Dans mon précédent billet, j’ai dit tout le bien que je pensais de François Hollande. Si, le moment venu, les suffrages des citoyens, dont le mien, venaient en faire le Président de la République, j’en serais très heureux. J’estime qu’il a la carrure d’un homme d’Etat.Pourtant, quelque chose dans le discours par lequel François Hollande annonce sa candidature, n’a cessé de me titiller : une expression, répétée, laissait entendre qu’elle pourrait bien être son slogan de campagne. Il s’agit de « mettre la France en avant ». Si ce slogan se confirme et signifie ce que je crains, ça me posera une sérieuse question.Avec les années, j’ai réussi à atténuer la violence de mon chauvinisme. La vie m’a appris assez tôt à le proscrire de la sphère politique : Natif de Lorraine et ayant dès ma naissance été nourri de la haine du boche, j’ai compris assez tôt qu’un peuple qui, touché par un virus mortel et frappé d’une forte fièvre, avait été entrainé dans un délire collectif difficilement concevable, et que, la maladie vaincue, ce peuple retrouverait sa dignité et toutes les qualités qui en avaient fait un grand parmi les grands. Si bien qu’assez rapidement j’ai adhéré aux idées de ceux qui, sans renier leur nation, prônaient la citoyenneté européenne et pourquoi pas planétaire.Mais j’avais encore fort à faire pour rester zen et ne pas abreuver d’insultes les adversaires sportifs étrangers lorsqu’ils mettaient à mal mes compatriotes. Heureusement que cette grave carence s’exprimait souvent dans la solitude et n’affectait que moi.Or je crois avoir, même dans ce domaine, fait des progrès : Je suis capable d’apprécier le beau jeu, d’où qu’il vienne, et, par exemple, n’ai pas supporté l’opprobre dont beaucoup ont stupidement couvert l’équipe française de rugby lorsqu’elle a perdu contre l’Italie. Je trouvais que « notre » équipe avait bien joué mais que les italiens la voulaient tant cette victoire qu’ils s’étaient déchaînés. Et je me suis trouvé tout content d’être sincèrement heureux pour eux.Enfin, même « pour rire », je devenais moins chauvin !Or voici que Monsieur Hollande glisse à plusieurs reprises dans un discours important dont il a, je pense, peser chaque mot, ce « mettre la France en avant » !Que veut-il dire par là ?Qu’il désire qu’elle ne soit pas à la traine ? C’est la moindre des choses !Qu’il ne la met pas de côté ? Il ne manquerait plus que ça !Qu’il veut la mettre devant ses responsabilités ? Si c’est ça, je veux bien, c’est le rôle d’un président.Mais j’ai peur qu’il s’agisse d’autre chose. Que ce soit du même tonneau que la course à l’excellence, du genre : « La France, la première partout ! La France, en tête dans tous les domaines ! »Non seulement un tel slogan masquerait une vaste fumisterie, un leurre, une visée inaccessible, mais il proposerait un objectif immoral, et injuste. La France est performante dans certains domaines et pas brillante dans d’autres, ce qui lui laisse une marge de progression. Et ce constat est valable pour tout pays. C’est aussi ce qui fait la richesse de l’Humanité, sa diversité, et l’intérêt des échanges.Je crains que ce « mettre la France en avant » soit un appel du pied à un électorat qui s’approprie Jeanne d’Arc comme modèle, alors que la majorité de cet électorat ne veut pas rejouer la guerre de cent ans, mais exige plus de justice sociale, du travail, pour eux et leurs enfants, des conditions de vie décente. C’est en rétablissant un minimum vital de dignité pour tous que nous retrouverons le sentiment que la France va de l’avant.S’il s’agit du « En avant, marche ! » que le sergent crie à la troupe, pour la faire marcher au pas, « Gauche-droite, gauche droite ! », je ne pense pas que ce soit le désir de la Gauche, ni même de la droite. Alors ?
Billet de blog 3 avril 2011
« Mettre la France en avant » ? C’est-à-dire ?
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