Mais... pourquoi donc habiter Paris ??

A chaque fois qu'on se plaint des loyers parisiens, on nous répond "y'a qu'à" pas habiter à Paris. Le loyer y est si élevé, la vie y est si chère, les Parisiens sont si fermés, pourquoi diable vouloir y vivre ?

 

En ce qui me concerne, ce qui m'a attiré ici, c'est la qualité des enseignements. Simplement, entre mes cours de philo de province et ceux que j'ai trouvés à la capitale, y'a pas photo. Profs beaucoup plus en phase avec le monde et avec le temps, meilleur niveau, évidemment accès infiniment plus grand aux conférences, colloques...Il se trouve que les universités ne sont pas à armes égales, et ce n'est pas la loi d'autonomisation des facs qui va annuler cette tendance. Aujourd'hui et pour longtemps encore, Paris attire les étudiants qui aspirent à un niveau relativement élevé.

Et pour quelqu'un qui se préoccupe un peu de vie publique et de politique, Paris est un bouillonnement culturel et politique sans comparaison en France...

 

D'ailleurs, il est peu probable que j'aie réussi mon concours de journalisme si je n'avais pas vécu à Paris. Parce que dans la préparation des concours j'ai pu discuter avec beaucoup de gens au courant des affaires nationales et internationales, que j'ai rencontrées parce que je vis à Paris. Et à présent, pour deux ans mon école est dans le neuvième arrondissement, et je ne peux vraiment pas me permettre de perdre trois heures dans les transports tous les jours. Sans compter qu'une carte de transports trois ou quatre zones coûte deux fois plus cher qu'une carte de transports dans Paris !

 

Mais ma présence n'a pas pour seule raison ma formation. Paris est le coeur du capitalisme français, et l'on se rend compte très vite que Paris est une ville faite pour les riches, qui n'aspirent qu'à vivre entre eux et à rejeter les pauvres au-delà du périphérique. Les programmes de rénovation urbaine, qui se font passer comme des mesures généreuses envers les habitants, ont pour conséquence la montée des loyers et donc le départ des habitants modestes. On assiste à une confiscation du territoire urbain, qui était populaire il y a quelques dizaines d'années, au profit des riches et, surtout, des sociétés.

 

Et cette épuration sociale m'est absolument insupportable. On réserve l'accès au Louvre, à Beaubourg, au Collège de France, aux grandes écoles, aux centres de décisions, aux seuls riches. On a vidé le quartier latin et montmartre de leur identité, maintenant on vide bastille, les batignolles, la butte aux cailles... Pour moi persister à vivre à Paris même avec moins de 500€ par mois est un acte de résistance : non, vous pouvez augmenter les loyers, je ne partirai pas. Parce que je vis dans les immeubles que vous laissez vides !

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