Le défilé militaire

La politique française a vécu ces derniers temps un paroxysme de l'intolérance, provoqué par les apôtres de l'identité et des traditions patriotiques. En effet, Éva Joly a remis à l'ordre du jour une idée soutenue par les Verts depuis les années 80', mais occultée par les sempiternelles débats autour de la croissance et de l'identité nationale: le remplacement du défilé militaire par un défilé citoyen. Les réactions se traduisent par l'hostilité et le mépris. Que l'on soit en accord ou non avec la candidate officielle d'Europe Écologie les Verts aux présidentielles, l'entité de la politique est de mettre en avant des idées et de les confronter lors de discussions à une autre perception de la réalité. Il est donc inconcevable de tenir des propos malsains et mesquins, à la limite du xénophobisme. Hélas, la masse médiatique et la classe politique n'ont pourtant nullement cessé d'un côté de scander  la bourde d'Éva, et de l'autre de vilipender son incapacité à porter les traditions et les valeurs de la Nation du fait de son origine étrangère. Ces diatribes illustrent une platitude conservatrice de nos politiques et leurs étroitesses d'esprit. Ils vont même à l'extrême, n'hésitant pas pour certains à catégoriser de manière identitaire et ainsi refoulant les piliers de notre éthique: la liberté, l'égalité, et la fraternité. Un idéal?

La proposition de Mme Joly relève de la logique historique: la révolution française émane de la volonté égalitaire du peuple qui vise à supprimer les déséquilibres sociétaux engendrés par le régime monarchique. Ainsi, elle a crée et diffusé des valeurs que nous tentons de perpétuer. Parallèlement, la fédération du défilé tend principalement à établir l'Union Nationale combinée à une aspiration patriotique qui s'est rapidement développée suite à l'événement du 14 juillet. Ce n'est qu'à partir de l'impérialisme napoléonien que les défilés militaires se sont multipliés, cristallisant ainsi l'ère patriotique de l'époque.

Dans le cadre du défilé du 14 juillet, l'armée ne représente en rien le peuple. Certes dans l'absolu elle le protège, mais cette fête nationale ne correspond pas à un aspect sécuritaire de la Nation. C'est une fête résultant de la détermination du peuple à métamorphoser un régime omnipotent et non celle de l'armée, qui à l'époque défendait la couronne du roi. L'armée est une institution qui puise par son essence, les valeurs de la discipline, du respect de la hiérarchie, de la défense de la Patrie, de l'honneur... Mais comme s'exclame Kundera, "l'honneur est la faim de notre vanité": il faut donc savoir pour quelles causes se bat-on et si l'armée mobilise de nos jours les valeurs que nous citoyens souhaitons porter. Il faudrait pour cela plus de transparence et de lisibilité dans les choix politiques.

La mise en place d'un défilé citoyen semble plus représentatif du symbole qu'est la fête nationale, reste maintenant à le définir.

En tout cas, il faut se détacher de cette tradition parfaitement saugrenue, sans oublier néanmoins notre sociogenèse: Ce n'est pas parce que l'on ne matérialise pas que l'on ne respecte pas.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.