Le sel de la terre

Lorsque j’avais comparé le discours des vœux  de Macron à une pièce montée savamment édifiée mais auquel il manquait l’essentiel, je n’avais pas  identifié l’ingrédient manquant.  Je me contentais de signaler ces trois petits mots « Les gilets jaunes » que le président, tel un sorcier vaudou, haïssait à tel point qu’il pensait se débarrasser d’eux en ne les nommant pas.

Or, voyant que Macron et son entourage persistent à qualifier d’agitateurs ces citoyens français, les plus pauvres parmi les pauvres et dont le seul défaut est d’avoir osé clamer leur détresse.  « Certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple - mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France ! » a déclaré Macron le 1er janvier.

Or un nouvel épisode parmi d’autres semble venir confirmer cette mauvaise réputation. Ainsi, PARIS (Reuters) via Médiapart, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a été évacué samedi de son bureau après l'intrusion de manifestants violents dans la cour de son secrétariat d'Etat situé rue de Grenelle, non loin de l'Assemblée nationale.

Selon le récit de son entourage, confirmant les informations du Parisien, une quinzaine de personnes, certaines vêtues de noirs, d'autres avec un gilet jaune, ont fait irruption dans la cour du bâtiment après avoir défoncé le portail et la grille d'entrée à l'aide d'un engin de chantier.

Le porte-parole et son collaborateur, qui se trouvaient sur place, ont été évacués. Les manifestants ont vandalisé des voitures garées dans la cour sans entrer dans les locaux, avant de repartir du site qui abrite également le ministère des Relations avec le Parlement.

"Ce n'est pas moi qui ai été attaqué, c'est la République, ce sont nos institutions", a dit Benjamin Griveaux devant la presse. "Ils ont attaqué la maison France."

"J'espère que les vidéos internes permettront d'identifier les responsables et qu'ils seront conduits devant la justice et sévèrement condamnés", a ajouté le porte-parole, pour qui ces actions sont "le fait d'une minorité" au sein du mouvement des "Gilets jaunes" qui manifestent en France depuis la mi-novembre.

"Ceux qui veulent radicaliser le mouvement, l'instrumentaliser politiquement, ceux-là trouveront toujours face à eux une République qui se tient debout", a-t-il ajouté.

Interrogé sur BFM TV, le vice-président du parti Les Républicains, Damien Abad, a condamné l'attaque du ministère tout en reprochant à Benjamin Griveaux d'avoir "jeté de l'huile sur le feu" par ses propos contre les manifestants.

Le porte-parole "a voulu attiser et jouer la caricature et la vindicte au moment où on a besoin d'apaisement, de sérénité, de calme, et surtout que tous les Français retrouvent leurs esprits pour que la France retrouve son rang", a dit le député de l'Ain.

Après le conseil des ministres vendredi, Benjamin Griveaux avait dit considérer les personnes qui continuent de manifester dans le cadre du mouvement des "Gilets jaunes" comme des "agitateurs" mus par le désir de renverser le gouvernement.

Manifestement, Macron et Griveaux, tentent habilement de dresser une partie des Français contre ceux qui éprouvent de la sympathie pour les gilets jaunes. Or je crois être en droit de me poser des questions concernant l’intervention violente et cependant mesurée, de ces hommes en noirs qui se sont attaqués aux locaux du porte-parole de l’Elysée, me souvenant que Macron, avant sa campagne, avait recruté des nervis dont Benalla chargés d’actions violentes et illégales. On ne peut faire mieux pour discréditer les gilets jaunes.

En fait, je pense que, faute de respect pour les personnes insignifiantes à ses yeux, le super pâtissier Macron a oublié dans sa recette des vœux de Nouvel An, le SEL ! Une simple pincée de sel. Or les gilets jaunes représentent à mes yeux LE SEL DE LA TERRE. Cet ingrédient modeste et jadis imposé, et que nous devrions d’autant plus aimer et admirer qu’il nous rappelle les conditions d’existence de mes grands parents, ou vos arrières à vous, qui ont bâti la France.

Bien sûr, il y a dans tout groupe des chefs qui se détachent et organisent le travail  et même la vie des autres. Certains savent le faire avec élégance, intelligence et respect, d’autres, ambitieux, se prennent la grosse tête et là c’est mal parti. Nous en savons quelque chose.

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