Les troyens

Les Troyens

Alors que jus qu’à ce jour je n’avais jamais réussi à apprécier vraiment  la musique d’Hector Berlioz, j’ai décidé ce soir de me camper devant la télé et de regarder son opéra, LesTroyens, jusqu’au bout.

Le premier acte, indépendamment d’un décor magnifique et d’une mise en scène que j’ai trouvée astucieuse (les news défilants, les CRS à col de fourrure) m’a apporté le plaisir d’apprécier enfin la musique d’Hector (le compositeur, pas le héros décédé de l’opéra). Mais je pense que c’est surtout l’extraordinaire prima donna Stéphanie d’Oustrac en Cassandre qui m’en a donné l’impression. Car plus les actes défilaient et plus je décrochais, déçu à chaque lever de rideau que ce ne soit pas le dernier.

Mais mon intérêt a changé d’orientation. J’ai quitté mes cothurnes, négligeant le conseil de Jean-Michel Brèque, cité dans Télérama par Bernard Mérigaud : « La tragédie se mérite et pour la recevoir, il faut que nous aussi, spectateurs, chaussions cothurnes, en nous élevant un peu plus haut que notre ordinaire médiocrité. »

Je suis donc retourné à ce que beaucoup pourraient considérer comme de la « médiocrité » : l’actualité, c'est-à-dire les « Gilets jaunes ». Car lorsque la superbe Cassandre est apparue toute de jaune vêtue, j’y ai vue d’autant plus une passionnaria des gilets jaunes qu’elle se posait en figure de la résistance. Dès lors, j’assistais à une manif tentant de faire entendre son point de vue lors d’un grand ébat macronien.

Et même lorsque lorsque je renouai avec un H.P. plus vrai que nature, j’ai redécouvert un des personnages principaux, Didon, en jaune, alors que les gilets rouges jouaient les thérapeutes. J’ai eu la confirmation qu’une hypothèse évoquée dans ces pages, par laquelle je craignais que les foulards rouges se manifestent pour escamoter les gilets jaunes. Comme si une question sociologico-économico-politique  pouvait se réduire à des problèmes psychologiques.

Et depuis, je rêve de rêver que des news défilent pour m’apprendre que le secteur de l’Opéra Bastille est bouclé par les CRS, et que les futures manifs qui vont y être organisées sous le patronage d’Hector Berlioz vont être interdites.

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