pour comprendre la Révolution de 89

Tout le monde connait au moins une phrase tirée de la Révolution française. Ces phrases ont une histoire et un contexte. Elles sont parfois inventées, parfois déformées et n’en sont que plus savoureuses. Elles expliquent à leur manière, par leur concision et par leur force, la Révolution qui fut, aussi mais pas seulement, une révolution de la parole.

La Révolution française a été, bien sûr, une libération de la parole. La limiter à cela serait incontestablement une erreur, plus précisément une erreur de perspective : car il n’y a pas que la parole, que les paroles, dans la Révolution française ; en fait, comme toujours ou presque, celles-ci ne sont que l’apparence des choses. Mais en même temps quand les choses fortes s’expriment, elles ne peuvent le faire que dans des paroles fortes.

Quelles furent ces choses ?

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Il s’agit des plus grands bouleversements sociaux, économiques, politiques, culturels de l’histoire de France, qui ont marqué définitivement le pays et aussi le monde. En même temps qu’ils prennent le pouvoir ou qu’ils veulent prendre le pouvoir, et c’est cela une Révolution : une action de larges masses en cette direction, les Français (et les Françaises) ont la parole : plus de censure (au moins officiellement) ; c’est pendant tout un temps le triomphe de la liberté de la presse (300 journaux à Paris en 1790), la liberté de réunion et les fameux clubs, les Parlements successifs qui avaient une certaine allure et dans lesquelles le sens oratoire tint une place considérable.

En un mot, l’apogée de la politique (pas de la com’ ! de la politique !).

L’irruption par définition violente de celles et ceux qui ne parlaient pas, qu’on entendait pas, que l’on ne voulait pas entendre, que l’on obligeait au silence.

Pour des raisons symboliques, nous avons retenu le chiffre de 89 pour choisir des phrases permettant de comprendre la Révolution. C’est un choix et comme pour tout choix, il suppose une part d’arbitraire : d’autres phrases auraient pu figurer et certaines qui figurent auraient pu être remplacées par d’autres mais l’ensemble nous parait cohérent et c’est ce qui compte.

A une exception près (Clemenceau), il s’agit toujours de contemporains. Clemenceau qui n’est pas encore Le premier flic de France et encore moins Le Tigre se livre à une apologie révolutionnaire qu’il aurait certainement désavouée une fois au pouvoir. Il ne brille là par aucune originalité, entrant dans la catégorie bien française des apostats et des renégats. Son discours en est encore plus remarquable.

Les autres phrases sont d’époque ; nous donnons la parole, nous ne parlons pas à la place, nous ne dissertons pas sur une controverse historiographique dont le sens est, certes, important mais qui ne correspond nullement à notre objet.

Il nous a fallu citer quelques phrases d’avant la Révolution. Comment comprendre la Révolution sans savoir, sans comprendre, ce contre quoi elle se dressa ? De même, royalistes et modérés n’ont pas été oubliés : la simple justice historique doit donner la parole à tous, faute de quoi on verrait la Révolution comme une folle échevelée se débattant en tous sens contre des ennemis invisibles. Les ennemis de la Révolution étaient aussi réels qu’elle.

Nous avons essayé de respecter l’ordre chronologique, quitte à nous répéter dans les explications pour qu’il soit possible de lire une partie indépendamment des autres.

De la même manière, mais pour des raisons bibliographiques cette fois, nous avons accompagné chaque phrase d’un élément historiographique (article ou livre) éclairant plus en profondeur l’événement qui se rapporte à la citation en regard. Un article ou un livre, un seul. Il a donc fallu procéder à une sélection, là également arbitraire mais nous l’assumons.

Faire autrement eût été installer le lecteur non plus dans un ouvrage dont nous avons voulu la lecture facile mais dans les querelles d’historiens et ces dernières ne manquent pas. Précisons que l’essentiel de la bibliographie provient de La Révolution française Dynamique et ruptures. 1787-1804, Michel Biard et Pascal Dupuy, 2008.

Certaines phrases, rares, sont apocryphes ou formulées par la légende. Elles n’en font pas moins partie de l’Histoire. Nous avons signalé cet aspect, plus ou moins imaginaire, en ayant toujours présent à l’esprit cette réplique, bien connue, de John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. »

Pour autant, la Révolution n’est pas une légende et elle n’est pas non plus un fantôme. Avec cet ouvrage, nous essayons de laisser parler la Révolution. Mais peut-être, certainement même, n’a-t-elle besoin de personne pour parler ? La Révolution nous parle, dans tous les sens du mot. Écoutons-la.

 

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