Ciel, un revenant !
On se souvient de la stupeur qu’avait créée l’accident cérébral qui avait plongé Jean-Pierre Chevènement dans un coma profond, et la joie de tous, y compris de ses ennemis politiques, de le voir recouvrer sa santé et ses facultés intactes. J’étais de ceux qui se réjouirent de savoir simplement un être humain se rétablir, mais en plus, de retrouver quelqu’un d’intègre à sa place, unique, dans le paysage politique.
Depuis, Chevènement faisait pour moi figure de vieux sage, accroché de manière sympathique mais quelque peu dépassée à la souveraineté de la nation. Je sentais confusément qu’il avait raison de se battre pour que la France conserve un rôle moteur mais pas de la façon dont il l’envisageait.
Ma position est peut-être « angélique » mais il me semble que prôner encore de nos jours « une force atomique de dissuasion » me paraît obsolète. Ne doit-on pas plutôt travailler à renforcer les pouvoirs d’une ONU pour obtenir une paix entre les nations qui reposent sur autre chose qu’une menace permanente ?
Voici un des points qui faisaient que je ne me sentais pas proche des positions, abruptes, mais intéressantes, de cet homme.
Un autre point de désaccord, très sérieux celui-là, avait été sa candidature aux élections présidentielles de 2002. Il avait détourné sur son nom les 5.6% des suffrages manquant à la gauche pour figurer au second tour.
Ainsi, à cause de Chevènement, j’avais dû me résoudre, comme des millions de français, à voter Chirac pour éviter le pire.
Alors, lorsque j’apprends que Chevènement remet ça, qu’il se présente de nouveau, invitant à l’émiettement des voix de gauche, je suis navré.
Bien sûr, je tente de me consoler en me disant qu’il s’agit d’une habile manœuvre tactique : il veut que ses idées sur la souveraineté française, sur le renforcement de la BCE et la monnaie unique, soient entendues. Il veut soutenir la position d’Arnaud Montebourg qui a pesé de plus de 17% lors des primaires socialistes, faire prendre en compte la démarche de Mélenchon dont sans doute il se sent proche. Il veut qu’Hollande infléchisse sa politique vers la gauche, combattant résolument le système international monétaire actuel, ce qu'il ne semble pas faire.
Il veut ce qu’il appelle « faire bouger les lignes » et l’ayant fait grâce à la peur d’un nouveau 2002, retirer au dernier moment sa candidature. Si c’est ça, après tout pourquoi pas. Qu’après la phénoménale gabegie de la Droite revienne enfin un gouvernement qui œuvre dans l’intérêt des humains, et donc de la planète.
Mais le risque pris me semble important. Je crains que J.P.Chevènement, comme en 2002, se berce d’illusion, et, enivré du parfum de la célébrité, se cramponne au 1.5% qu’il pourrait obtenir. Ce ne serait sans doute pas suffisant pour faire disparaître la Gauche du second tour, mais assez pour que l’homme sorte de l’arène politique avec inélégance. Ce serait dommage pour celui qui avait donné l’image d’un personnage intègre. Intègre et non stupide.