Le contrat opérationnel 10.000 hommes

Le livre d’Hacène Belmessous « Opération banlieue » a révélé l’existence d’un « contrat 10.000 hommes » mis sur pied par Nicolas Sarkozy. Le contenu de l’ouvrage parait tellement énorme que toute personne de bonne foi ne pouvait que douter de sa véracité, et supposer qu’il était le fruit d’un délire paranoïaque. Or les hypothèses évoquées dans l’étude reposent bien sur une réalité.

En effet, le Secrétariat de la Direction Générale de la Défense et Sécurité Nationale (SDGDSN) a publié le 3 février 2010 un texte classifié « confidentiel défense » que l’on trouve sur Internet sous le titre :

Le “contrat opérationnel 10 000 hommes” : une illustration de la priorité accordée à la protection du territoire.

En voici quelques extraits :

« (Le contrat) consacré à un engagement en opérations terrestres sur le territoire national, y compris dans les départements et les collectivités d’outre-mer, est … novateur…

En cas de crise majeure affectant le territoire national, les forces armées peuvent …être appelées en renfort…par le déploiement de forces terrestres pouvant aller jusqu’à 10 000 hommes en quelques jours…

En situation d’urgence,…la conduite des forces se fait …de manière décentralisée, au niveau zonal. Ce principe est cohérent avec l’extension des attributions des préfets de zone à l’ensemble du champ de la sécurité nationale, extension qui doit intervenir en 2010 par un décret qui leur conférera l’appellation de préfets de zone de défense et de sécurité. La zone de défense et de sécurité constitue désormais l’échelon de déconcentration interministérielle de premier rang pour la gestion des crises majeures comme pour la préparation des échelons territoriaux à y faire face. Sur la base du contrat opérationnel de protection, les travaux vont se prolonger pour renforcer les états-majors de zone, rapprocher les planifications civiles et militaires et organiser précisément la coopération civilo-militaire dans chaque zone de défense et de sécurité. »

Ce texte, rédigé en collaboration avec le ministère de l’Intérieur, semble être l’expression directe de la volonté de Nicolas Sarkozy.

Il est « novateur » dans la mesure où, « en cas de crise », ce sont les préfets qui, localement, prennent la décision d’intervenir en puisant dans le contingent de 10.000 hommes. Qu’une cité s’embrase, l’enrôlement immédiat des hommes permet d’éteindre, militairement, l’incendie.

Localement. Mais lorsque l’on sait la solidarité qui unit les cités dispersées sur tout le territoire, comment ne pas appeler ce type d’opération « guerre civile ».

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