Le poison du mépris, le plaisir du partage

 

Une personne sous le pseudonyme pas anodin de Folcoche se demandait si, en demandant au Gilets jeunes de cesser leur action, je ne le faisais pas « pour salir le mouvement ».

Telle n’est pas mon intention. J’allais dire : « au contraire ». Et en poursuivant ma réflexion je trouvais étonnant que dans l’immense foule des participants, les revendications exprimées me paraissaient aussi nombreuses et diverses que la multitude affolante de produits  proposés dans un hypermarché.

L’avidité des gilets est donc un inépuisable carburant qui entretient éternellement la vie de ce mouvement. La raison en est que cette insatisfaction vise des biens matériels dont aucun des supermarchés les plus sophistiqués ne pourra satisfaire la demande. Car cette insatisfaction en cache une qui, essentielle, est immatérielle car de l’ordre de l’esprit et du cœur.

Il est ainsi vain d’attendre la fin rapide du mouvement des gilets jaunes dont l’avenir risque d’évoluer vers une réflexion généralisée, comme celle de 68, qui interroge le « comment fabriquer une société heureuse ? ».

En fait, ce qui prolonge la vie de ce mouvement  est que cette perfection abstraite  souhaitée et si précieuse, les Gilets jaunes sont en train de la découvrir dans les ronds-points, au bord des autoroutes, en grillant des saucisses et même en affrontant les forces d’un Pouvoir estimé injuste : l’amitié, la solidarité, le partage, la joie.

Elle est pourtant belle notre devise républicaine, inscrite au fronton des édifices publics : liberté, égalité, fraternité.

Mais, à force d’être exposée à tous les vents, aux gelures, au cagnard, aux incompétences, aux abus de pouvoir, aux malversations, cette devise s’est banalisée. Elle a perdu de sa force, alors qu’au départ elle fut rempart contre le mépris des possédants.

C’est parce que l’autorité demandée et reconnue du président élu  s’est soudain transformée en autoritarisme, c’est parce que la pyramide qui distribue à chacun une part de responsabilité s’est raidie en une verticalité sourde,  aveugle, et omnipotente, c’est parce que les mots des savants discours sortaient d’une calculette cérébrale sans passer par le cœur, ce sont toutes ces bévues présidentielles qui ont rompu la magie d’une campagne habilement menée et ont creusé des douves autour de l’Elysée. Elles ont révélé un « président des riches » qui avait triché en se faisant passé pour l’ami des pauvres. Et ça c’est impardonnable.

Peut-être que Monsieur le Président Macron aura appris qu’on ne triche pas avec le peuple. Qu’il soit plus à l’aise dans les salons de l’Elysée qu’à griller une côte de porc à un rond-point, nous pouvons comprendre et nous ne le lui demandons pas, mais reste la question de savoir s’il est capable non pas d’aimer tous les citoyens (faut pas exagérer) mais de travailler honnêtement au bien être de tous.

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.